À mots découverts. Chroniques au fil de l'actualité
- Автор: Rey Alain
- Год: 2006
- Язык: французский
- Год: Éditions Robert Laffont
- ISBN: 978-2221112724
- Жанр: Лингвистика
Электронная книга - «À mots découverts. Chroniques au fil de l'actualité». Краткое содержание книги:
Le plus souvent un mot lié à l'actualité sert de prétexte pour une chronique érudite et parfois espiègle. Tout en en rappelant la valeur exacte, les origines du mot choisi, l'étymologiste se livre à l'exercice ou il excelle : rattacher la langue de tous les jours au patrimoine culturel, réduire les contresens, combattre les à-peu-près et les préjugés, pour mieux rendre compte des réalités.
Cette sélection, ou Alain Rey a choisi de garder les mots les plus significatifs en les agrémentant parfois d'un petit commentaire pour les restituer dans l'actualité, est aussi l'occasion de se retourner sur les cinq premières années du XXIe siècle.
C’est peu après 1820, et donc bien avant l’automobile, que le mot circulation s’est appliqué aux véhicules. C’était un mot ancien ; on avait un peu oublié sa signification d’origine, sinon on se serait méfié.
Le latin circulatio, qui s’appliquait au parcours d’un astre, venait du mot circulus, « cercle ». Pendant longtemps, circuler et circulation ne se sont dits que de parcours en cercle, ou du moins en courbe fermée, c’est-à-dire de circuits, autre mot de la même famille. Circulation s’est appliqué à l’astronomie, où il cousine avec révolution, qui exprime l’idée de retourner. Une révolution de la circulation s’imposerait. Grâce à William Harvey, qui écrivait en latin, le mot circulatio représente le mouvement vital du sang à l’intérieur du corps. Circulation, comme dans un célèbre sketch de Raymond Devos, où un malheureux automobiliste est condamné à tourner sans fin autour de l’arc de Triomphe, correspond d’abord et par nature à « tourner en rond ».
C’est bien ce qui lui est arrivé, à ce mot imprudemment employé pour le mouvement des véhicules, surtout dans les villes et autour d’elles. Voyez le nombre impressionnant de boulevards circulaires, périphériques, de Ring dans les pays de langue allemande. Comme la prétention des automobilistes, aujourd’hui, est d’aller quelque part, de s’évader, de partir, circulation leur rappelle un tournoiement peu désiré. C’est peut-être la raison de la vogue de l’anglicisme trafic, qui exprime une idée différente : celle de transaction douteuse : trafic d’influence.
L’affaire des quatre-quatre, ces véhicules privés et coûteux à quatre roues motrices — la plupart des voitures étant des deux-quatre et les vélos des « une-deux » à pédales —, illustre les contradictions du mot circulation. Prévus pour la liberté des pistes et surtout des hors-pistes, les quatre-quatre urbains sont une mauvaise plaisanterie en ville. Sous couleur de sécurité pour des passagers haut perchés et hautains, les quatre-quatristes polluent luxueusement les rues des grandes villes : décidément, malgré les efforts des édiles, comme on ne dit plus guère, la circulation tourne en rond ; elle attend des libérateurs.