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Les écureuils de Central Park sont tristes le lundi

Электронная книга - «Les écureuils de Central Park sont tristes le lundi». Краткое содержание книги:

Hortense est à Londres et c'est toujours hyper compliqué entre elle et Gary.
Mais dans le monde de la mode, elle se débrouille pour avancer.
Hortense n'a aucun scrupule, a un but, et y arrive systématiquement.
Et puis Gary est assez sexy avec sa musique et sa détermination.
Joséphine est à Paris.
Elle fait la bonne mère de famille, soutient son HDR, peine à se remettre à l'écriture...
Et a une vie sentimentale proche du néant.
Zoé, la petite dernière, grandit et s'épanouit tandis que Shirley, outre Manche, se sent vieille, inutile et refuse d'aimer.
Philippe et Alexandre sont aussi à Londres et méditent sur la vacuité de l'existence.
Marcel et Josiane cohabitent avec un surdoué, c'est pas évident mais assez marrant.
Et la méchante Henriette est maintenue en vie par son avarice et sa perversité.
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— Je ne te donnerai pas cet argent, Hortense.

— Ah…

— Je ne te rendrai pas service. Si je te disais oui, ce serait trop facile. Il faut être quelqu’un de vraiment bien pour résister à la facilité.

Fatiguée, abattue, Hortense l’écoutait. Pas le cœur à lui répondre. Bla-bla-bla, ça va être son tour de me servir de la confiture en guise de morale. Bien fait pour moi ! Je savais que c’était une mauvaise idée puisqu’elle ne venait pas de moi. Il faut toujours se faire confiance, ne pas écouter les autres. Non seulement il me dit non, mais il me sermonne.

— Épargne-moi ta confiture ! elle grommela sans le regarder.

— Ensuite, poursuivit Philippe sans relever le mouvement d’humeur de sa nièce, je pense sincèrement que si les petits cadeaux entretiennent l’amitié, les gros la compromettent… Si je te donne cet argent, tu vas te croire obligée d’être gentille avec moi, de me parler d’Alexandre dont tu te soucies comme d’une guigne, de le voir même peut-être et le malentendu commencera… Tandis que si tu ne me dois rien, tu ne seras pas obligée de faire semblant, tu resteras la petite peste remarquable que j’aime beaucoup !

Hortense restait droite et tentait de récupérer sa fierté sans perdre contenance.

— Je comprends, je comprends très bien… Tu as sûrement raison. Mais j’ai tellement besoin de cet argent. Et je ne sais pas à qui m’adresser. Je ne connais aucun milliardaire, moi ! Alors que toi… t’en as plein les poches. Pourquoi les choses sont si faciles quand on est vieux et si dures quand on est jeune ? Ce devrait être le contraire ! On devrait tout faire pour encourager les jeunes…

— Tu ne peux pas demander un prêt à ton école ? Ou à une banque ? Tu as un bon dossier…

— J’ai pas le temps. J’ai tout remué dans ma tête, je ne trouve pas de solution…

— Il n’y a pas de problème sans solution. Ça n’existe pas.

— Facile à dire ! bougonna Hortense qui commençait à trouver la leçon trop longue.

Elle regarda son poulet rôti et pensa au pigeon dodu en train de lui échapper. C’est sûr qu’il pense à Iris. Elle l’aimait comme on aime un chèque en blanc. Ce n’est pas valorisant pour un homme.

— Tu penses à Iris quand tu me fais ce baratin ?

— Ce n’est pas du baratin.

— Mais je ne suis pas comme elle ! Je travaille dur ! Et je ne demande rien à personne. Sauf à maman, mais le strict minimum…

— Iris aussi, au début, travaillait dur. À Columbia, elle était l’une des élèves les plus brillantes de son groupe et puis… tout est devenu trop facile. Elle a cru qu’il suffisait de sourire et de battre des cils. Elle a cessé de travailler, d’avoir des idées. Elle s’est mise à manipuler, à tricher… À la fin, elle trompait tout le monde, même elle ! À vingt ans, elle était comme toi et puis…

Comme les choses changent vite ! pensa Hortense. Quand je suis arrivée, c’était un homme fringant et, soudain, il semble triste. Il lui a suffi de mentionner le nom d’Iris pour que sa belle assurance s’évanouisse et qu’il reparte à tâtons vers le passé.

— J’ai été le premier responsable. Je l’ai aidée à s’arranger avec la vie, j’ai entretenu ses illusions. Je la plaçais si haut ! J’ai accepté tous ses mensonges. Je croyais l’aimer… Je n’ai fait que l’abîmer. Elle aurait pu être quelqu’un de formidable.

Il murmura comme s’il se parlait à lui-même, frivole, si frivole…

Hortense se regimba et protesta :

— C’est le passé. Ça m’intéresse pas. Ce qui m’intéresse, c’est aujourd’hui. Maintenant. Ce que je fais dans une heure. Vers qui je me tourne, comment je m’en sors… Je me fiche de tout ça ! C’est pas mon problème. On est chacun responsable de sa vie, Iris est passée à côté de la sienne, tant pis pour elle, mais moi, je dois trouver trois mille livres ou je m’ouvre la rate !

Philippe l’écoutait et se disait, elle a raison. Elle n’a pas à payer pour la frivolité de sa tante. Elle est différente, mais je ne veux pas être l’artisan indirect de son malheur.

Le garçon leur demanda s’ils désiraient un dessert. Hortense ne l’entendit pas. Elle n’avait pas touché à son poulet rôti. Devant son air découragé, Philippe cessa de penser à Iris et revint au présent :

— Tu sais ce que tu vas faire…

Hortense le fixa, maussade.

— Tu vas m’écrire une note d’intention. Bien structurée : petit a, petit b, petit c… Mentionne Saint-Martins, raconte ton parcours, comment tu l’as emporté sur des centaines de candidats, comment tu as eu l’idée, quelle est ton idée, comment tu comptes travailler, quel est ton budget et je te mettrai en contact avec un financier qui te fera éventuellement ce prêt ou ce don, cela dépendra de ton habileté à te vendre… Ton sort est entre tes mains et non dans les miennes, c’est excitant, non ?

Hortense hocha la tête. Un pâle sourire revint sur ses lèvres. Puis un vrai sourire de citrouille d’Halloween. Elle se détendit, s’étira. Le défi qu’il lui proposait la faisait revivre. Elle chercha ses couverts pour attaquer son poulet rôti à la landaise et s’aperçut que le garçon avait emporté couverts et assiette. Elle eut l’air surprise, haussa les épaules, attrapa un gressin qu’elle mordit violemment. Elle avait faim et elle était sûre maintenant d’obtenir les trois mille livres qui lui manquaient.

— Je suis désolée pour ce que j’ai dit sur Iris, j’ai peut-être été un peu violente…

— Plus de confiture entre nous, d’accord ?

— OK… plus de confiture !

— Il va juste falloir que tu trouves un argument qui flatte le mécène, lui fasse croire qu’il va pénétrer, grâce à toi, dans le monde de l’art. Les gens qui ont beaucoup d’argent aiment penser qu’ils ont aussi beaucoup de goût et de sens artistique. Présente tes vitrines comme une exposition plutôt qu’une simple image de mode…

— Je sais, répondit Hortense, j’avais déjà développé tout un argument pour Pigeon Sophistiqué que je comptais te servir. Je le lui refilerai…

Il lui sourit, amusé.

— Car vois-tu, Philippe, moi, je ne suis pas frivole, mais légère… Légère en apparence et enragée au fond ! Rien ne m’arrêtera.

— Enchanté de l’apprendre.

Elle rejoignit Nicholas chez Liberty. Dans l’agitation de son bureau, il lui parut plus beau, plus important, plus séduisant. Presque mystérieux. Elle s’arrêta, étonnée, et posa sur lui un regard affectueux.

Il ne le remarqua pas, tout à son excitation : il avait trouvé un photographe qui acceptait de travailler gratuitement.

— Il est si mauvais que ça ? dit Hortense.

— Non, il cherche à se faire un book… Comme il est chinois, il a un mal fou à obtenir des visas et ne peut jamais se rendre à Milan ou à Paris, ce qui le handicape… L’idée d’avoir son nom chez Harrods, de travailler pour une Française et une fille de Saint-Martins en plus le motive beaucoup, alors sois gentille avec lui.

— Je vais pas le mordre ! On dirait que je suis un monstre !

— Il attend dans le couloir…

Hortense sursauta.

— C’est le gnome velu qui mesure un mètre dix debout sur une échelle ?

— Voilà exactement ce que je voulais éviter de t’entendre dire ! C’est un très bon photographe, qui va nous faire de très belles photos pour pas un rond… Alors sois courtoise…

Hortense le regarda avec circonspection.

— T’es sûr qu’il est bon ?

Nicholas soupira.

— Hortense, crois-tu que tu aies vraiment le temps de discuter chacune de mes décisions ? Non. Alors fais-moi confiance…

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