Les Habits Noirs Tome I
- Автор: Феваль Поль Анри
- Серия: Les Habits Noirs #1
- Язык: французский
- Жанр: Исторические приключения
Электронная книга - «Les Habits Noirs Tome I». Краткое содержание книги:
La bande criminelle les «Habits Noirs», dirigée par Lecoq, le bras droit du colonel Bozzo-Corona, le «Maître à tous», organise le vol de la caisse du banquier Bancelle, en 1825, tout en montant une machination compliquée destinée à égarer la justice sur un faux coupable (manoeuvre que les Habits noirs appellent «payer la loi», et qu'ils renouvelleront à chaque épisode). Ce faux coupable est André Maynotte, sur lequel Lecoq satisfait ainsi une ancienne vengeance. André Maynotte est condamné, mais réussit à s'enfuir…
Etienne le regarda en face et dit avec une conviction profonde:
– Beau papier, bonne impression, pas de timbre, de l’esprit, du cœur, des actualités. Il y a déjà le café Hainsselin et le restaurant Thuillier qui s’abonneront… sinon, je leur coupe notre pratique. Douze francs par an. Il faudra des rébus… ça plaît aux personnes qui n’ont pas beaucoup d’intelligence. Donnerons-nous une gravure? Non. Sais-tu qu’il y aurait la spécialité du billard? Il y a seize cents billards dans Paris; à dix joueurs seulement par billard, ça donne seize mille abonnés, plus les fabricants de queues, les tourneurs de billes, etc. Quel titre aura notre recueil? Maurice n’écoutait déjà plus.
– Quel titre? répéta Etienne. J’en veux un qui nous donne de l’influence au théâtre. La Loge infernale! Qu’en dis-tu? Est-ce étonnant que nous n’ayons pas songé à cela!
Maurice poussa un soupir et mit sa tête entre ses mains.
– Néant! néant! prononça-t-il d’une voix désespérée. Et les heures passent! et chaque jour écoulé m’arrache un lambeau d’avenir!
– Mon petit, lui dit Etienne piqué au vif, je soupçonne que nos facultés ne cadrent pas. C’est fatigant de se monter l’imagination, qu’on a opulente et féconde, pour toujours retomber à plat. Je t’annonce itérativement que je vais faire ma pièce tout seul pour la Gaîté, avec Francisque aîné et Delaistre. Assez pataugé, veux-tu? Chacun de nous reprend sa liberté, premier bien de l’homme… serviteur de tout mon cœur!
XVIII Le drame
Dans la grand-ville, ces pauvres comédies de la jeunesse abondent. Mais quand la jeunesse est morte, toutes ces gaietés tournent au noir, et la farce, monstre hideux, découvre sa queue de tragédie. Rien n’est triste autour des vingt ans. Sous ses haillons même, la jeunesse est d’or. Son joyeux rire éclate entre deux sanglots, et vous l’enviez au lieu de la plaindre.
Etienne Roland était le fils d’un magistrat, conseiller à la cour royale de Paris, et que nous avons connu jadis juge d’instruction à Caen: un honnête homme, jouissant à bon droit de l’estime publique et très apprécié comme jurisconsulte. Sa réputation à cet égard datait surtout de l’affaire Maynotte, dont l’instruction passait pour un véritable chef-d’œuvre. M. Roland, le père, n’avait pas confiance dans le métier d’homme de lettres. Il avait dirigé son fils vers l’étude du droit, puis vers le commerce: deux carrières assurément plus unies, sinon mieux fréquentées. Ce fou d’Etienne jeûnait volontairement pour n’être ni marchand ni robin.
Maurice avait pour père l’ancien commissaire de police de la place des Acacias, probe et zélé fonctionnaire qui était parvenu au grade de chef de division. Le baron, il faut lui rendre cette justice, était le bienfaiteur universel des Schwartz. Maurice avait obtenu une place dans la maison du baron. Les familiers du salon Schwartz ne l’aimaient pas, et surprirent avec joie les premiers symptômes de l’émotion partagée entre lui, tout jeune, et Blanche, presque enfant. Cet amour et son goût pour les lettres devaient le pousser tôt ou tard hors de la maison.
Ce fou de Maurice jeûnait donc aussi par sa faute, par sa double faute: l’amour et la poésie.
Etienne et lui jeûnaient du reste assez bien, quoiqu’il y eût dans leur abstinence encore plus d’obstination que de réalité. Il faut ajouter que, dès qu’ils ne jeûnaient plus, ils faisaient bombance.
Etienne Roland était un garçon de quelque esprit et de passable éducation, un peu gâté déjà par la maladie morale des pays de bohème, et d’excellente humeur: ce qui suffit amplement pour constituer la noire étoffe d’un dramaturge. Il admirait passionnément mesdames les actrices du boulevard et ses amis ne pensaient point qu’il eût, au fond, d’autre vocation bien déterminée.
Maurice Schwartz adorait sa cousine Blanche d’autant plus ardemment qu’il était exilé loin d’elle. Il détestait M. Lecoq, ce vampire, comme il l’appelait, et cherchait un moyen de le tuer, un moyen honnête. Tant que ce mariage odieux entre Blanche et M. Lecoq n’était pas célébré à la mairie et à la paroisse, Maurice gardait l’espérance de vaincre, à force de gloire. Hélas! la gloire, où la prendre? À cette question, Maurice répondait: il y a des gens qui l’ont dénichée! C’était un cher enfant, joli en dedans comme en dehors, une nature gracieuse, flexible, séduisante, virile à ses heures, mais toute pleine de féminines hardiesses. Comme intelligence, il valait plus qu’Etienne, qui avait néanmoins sur lui l’avantage de savoir à peu près ce qu’il voulait.
Mais il valait moins que Michel, notre héros.
Etienne, ayant pris son parti en brave et résolu de mener ses affaires lui-même, alla chercher dans une armoire d’attache, où il n’y avait que cela, une effrayante brassée de papiers qu’il apporta sur la table.
Le drame avait cinquante titres pour le moins, autant d’actions diverses et une centaine de personnages; mais si fréquemment que le sujet changeât, trois types restaient toujours les mêmes: Édouard, le jeune premier; Sophie, l’amoureuse; Olympe Verdier, la grande dame au passé mystérieux, parce que ceux-là jouaient bien réellement un drame vivant tout auprès du drame mort-né, enseveli dans son armoire.
– Il y a là des trésors, dit Etienne en feuilletant l’amas de paperasses. Un homme du métier y trouverait pour plus de cent mille écus de succès!
Maurice garda le silence.
– Ce n’est pas pour toi que je parle, au moins? reprit Etienne. Je fais comme si tu n’étais pas là. Je collabore avec moi-même…
Maurice sourit.
– Vertuchou! s’écria l’autre déjà noyé dans ses chiffons. Je trouve ici notre idée du fils adultérin! C’est tout uniment monumental!
Maurice bâilla et quitta son siège.
– Bien! bien! va te coucher, mon vieux, reprit Etienne. Ce n’est pas au théâtre que la fortune vient en dormant. Moi, je me sens en verve. Ah! si, au lieu de toi, j’avais Michel!
Le joli blond s’était dirigé vers la fenêtre. Il secoua la tête et murmura:
– Je ne sais pas comme j’aime Michel!
Etienne laissa un instant ses papiers en repos pour regarder Maurice. Celui-ci avait le dos touché et la figure contre les carreaux. De l’autre côté de la cour, la croisée qui faisait face était toujours éclairée, mais plus faiblement. La malade ne travaillait plus, et quand les pauvres ne travaillent plus, ils baissent leur lampe. Maurice crut distinguer, dans cette demi-obscurité, une forme de jeune fille agenouillée près du lit.
– Depuis jeudi, Michel m’inquiète, dit-il avec tristesse.
– Moi, il y a plus longtemps que cela, repartit aigrement Etienne. Dans la chambre en face, la forme agenouillée se redressa. Maurice reprit:
– Nous dormons quand il rentre…
– Et il se sauve avant le jour, l’interrompit Etienne.
– Je désire me tromper, mais toutes ces cachotteries-là n’ont pas bonne odeur.
La lampe des voisines s’éteignit tout à fait. Maurice dit avec un profond soupir:
– Et cette pauvre jeune fille, Mlle Leber, est bien pâle!
– Il n’y a pas au boulevard, professa chaleureusement Etienne, un masque aussi puissant, aussi pur, aussi dramatique que la figure de cette Edmée Leber!
– Blanche l’aime. Ce doit être une âme d’élite.