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La Grande Quête

Электронная книга - «La Grande Quête». Краткое содержание книги:

À peine arrivé à la forteresse de Fal Dara, le jeune Rand n’a déjà qu’une idée en tête : fuir les noirs secrets qu’il a appris sur lui-même.
Moiraine, la puissante magicienne qui seule pourrait lui fournir des réponses, l’évite désormais comme la peste. Rand sait qu’il devrait quitter ces lieux, partir où personne ne le connaît et où il ne pourrait faire aucun mal.
Mais il est trop tard : les Aes Sedai l’ont enfermé et son seul espoir d’obtenir de l’aide à présent est Egwene, la femme qu’il pensait épouser un jour… et qui est en train de devenir elle-même une Aes Sedai.
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Le « socle » s’étendait sur l’équivalent de deux fermes moyennes, champs compris, mais la pente herbeuse fut facile à négocier. Au milieu du monticule, la flèche de pierre grise, malgré sa taille, se révéla carrée et assez large pour paraître massive – voire un peu empâtée. Cessant de rire, Rand fit avancer Rouquin au trot.

— C’est le monument à la gloire d’Artur, seigneur ? demanda Hurin. Il a quelque chose d’étrange, je trouve…

Sur la façade et les flancs de l’édifice, Rand reconnut immédiatement les caractères et les symboles rudimentaires gravés dans la pierre. Rudimentaires et d’une taille inhabituelle, puisque certains idéogrammes atteignaient la taille d’un homme.

Les différents clans de Trollocs, fièrement représentés… Le crâne cornu des Dha’vols, le poing de fer des Dhai’mons, le trident des Ko’bals et le cyclone des Ahf’fraits.

Il y avait également un faucon représenté près du pied de la tour. Gisant sur le dos, ses ailes d’une envergure de dix pieds largement écartés, il venait d’être foudroyé par un éclair et des corbeaux lui becquetaient les yeux.

Au sommet de la flèche, les grandes ailes de ce que Rand avait pris pour un faucon semblaient occulter la lumière du soleil.

— J’ai essayé de te prévenir, dit Loial lorsqu’il eut rejoint ses compagnons. C’est un grand corbeau, pas un faucon ! Je l’ai très bien vu, même de loin…

Révulsé, Hurin fit faire demi-tour à sa monture afin de ne plus voir la flèche.

— Comment est-ce possible ? demanda Rand. Ici même, Artur a écrasé les Trollocs, si on en croit Ingtar.

— Non, pas ici, fit Loial. À l’évidence, pas ici… Tu te souviens ? « De Pierre en Pierre courent les chemins du “si”, serpentant entre les mondes qui pourraient être. » J’ai beaucoup réfléchi à cette phrase, et je pense avoir trouvé ce que sont les « mondes qui pourraient être ». En tout cas, ça semble logique…

» Il s’agit de ce que notre monde aurait pu devenir si certains événements avaient été différents. C’est peut-être pour ça que tout semble si… délavé… ici. Parce que c’est une virtualité, pas vraiment un monde réel. Un « si » qui serait le reflet de notre univers, mais un reflet distordu. Et, dans ce monde-ci, je pense que les Trollocs ont été victorieux. C’est pour ça que nous n’avons vu ni villages ni gens…

Rand en eut la chair de poule. Quand ils gagnaient, les Trollocs ne laissaient pas d’humains survivants, sauf pour garnir leur garde-manger. S’ils avaient conquis tout un monde…

— Loial, s’ils avaient gagné, ils grouilleraient partout. Nous en aurions déjà vu un bon millier. Et, à vrai dire, nous serions sans doute déjà morts depuis hier.

— C’est vrai, mais… Eh bien, après avoir massacré les humains, ils se sont peut-être entre-tués. Tu sais que le meurtre est leur seule raison d’exister. Enfin, c’est une hypothèse, rien de plus…

— Seigneur Rand, dit Hurin, quelque chose a bougé, là-bas !

Rand se retourna, prêt à découvrir une horde de Trollocs, arme au poing. Mais le renifleur désignait l’endroit d’où ils venaient – et où il n’y avait rien à voir.

— Qu’as-tu aperçu, Hurin ? Et à quel endroit exactement ?

— À la lisière de ce bosquet, à environ quinze cents pas… On aurait dit une femme… et une autre créature que je n’ai pas identifiée… Mais… Seigneur, il est si difficile de voir les choses, quand on ne les a pas devant le nez… Cet endroit me rend fou, je crois ! Si on ne bride pas son imagination… (Hurin se recroquevilla comme si l’ombre de la flèche pesait trop lourd pour ses épaules.) Ce devait être le vent, seigneur…

— Il faut tenir compte d’un autre facteur, j’en ai peur, dit Loial. (Il désigna le sud, l’air perplexe.) Que vois-tu dans cette direction, Rand ?

Le jeune homme plissa les yeux, un réflexe normal quand le paysage semblait vous fondre dessus.

— Une plaine comme celle que nous avons traversée, quelques arbres, puis des collines et, plus loin, des montagnes. Rien d’autre. Que voudrais-tu donc que je voie ?

— Ces montagnes, soupira l’Ogier, les oreilles et les sourcils en berne, doivent être la chaîne qu’on nomme la Dague de Fléau de sa Lignée… Il n’y a aucune autre possibilité, sauf si ce monde est radicalement différent du nôtre. L’ennui, c’est que la Dague se dresse à plus de cent lieues au sud de l’Erinin. À beaucoup plus de cent lieues, en fait. Et nous y serons avant la nuit…

L’Ogier n’eut pas besoin d’en dire plus. En trois jours, ils n’avaient pas pu couvrir cent lieues, et encore moins beaucoup plus de cent lieues.

— Cet endroit est peut-être comme les Chemins, dit Rand sans réfléchir.

Entendant Hurin gémir, il regretta aussitôt de ne pas avoir tourné sept fois sa langue dans sa bouche.

De fait, l’idée n’avait rien d’agréable. Les Portails qui se trouvaient devant les Sanctuaires des Ogiers, ou dans leurs bosquets, permettaient de couvrir en très peu de temps des distances incroyables. Après un jour de marche, quand on empruntait un autre Portail, on pouvait se retrouver à bien plus de cent lieues de son point de départ. Mais les Chemins étaient désormais obscurs et souillés, et y voyager impliquait le risque de perdre la raison… ou la vie. Les Blafards eux-mêmes les évitaient…

— Si tu as raison, dit Loial, un seul faux pas suffira-t-il à nous tuer ? Ou existe-t-il des entités capables de nous faire subir un sort pire que la mort ?

Hurin gémit de nouveau.

Depuis leur arrivée, les trois voyageurs s’étaient comportés comme si tout allait bien, se risquant même à boire l’eau de ce monde. Sur les Chemins, une telle nonchalance n’aurait pas pardonné.

— Ce qui est fait est fait, dit Rand, optant une nouvelle fois pour donner l’exemple. Mais, à partir de maintenant, nous serons plus prudents…

Il observa discrètement Hurin. La tête rentrée dans les épaules, il regardait autour de lui, se demandant quel monstre allait bientôt lui sauter dessus. Cet homme avait été engagé pour poursuivre des voleurs. Depuis, il avait senti et vu des horreurs en série, et il approchait dangereusement de son point de rupture.

— Ne panique pas, Hurin. Nous ne sommes pas encore morts, et personne n’aura notre peau ! Il va falloir faire plus attention, c’est tout.

À cet instant précis, un cri retentit dans le lointain.

— Une femme ! cria Hurin, un peu remonté, peut-être parce qu’il était rassuré qu’un événement à peu près normal se produise enfin. J’étais sûr d’avoir vu…

Un deuxième cri se fit entendre, plus désespéré encore que le premier.

— Ça ne peut pas être la même femme, dit Rand, sauf si elle sait voler. Celle-là est au sud de notre position !

Sur ces mots, il talonna Rouquin et partit au galop.

— Tu as dit qu’on devait être prudents ! lui cria Loial. Par la Lumière ! Rand, c’est ça que tu appelles la prudence ?

Rand se coucha sur l’encolure de Rouquin afin de mieux fendre le vent. Les cris agissaient sur lui comme un aimant sur le fer. Prêcher la prudence était facile, mais il y avait de la terreur dans la voix de cette femme. À l’évidence, elle ne pouvait pas s’offrir le luxe d’avoir affaire à des sauveteurs prudents.

À l’approche d’un cours d’eau qui serpentait dans un ravin encore plus profond que les autres, le jeune homme tira sur les rênes de sa monture, qui s’arrêta dans un tourbillon de poussière et de petits cailloux.

Les appels venaient…

… De là !

Rand évalua la situation en un clin d’œil. À quelque deux cents pas de là, la femme était debout près de son cheval. Acculée à la berge, elle tentait de repousser avec une branche morte une créature qui semblait bien décidée à la tailler en pièces.

Rand en resta bouche bée. Si une grenouille avait pu avoir la taille d’un ours, ou si un plantigrade s’était baladé dans la peau verte et visqueuse d’un crapaud, le monstre aurait parfaitement pu exister dans le monde « normal ». Mais là…

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