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Ensemble, c’est tout

Электронная книга - «Ensemble, c’est tout». Краткое содержание книги:

Et puis, qu'est-ce que ça veut dire, différents ? C'est de la foutaise, ton
histoire de torchons et de serviettes... Ce qui empêche les gens de vivre
ensemble, c'est leur connerie, pas leurs différences... Camille dessine.
Dessinais plutôt, maintenant elle fait des ménages, la nuit. Philibert, aristo
pur jus, héberge Franck, cuisinier de son état, dont l'existence tourne autour
des filles, de la moto et de Paulette, sa grand-mère. Paulette vit seule, tombe
beaucoup et cache ses bleus, paniquée à l'idée de mourir loin de son jardin. Ces
quatre là n'auraient jamais dû se rencontrer. Trop perdus, trop seuls, trop
cabossés... Et pourtant, le destin, ou bien la vie, le hasard, l'amour -appelez
ça comme vous voulez -, va se charger de les bousculer un peu. Leur histoire,
c'est la théorie des dominos, mais à l'envers. Au lieu de se faire tomber, ils
s'aident à se relever.
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� Mais euh... Elle le sait, elle ?

� Pardon ?

� Que vous �tes fianc�s ?

� Pas encore... avoua-t-il en piquant du nez.

Franck soupira :

� Je vois le travail... Du pur concentr� de Philou, �a... Bon, ben... T'attends pas la veille pour nous inviter, hein ? Que j'aie le temps de m'acheter un beau costard quand m�me...

� Et moi une robe ! ajouta Camille.

� Et moi un chapeau... r�pliqua Paulette.

9

Les Kessler vinrent d�ner un soir. Ils firent le tour de l'appartement en silence. Deux vieux bobos sur le cul... Un spectacle tr�s jouissif en v�rit�.

Franck n'�tait pas l� et Philibert fut exquis.

Camille leur montra son atelier. Paulette s'y trouvait dans toutes les positions, toutes les techniques et tous les formats. Un temple � sa gaiet�, � sa douceur et aux remords et aux souvenirs qui lui fissuraient le visage quelquefois...

Mathilde �tait troubl�e et Pierre confiant :

� C'est bien �a ! C'est tr�s bien ! Avec la canicule de l'�t� dernier, le vieux est devenu tr�s tendance, tu sais ? �a va marcher... J'en suis s�r.

Camille �tait accabl�e.

A-cca-bl�e.

� Laisse... ajouta sa femme, c'est de la provocation... Il est �mu ce petit bonhomme...

� Oh ! Et �a ! C'est sublime �a !

� Ce n'est pas fini...

� Tu me le gardes hein ? Tu me le r�serves ?

Camille acquies�a.

Mais non. Elle ne lui donnerait jamais parce que ce ne serait jamais fini et ce ne serait jamais fini parce que son mod�le ne reviendrait jamais... Elle le savait...

Tant pis.

Tant mieux.

Cette esquisse ne la quitterait donc plus... Elle n'�tait pas finie.... Elle resterait en suspens.... Comme leur impossible amiti�.... Comme tout ce qui les s�parait ici-bas...

C'�tait un samedi matin, il y a quelques semaines... Camille travaillait. Elle n'avait m�me pas entendu le carillon de la sonnette quand Philibert toqua � sa porte :

� Camille ?

� Oui?

� La... La Reine de Saba est ici... Dans mon salon...

Mamadou �tait magnifique. Elle avait mis son plus beau boubou et tous ses bijoux. Ses cheveux �taient �pil�s jusqu'aux deux tiers de son cr�ne et elle portait un petit fichu assorti � son pagne.

� Je te l'avais dit que je viendrais mais il faut teu d�p�cher parce que je vais � un mariage dans ma famille � quatre heures... C'est l� que tu habites alors ? C'est l� que tu travailles ?

� Je suis tellement contente de te revoir !

� Allez... Perds pas deu temps, je te dis...

Camille l'installa bien confortablement.

� Voil�. Tiens-toi droite.

� Mais je me tiens toujours droite d'abord !

Au bout de quelques croquis, elle posa son crayon sur son bloc :

- Je ne peux pas te dessiner si je ne sais pas comment tu t'appelles...

L'autre leva la t�te et soutint son regard avec un d�dain magnifique :

- Je m'appelle Marie-Anastasie Bamundela M'Bay�.

Marie-Anastasie Bamundela M'Bay� ne reviendrait jamais dans ce quartier habill�e en reine de Diouloulou, le village de son enfance, Camille en avait la certitude. Son portrait ne serait jamais fini et il ne serait jamais pour Pierre Kessler qui �tait bien incapable de deviner la petite Bouli dans les bras de cette � belle n�gresse �...

� part ces deux visites, � part une sauterie o� ils se rendirent tous les trois pour f�ter les trente ans d'un coll�gue de Franck et o� Camille se d�cha�na en hurlant j'ai plus d'app�-tiiiiit qu'un barra-couda, ba ra cou daaaa, il ne se passa rien d'extraordinaire.

Les journ�es s'allongeaient, le Sunrise se culottait, Philibert r�p�tait, Camille travaillait et Franck perdait chaque jour un peu plus confiance en lui. Elle l'aimait bien mais ne l'aimait pas, elle s'offrait mais ne se donnait pas, elle essayait pourtant mais n'y croyait pas.

Un soir, il d�coucha. Pour voir.

Elle ne fit aucun commentaire.

Puis un deuxi�me, puis un troisi�me. Pour boire.

Il dormait chez Kermadec. Seul la plupart du temps, avec une fille, un soir de mort subite.

Il la fit jouir et lui tourna le dos.

� Eh ben ?

� Laisse-moi.

10

Paulette ne marchait presque plus et Camille �vitait d�sormais de lui poser des questions. Elle la retenait autrement. Dans la lumi�re du jour ou sous l'aur�ole des lampes. Certains jours elle n'�tait pas l� et d'autres elle p�tait la forme. C'�tait �puisant.

O� s'arr�tait le respect de l'autre et o� commen�ait la notion de non-assistance � personne en danger ? Cette question la taraudait et, � chaque fois qu'elle se relevait la nuit, bien d�cid�e � prendre rendez-vous chez un m�decin, la vieille dame se r�veillait guillerette et fra�che comme une rose...

Et Franck qui ne parvenait plus � soutirer � l'une de ses anciennes conqu�tes laborantine ses m�dicaments sans ordonnance...

Elle ne prenait plus rien depuis des semaines...

Le soir du spectacle de Philibert par exemple, elle n'�tait pas vaillante et ils durent demander � madame Perreira de lui tenir compagnie...

� Pas de probl�me ! J'ai eu ma belle-m�re pendant douze ans � la maison, alors, vous pensez... Les vieux, je sais ce que c'est !

La repr�sentation avait lieu dans une MJC au fin fond de la ligne A du RER.

Ils prirent le Zeus de 19:34, s'assirent l'un en face de l'autre et r�gl�rent leurs comptes en silence.

Camille regardait Franck en souriant.

Garde-le ton petit sourire de merde, j'en veux pas. C'est tout ce que tu sais donner, toi... Des petits sourires pour embrouiller les gens... Garde-le va, garde-le. Tu finiras toute seule dans ton donjon avec tes crayons de couleur et ce sera bien fait pour ta gueule. Moi, je sens que je fatigue, l�... Le ver de terre amoureux d'une �toile, �a va un moment...

Franck regardait Camille en serrant les dents.

Que t'es mignon, toi, quand t'es en col�re... Que tu es beau quand tu perds les p�dales... Pourquoi je n'arrive pas � me laisser aller avec toi ? Pourquoi je te fais souffrir ? Pourquoi je porte un corset sous ma cuirasse et deux cartouchi�res en bandouli�re ? Pourquoi je bloque sur des d�tails d�biles ? Prends un ouvre-bo�te, merde ! Regarde dans ta mallette, je suis s�re que tu as ce qu'il faut pour me laisser respirer...

� � quoi tu penses ? lui demanda-t-il.

� � ton nom... J'ai lu l'autre jour dans un vieux dictionnaire qu'un estafier �tait un grand valet de pied qui suivait un homme � cheval et qui lui tenait l'�trier...

� Ah?

� Oui.

� Un larbin, quoi...

� Franck Lestafier ?

� Pr�sent.

� Quand tu ne dors pas avec moi, tu dors avec qui?

- ...

� Tu leur fais les m�mes choses qu'� moi ? ajouta-t-elle en se mordant la l�vre.

� Non.

Ils se donn�rent la main en remontant � la surface.

La main, c'est bien.

�a n'engage pas trop celui qui la donne et �a apaise beaucoup celui qui la re�oit...

L'endroit �tait un peu tristoune.

�a sentait son collier de barbe, ses Fanta ti�des et ses r�ves de gloire mal emboutis. Des affiches jaune fluo annon�aient la tourn�e triomphale de Ramon Riobambo et son orchestre en peau de lama. Camille et Franck prirent leurs billets et n'eurent que l'embarras du choix pour trouver une place...

Peu � peu la salle se remplit tout de m�me. Ambiance kermesse et patronage. Les mamans s'�taient faites belles et les papas v�rifiaient les piles de leur cam�scope.

Comme � chaque fois qu'il �tait �nerv�, Franck bran-douillait du pied. Camille posa sa main sur son genou pour le calmer.

� Savoir que mon Philou va se retrouver tout seul en face de tous ces gens, �a me tue... Je crois que je vais pas supporter... Imagine qu'il ait un trou de m�moire... Imagine qu'y se mette � b�gayer... Pff... Il sera encore bon � ramasser � la petite cuill�re...

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