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Ensemble, c’est tout

Электронная книга - «Ensemble, c’est tout». Краткое содержание книги:

Et puis, qu'est-ce que ça veut dire, différents ? C'est de la foutaise, ton
histoire de torchons et de serviettes... Ce qui empêche les gens de vivre
ensemble, c'est leur connerie, pas leurs différences... Camille dessine.
Dessinais plutôt, maintenant elle fait des ménages, la nuit. Philibert, aristo
pur jus, héberge Franck, cuisinier de son état, dont l'existence tourne autour
des filles, de la moto et de Paulette, sa grand-mère. Paulette vit seule, tombe
beaucoup et cache ses bleus, paniquée à l'idée de mourir loin de son jardin. Ces
quatre là n'auraient jamais dû se rencontrer. Trop perdus, trop seuls, trop
cabossés... Et pourtant, le destin, ou bien la vie, le hasard, l'amour -appelez
ça comme vous voulez -, va se charger de les bousculer un peu. Leur histoire,
c'est la théorie des dominos, mais à l'envers. Au lieu de se faire tomber, ils
s'aident à se relever.
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� Non, je sais pas dire, tout �a... J'aurais trop peur de vous tromper...

� C'est quoi ta p�riode pr�f�r�e ?

- La Renaissance.

- Pourquoi ?

- Parce que... Je ne sais pas... Tout est beau. Partout... Tout...

� Tout quoi ?

� Tout.

� Bon... plaisanta Philibert, merci. C'�tait on ne peut plus concis. Pour ceux qui voudraient en savoir plus, je tiens � signaler que l'Histoire de l'Art d'�lie Faure se trouve dans nos water-closets derri�re le sp�cial Enduro 2003.

� Et dis-nous qui tu aimes... ajouta Paulette.

� Comme peintres ?

� Oui.

� Euh... Dans n'importe quel ordre, alors... Rembrandt, Durer, Vinci, Mantegna, Le Tintoret, La Tour, Turner, Bonington, Delacroix, Gauguin, Vallotton, Corot, Bonnard, C�zanne, Chardin, Degas, Bosch, V�lasquez, Goya, Lotto, Hiroshige, Piero d�lia Francesca, Van Eyck, les deux Holbein, Bellini, Tiepolo, Poussin, Monet, Chu Ta, Manet, Constable, Ziem, Vuillard euh... C'est horrible, je dois en oublier plein...

� Et tu ne peux pas nous dire quelque chose sur l'un de ces types ?

� Non.

� Au hasard... Bellini... Pourquoi tu l'aimes celui-l� ?

� � cause de son portrait du doge Leonardo Loredan...

� Pourquoi ?

� Je ne sais pas... Il faut aller � Londres, � la National Gallery si je me souviens bien, et regarder ce tableau pour avoir la certitude que l'on est... C'est... C'est... Non, j'ai pas envie de mettre mes grosses paluches l�-dessus...

� Bon... se r�sign�rent-ils, ce n'est qu'un jeu apr�s tout... On ne va pas t'obliger...

� Ah ! Je sais ce qui me manquait ! exulta Franck. le collier bien s�r ! Ou collet, c'est comme on veut... On met �a dans la blanquette...

L� Camille se d�doublait, c'est clair.

Un lundi soir pourtant, dans les embouteillages apr�s le p�age de Saint-Arnoult, alors qu'ils �taient tous fatigu�s et ronchons, elle d�clara soudain :

- J'ai trouv� !

� Pardon ?

� Mon savoir ! Mon seul savoir que j'aie ! En plus, je le connais par c�ur depuis des ann�es !

� Vas-y, on t'�coute...

� C'est Hokusa�, un dessinateur que j'adore... Vous savez, la vague ? Et les vues du Mont Fuji ? Mais siiiii... La vague turquoise bord�e d'�cume ? Alors lui... Quelle merveille... Si vous saviez tout ce qu'il a fait, c'est inimaginable...

� C'est tout ? � part � Quelle merveille... � T'as rien d'autre � ajouter ?

� Si, si... Je me concentre...

Et dans la p�nombre de cette banlieue sans surprise, entre un Usine Center � gauche et une Foirfouille � droite, entre le gris de la ville et l'agressivit� du troupeau qui rentrait au bercail, Camille pronon�a lentement ces quelques mots :

Depuis l'�ge de six ans, j'avais la manie de dessiner la forme des objets.

Vers cinquante ans, j'avais publi� une infinit� de dessins, mais tout ce que j'avais produit avant l'�ge de soixante-dix ans ne vaut pas la peine d'�tre compt�.

C'est � l'�ge de soixante-trois ans que j'ai compris peu � peu la structure de la nature vraie, des animaux, des arbres, des oiseaux et des insectes.

Par cons�quent, � l'�ge de quatre-vingts ans, j'aurai fait encore plus de progr�s ; � quatre-vingt-dix ans, je p�trerai le myst�re des choses ; � cent ans, je serai d�cid�ment parvenu � un degr� de merveille et quand j'aurai cent dix ans, chez moi, soit un point, soit une ligne, tout sera vivant.

Je demande � ceux qui vivront autant que moi de voir si je tiens ma parole.

�crit � l'�ge'de soixante-quinze ans par moi, Hokusa�, le vieillard fou de peinture.

� Soit un point, soit une ligne, tout sera vivant... � r�p�ta-t-elle.

Chacun ayant probablement trouv� l� de quoi alimenter son pauvre moulin, la fin du trajet demeura silencieuse.

7

Pour P�ques, ils furent invit�s au ch�teau.

Philibert �tait nerveux.

Il avait peur de perdre un peu de son prestige...

Il vouvoyait ses parents, ses parents le vouvoyaient et se vouvoyaient entre eux.

� Bonjour, P�re.

� Ah, vous voil�, mon fils... Isabelle, allez pr�venir votre m�re, je vous prie... Marie-Laurence, vous savez o� se trouve la bouteille de whisky ? Impossible de remettre la main dessus...

� Priez saint Antoine, mon ami !

Au d�but, �a leur faisait bizarre et puis ils n'y firent plus attention.

Le d�ner fut laborieux. Le marquis et la marquise leur posaient des tas de questions mais n'attendaient pas leur r�ponse pour les juger. En plus, c'�tait des questions un peu chaudes, du genre :

- Et que fait votre p�re ?

- Il est mort.

� Ah, pardon.

- Je vous en prie...

- Euh... Et le v�tre ?

- Je ne l'ai pas connu...

� Tr�s bien... Vous... Vous reprendrez un peu de mac�doine peut-�tre ?

� Non merci.

Convoi d'anges dans la salle � manger lambriss�e...

� Et donc vous... Vous �tes cuisinier, n'est-ce pas ?

� Eh, oui...

� Et vous ?

Camille se tourna vers Philibert.

� C'est une artiste, r�pondit-il � sa place.

� Une artiste ? Comme c'est pittoresque ! Et vous... Vous en vivez ?

� Oui. Enfin... Je... Je crois...

� Comme c'est pittoresque... Et vous vivez dans le m�me immeuble, c'est cela ?

� Oui. Juste au-dessus.

� Juste au-dessus, juste au-dessus...

Il cherchait mentalement dans le disque dur de son bottin mondain.

� ... vous �tes donc une petite Roulier de Morte-mart !

Camille paniquait.

� Euh... Je m'appelle Fauque...

Elle sortit tout ce qu'elle avait en magasin :

� Camille, Marie, Elisabeth Fauque

� Fauque ? Comme c'est pittoresque... J'ai connu un Fauque autrefois... Un tr�s brave homme, ma foi... Charles, je crois... Un parent � vous, peut-�tre ?

� Euh... Non...

Paulette n'ouvrit pas la bouche de la soir�e. Pendant plus de quarante ans, elle avait servi � table chez des gens de cet acabit et elle �tait trop mal � l'aise pour mettre son grain de sel sur leur nappe brod�e.

Le caf� fut laborieux lui aussi...

Cette fois, c'est Philou qui prit sa place dans le ball-trap :

� Alors, mon fils ? Toujours dans les cartes postales?

� Toujours, p�re...

� Passionnant, n'est-ce pas ?

� Je ne vous le fais pas dire...

� Ne soyez pas ironique, je vous prie... L'ironie est la parade des cancres, ce n'est pas faute de vous l'avoir r�p�t�, il me semble...

� Oui, p�re... Citadelle de Saint-Ex...

� Pardon ?

� Saint-Exup�ry.

L'autre ravala son cachou.

Quand enfin, ils purent quitter cette pi�ce glauque o� tous les animaux du coin �taient empaill�s au-dessus de leurs t�tes, m�me un faon putain, m�me Bambi, Franck porta Paulette jusqu'� sa chambre. � Comme une jeune mari�e �, lui chuchota-t-il � l'oreille et il secoua tristement la t�te quand il comprit qu'il allait dormir � mille milliards de kilom�tres de ses princesses, deux �tages plus haut.

Il s'�tait retourn� et tripotait une patte de sanglier tress�e pendant que Camille la d�shabillait.

� Nan, mais j'y crois pas... Vous avez vu comme on a mal bouff� ? C'est quoi ce d�lire ? C'�tait d�gueulasse ! Jamais j'oserais servir un truc pareil � mes h�tes ! Dans ce cas-l�, il vaut mieux faire une omelette ou des panzani !

� Ils n'ont peut-�tre pas les moyens ?

� Putain mais tout le monde a les moyens de faire une bonne omelette baveuse, non ? Je comprends pas, l�... Je comprends pas... Bouffer de la merde avec des couverts en argent massif et servir une inf�me piquette

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