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Prestimion le Coronal [Lord Prestimion - fr]

Электронная книга - «Prestimion le Coronal [Lord Prestimion - fr]». Краткое содержание книги:

Vainqueur de la guerre des Sorciers, Prestimion, qui a manqué d’y perdre la vie, a payé chèrement le titre de Coronal. La fine fleur de Majipoor a été décimée, le monde ravagé, et la belle Thismet, la grande passion de Prestimion, est morte dans les combats.
Prestimion a décidé de rendre la paix à la planète géante et d’effacer de toutes les mémoires, avec l’aide de deux mages, le souvenir du conflit atroce et de tous ceux qui ont péri. Seuls deux de ses compagnons d’armes et lui-même en garderont la trace indélébile dans leurs souvenirs.
Mais comment Prestimion pourrait-il exulter de joie durant la cérémonie de son couronnement alors que ce secret lui pèse ? Et comment pourrait-il prendre femme comme le doit un Coronal alors qu’il demeure obsédé par l’image de Thismet ?
Pire, le charme d’oubli a creusé dans les esprits un vide insidieux que vient souvent remplir la folie. La sédition gronde. La violence menace à nouveau de ravager Majipoor.
Prestimion saura-t-il guérir les peuples dont il a la charge, et se sauver lui-même en retrouvant l’amour ?
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La question était réglée. Mais il ne se passait pas un jour sans qu’un nouvel obstacle surgisse.

La question, par exemple, du nombre de mages autres que Maundigand-Klimd invités à la cérémonie et le rôle qu’ils y joueraient. Si cela n’avait tenu qu’à Prestimion, il n’y en aurait eu aucun. Mais Gialaurys parvint à le convaincre de l’imprudence de cette position. Il fut convenu que tout un assortiment de sorciers seraient présents à la cérémonie, mais, à la requête de Prestimion, qu’ils se tiendraient à distance respectable de l’estrade et que leurs incantations seraient fondues dans une invocation générale.

Il convenait encore de trouver une fonction pour Serithorn, le premier pair du royaume, d’éviter qu’un nouveau flot de cadeaux inonde le Château alors qu’un grand nombre des présents du sacre n’avaient pas encore été déballés et de déterminer s’il fallait organiser de nouveaux jeux pour célébrer les noces du Coronal. Prestimion n’avait pas imaginé qu’il y aurait autant de détails à régler. Mais, d’une certaine manière, il s’en réjouissait. Cela lui évitait d’avoir à se tourmenter au sujet de l’épidémie de folie, de chercher désespérément le moyen de mettre la main sur l’introuvable Dantirya Sambail ou d’avoir à traiter les innombrables problèmes de routine soumis au Coronal dans le courant d’une semaine normale. Son entourage comprenait que le mariage avait, dans l’immédiat, la priorité sur le reste.

Enfin, il se trouva sur la haute estrade de la Chapelle de lord Apsimar, où se tenaient traditionnellement les cérémonies nuptiales, encadré par Marcatain, représentant la Dame de l’île, et Vologaz Sar, le légat du Pontife. Face à lui se tenait Varaile. Autour d’eux était assemblée une foule de grands du royaume en tenue d’apparat, au milieu desquels Septach Melayn, en marieur comblé, rayonnait de satisfaction. Les paroles traditionnelles furent prononcées, les anneaux échangés, l’hymne nuptial de lord Stangard s’éleva de toutes les poitrines.

Varaile était son épouse.

Du moins, elle le serait, au vrai sens du terme, quelques heures plus tard, quand les festivités seraient achevées et qu’ils se retrouveraient enfin seuls.

Il y avait une suite de pièces somptueuses adjacentes à l’appartement de Prestimion, qui avaient été réservées à l’usage de la dame Roxivail au temps de son mariage avec Confalume. Après le départ de Roxivail, le Coronal n’avait pas souhaité que cette suite soit occupée par quelqu’un d’autre. Supposant que Varaile allait s’y installer et que le couple royal y passerait sa nuit de noces, les chambellans de la cour s’étaient donné beaucoup de mal pour réaménager la suite et la redécorer après deux décennies d’inoccupation.

Redoutant pour leur première nuit que la suite Roxivail leur porte malheur, Prestimion préféra s’installer dans l’appartement de la Tour Munnerak, la construction de brique blanche dans l’aile orientale du Château, où il avait vécu quand il n’était qu’un des princes du Château. Ce lieu n’avait pas la splendeur majestueuse de la suite destinée au Coronal, mais Prestimion n’avait que faire, cette nuit-là, de splendeur majestueuse, et il soupçonnait qu’il en allait de même pour Varaile. L’appartement était fort agréable, avec ses pièces spacieuses aux fenêtres voûtées offrant une vue merveilleuse sur les pentes du Mont et l’abîme connu sous le nom de Saut de Morpin. La baignoire, énorme, était faite de gros blocs de marbre noir de Khyntor si adroitement assemblés par les artisans qu’il était impossible de distinguer les joints. C’est dans cet appartement que Prestimion conduisit sa jeune épouse ; c’est là qu’il attendit, dans la petite pièce qui lui avait servi de bureau et de bibliothèque, pendant qu’elle prenait un bain pour chasser la fatigue de la longue journée.

Il eut l’impression d’attendre dix ans avant qu’elle l’appelle. Mais il entendit enfin sa voix.

Varaile attendait dans la chambre où avait été préparée la couche nuptiale, un lit magnifique, de dimensions royales, sculpté dans l’ébène la plus noire de Rialmar, sous un baldaquin garni de la dentelle la plus fine de Makroposopos. En suivant le couloir qui menait à la chambre, Prestimion sentit la terreur l’envahir à l’idée que l’ombre de Thismet allait s’interposer entre sa jeune épouse et lui au moment crucial ; mais quand il ouvrit la porte et vit Varaile au pied du lit, baignant dans la douce lumière dorée de trois cierges écarlates plus hauts qu’elle, Thismet, à cet instant, ne fut plus qu’un nom, un souvenir très cher mais lointain, l’ombre d’une ombre.

Au sortir de son bain, Varaile avait mis un déshabillé transparent de soie blanche, retenu à l’épaule par une broche d’or tressé. Prestimion apprécia la décence qui avait poussé la jeune mariée à se couvrir avant d’entrer dans la chambre nuptiale. Mais en découvrant ses formes souples et pleines à travers le voile arachnéen, il comprit que la pudeur n’en était pas la seule raison. Transporté de joie, il s’avança vers elle.

Une lueur d’inquiétude, de peur même, traversa le regard de Varaile. Elle s’évanouit aussi vite qu’elle était apparue.

— L’épouse du Coronal, murmura Varaile, comme si elle ne pouvait y croire. Est-ce possible ?… Oui, poursuivit-elle sans lui laisser le temps de répondre. Oui, c’est possible. Viens, Prestimion.

Elle porta la main à son épaule.

Le déshabillé tomba par terre avec un bruissement léger.

2

Trois jours de lune de miel dans la ville des plaisirs de High Morpin, à une heure de trajet en flotteur du Château, voilà tout ce que Prestimion put s’offrir. Il avait déjà été trop souvent éloigné du siège du pouvoir depuis son élévation sur le trône.

Dans sa jeunesse, il était souvent venu dans le parc de loisirs qu’était High Morpin effectuer de folles chevauchées sur les mastodontes, se faire catapulter dans les tunnels d’énergie et danser sur les glisse-glaces hallucinants. Aujourd’hui, ces attractions lui étaient interdites. Le Coronal ne pouvait se permettre de courir le moindre risque d’une blessure et le peuple n’aurait pas apprécié de le voir folâtrer en public comme un enfant. Qu’il fut devenu prisonnier de sa propre majesté était indéniable.

Mais il y avait à High Morpin des compensations pour ceux à qui une haute position interdisait de se déplacer librement au milieu de la foule. Prestimion et Varaile descendirent au Pavillon du Mont du Château, un bloc vertical de roche blanche aux arêtes tranchantes, situé à l’écart de la cité et réservé à l’aristocratie, ou ils prirent possession du luxueux appartement baptisé « Suite du Coronal », un véritable palais en miniature occupant les étages supérieurs de l’établissement, à la manière du Château qui s’enroulait autour des crêtes du Mont.

Le dernier étage de la suite, un dôme transparent de quartz limpide, était la chambre à coucher, avec une vue imprenable sur la cité étincelante, portant jusqu’à la fontaine gigantesque que lord Confalume avait fait construire à la périphérie et qui projetait à une hauteur extraordinaire d’énormes jets d’eau en forme d’éventail, aux couleurs perpétuellement changeantes. À l’étage au-dessous se trouvait le dressing-room, une excroissance de métal blanc éclatant, suspendu en porte à faux, d’où ils avaient une vue plongeante sur les ravissants faubourgs de Low Morpin et le vide obscur et vertigineux du Saut de Morpin où la face du Mont dégringolait à pic sur plusieurs centaines de mètres. Au-dessous encore, dans une pièce taillée dans un gigantesque globe vert de jade, des sons mélodieux se diffusaient sans source apparente. Un long couloir blanc voûté descendait en pente raide jusqu’à la salle à manger privée, une petite pièce élégamment meublée où les jeunes mariés pouvaient prendre leurs repas. Une succession de balcons en cascade leur permettait de profiter de l’air pur et limpide du Mont et offrait une vue dégagée sur la sombre masse tentaculaire du Château.

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