Prestimion le Coronal [Lord Prestimion - fr]
- Автор: Силверберг Роберт
- Серия: Majipoor (fr) #6
- Год: 2000
- Язык: французский
- Год: Robert Laffont
- ISBN: 2-221-08929-4
- Переводчик: Patrick Berthon
- Жанр: Фэнтези
Электронная книга - «Prestimion le Coronal [Lord Prestimion - fr]». Краткое содержание книги:
Prestimion a décidé de rendre la paix à la planète géante et d’effacer de toutes les mémoires, avec l’aide de deux mages, le souvenir du conflit atroce et de tous ceux qui ont péri. Seuls deux de ses compagnons d’armes et lui-même en garderont la trace indélébile dans leurs souvenirs.
Mais comment Prestimion pourrait-il exulter de joie durant la cérémonie de son couronnement alors que ce secret lui pèse ? Et comment pourrait-il prendre femme comme le doit un Coronal alors qu’il demeure obsédé par l’image de Thismet ?
Pire, le charme d’oubli a creusé dans les esprits un vide insidieux que vient souvent remplir la folie. La sédition gronde. La violence menace à nouveau de ravager Majipoor.
Prestimion saura-t-il guérir les peuples dont il a la charge, et se sauver lui-même en retrouvant l’amour ?
— Un certain nombre, oui… Un grand nombre, je suis au regret de le dire.
— Des décès ?
— Quelques-uns. Et des destructions de biens. J’ai dû commettre de graves péchés, monseigneur, pour attirer sur nous…
— Écoutez-moi, Kameni Poteva. Ce qui se passe n’est aucunement votre faute, vous comprenez ? N’en faites pas une affaire personnelle et ne considérez pas comme un déshonneur d’avoir eu cette crise en ma présence. De même que vous n’êtes pas le seul ici à avoir des hallucinations, Sippulgar n’est pas la seule cité touchée par ce fléau. Cela se produit partout, Kameni Poteva. Petit à petit, dirait-on, la folie gagne la planète. Je tenais à ce que vous le sachiez.
Le Préfet, apaisé, sembla-t-il, ébaucha un sourire.
— Si vous espérez me consoler avec ces paroles, monseigneur, je dois avouer que cela ne changera rien.
— J’imagine. Mais je tenais à le dire : c’est une épidémie, un phénomène universel. Nous ne savons pas encore quelle peut en être la cause, mais le problème nous préoccupe et nous sommes résolus à lui trouver une solution.
Prestimion entendit un toussotement forcé venant du côté de Septach Melayn. Il fusilla le Haut Conseiller du regard pour lui faire comprendre que ce n’était pas le moment de plaisanter.
Ce qu’il venait de dire était en partie vrai. Le problème les préoccupait et ils étaient résolus à lui trouver une solution. Mais quand et par quels moyens ? Chaque chose en son temps, se dit Prestimion. Lord Stiamot lui-même n’aurait pu faire plus vite.
Il ne semblait plus utile de poursuivre la traque du Procurateur en fuite. Prestimion savait qu’il pouvait battre encore longtemps la campagne sans réussir à rattraper Dantirya Sambail et qu’il ne suffirait pas de parcourir la planète en tout sens pour échapper aux démons qui s’agitaient en lui. Le moment était venu de regagner le Château.
Kameni Poteva remit le lendemain à Prestimion un dossier contenant tous les renseignements sur le fugitif qu’il était parvenu à glaner auprès de ses collègues des provinces de Stoien et de l’Aruachosia. Il ne contenait que des hypothèses approximatives, des rumeurs non confirmées et les rapports des administrateurs affirmant que Dantirya Sambail n’avait pas été vu dans leur province.
Il n’existait aucun témoignage digne de foi depuis le rapport transmis au prince Serithorn par son régisseur Haigan Harta, qui remontait à plusieurs mois ; et encore n’était-ce pas un témoignage direct. À part cela, pas grand-chose en vérité jusqu’à Ketheron, loin au sud, où Mandralisca avait été vu. Après quoi, leur piste disparaissait.
— Il ne reste que deux possibilités, déclara Septach Melayn. La première est qu’ils aient traversé Arvyanda et Kajith Kabulon sans se faire repérer et, comme le Préfet l’a suggéré, suivi une petite route en direction de la péninsule où ils se sont embarqués sur un navire à destination de Zimroel. Dans ce cas, ils naviguent actuellement entre Stoien et Piliplok. La seconde, puisqu’ils ne sont pas passés par Sippulgar et n’ont vraisemblablement pas pris la direction du levant, est qu’ils sont tombés dans des sables mouvants, qu’ils ont été engloutis et qu’on n’entendra plus jamais parler d’eux.
— Le Divin n’aurait pas tant de bonté pour nous, fit Prestimion.
— Tu as oublié une troisième possibilité, glissa Gialaurys en braquant sur Septach Melayn un regard brillant d’irritation. Ils ont pu sortir sains et saufs de la jungle de Kajith Kabulon, gagner la péninsule de Stoienzar et découvrir le blocus des ports. Ils se sont peut-être réfugiés dans une charmante localité de la péninsule pour attendre patiemment l’arrivée d’une flotte de secours dont ils auraient demandé l’envoi par un courrier.
— Cette idée me paraît intéressante, fit Abrigant.
— Oui, approuva Prestimion, cela lui ressemblerait bien. Il est capable d’une grande patience pour réaliser ses desseins. Mais nous ne pouvons pas fouiller tous les villages de Sippulgar à Stoien.
— Nous pourrions demander aux fonctionnaires du Pontificat de s’en charger, suggéra Septach Melayn.
— Nous pourrions, en effet. Et nous le ferons. Je penche personnellement pour la première hypothèse : il est passé entre les mailles de notre filet et vogue en ce moment vers Zimroel. Dans ce cas, nous serons bientôt informés de son arrivée. Dantirya Sambail n’est pas homme à garder longtemps le silence sur son territoire. Quoi qu’il en soit, je pense qu’il convient de regagner sans tarder le Château où nous avons du pain sur la planche.
— Avec ta permission, mon frère, glissa Abrigant, j’aimerais parler de Skakkenoir, un sujet qui me tient à cœur. Tu avais dit qu’après notre départ de Sippulgar, je pourrais me lancer à sa recherche.
— Skakkenoir ? fit Gialaurys.
— Un endroit qui pourrait se trouver dans la province de Vrist ou même plus à l’est, répondit Septach Melayn d’un ton où perçait un mépris discret. On dit que le sol est riche en fer et en cuivre que les plantes tirent de la terre atome par atome et que l’on peut récupérer en brûlant leurs branches et leurs feuilles. Le problème est que personne n’a jamais réussi à trouver cet endroit, car il n’existe pas.
— Si, il existe ! s’écria Abrigant avec passion. Lord Guadeloom en personne a envoyé une expédition pour le découvrir !
— Mais elle a échoué, à ce qu’il semble. Et personne d’autre ne s’est donné la peine de chercher Skakkenoir depuis plusieurs milliers d’années. Tu ferais mieux de renoncer à tes rêves de minerai de fer, Abrigant.
— Par le Divin, je…
— Silence, vous deux ! s’écria Prestimion, la main levée. Arrêtez avant d’en venir aux coups ! Ton âme ne connaîtra pas le repos avant d’avoir fait ce voyage, n’est-ce pas ? ajouta-t-il en se tournant vers son frère.
— Je le crains.
— Alors, si tu dois le faire, prends deux flotteurs, une douzaine d’hommes et pars à la recherche du fer de Skakkenoir. Le Préfet Kameni Poteva pourra peut-être te fournir des cartes.
— Tu te moques de moi, toi aussi, Prestimion ?
— Calme-toi, Abrigant. Je parlais sérieusement. Des renseignements sur cet endroit, si je ne me trompe, sont enfouis dans les archives de Sippulgar. Pose-lui au moins la question ; et tu pourras prendre la route. Mais j’y mets une condition.
— Laquelle ?
— Si, dans six mois, tu n’as pas trouvé Skakkenoir et ses sables métallifères, tu fais demi-tour et tu rentres au Château.
— Même si je suis à deux journées de voyage de mon but ?
— Comment pourras-tu le savoir ? Six mois, Abrigant. Pas une heure de plus. Jure-le.
— Si j’ai des renseignements précis indiquant que Skakkenoir est à un ou deux jours de route et que…
— Six mois jour pour jour. Jure-le.
— Prestimion…
— Six mois.
Prestimion tendit la main droite, celle à laquelle il portait l’anneau royal. Abrigant la considéra d’un air étonné, apparemment d’humeur rebelle. Puis il sembla se souvenir qu’ils n’étaient plus seulement frères, mais monarque et sujet ; il inclina lentement la tête et embrassa l’anneau.
— Six mois, Prestimion. Pas une heure de plus. Je reviendrai avec deux flotteurs remplis de minerai de fer.
12
Le convoi royal rentra au Château par l’itinéraire le plus court et le plus rapide, sans faire d’étapes. Des courriers le précédaient pour dégager les routes en direction du nord. Pas d’entretiens cette fois avec les seigneurs et les administrateurs locaux, pas de banquets officiels, pas de visites guidées des merveilles de la région. La route, jour après jour, à travers les provinces du Sud jusqu’au Labyrinthe, puis le long de la vallée de la Glayge jusqu’au Mont du Château. Mais, pour Prestimion, ce voyage semblait durer une éternité ; son esprit bouillonnait à la pensée de tout ce qui l’attendait au Château.