Prestimion le Coronal [Lord Prestimion - fr]
- Автор: Силверберг Роберт
- Серия: Majipoor (fr) #6
- Год: 2000
- Язык: французский
- Год: Robert Laffont
- ISBN: 2-221-08929-4
- Переводчик: Patrick Berthon
- Жанр: Фэнтези
Электронная книга - «Prestimion le Coronal [Lord Prestimion - fr]». Краткое содержание книги:
Prestimion a décidé de rendre la paix à la planète géante et d’effacer de toutes les mémoires, avec l’aide de deux mages, le souvenir du conflit atroce et de tous ceux qui ont péri. Seuls deux de ses compagnons d’armes et lui-même en garderont la trace indélébile dans leurs souvenirs.
Mais comment Prestimion pourrait-il exulter de joie durant la cérémonie de son couronnement alors que ce secret lui pèse ? Et comment pourrait-il prendre femme comme le doit un Coronal alors qu’il demeure obsédé par l’image de Thismet ?
Pire, le charme d’oubli a creusé dans les esprits un vide insidieux que vient souvent remplir la folie. La sédition gronde. La violence menace à nouveau de ravager Majipoor.
Prestimion saura-t-il guérir les peuples dont il a la charge, et se sauver lui-même en retrouvant l’amour ?
Il vit enfin la masse du Mont emplir le ciel et l’ascension familière commença par Amblemorn, la première Cité des Pentes. La route rapide de l’est passait par Morvole et Normork, la cité natale de Dekkeret, longeait Bibiroon Sweep, la Barrière de Tolingar et le merveilleux jardin que lord Havilbove avait conçu trois mille ans auparavant. Elle traversait ensuite l’anneau des Cités Libres jusqu’à Ertsud Grand, où la pente s’accentuait et où le Mont devenait une masse de granit gris pointé vers la couche de nuages qui s’étalait au-dessous du sommet. Minimool, Hoikmar, la zone nuageuse, froide et humide, des Cités Intérieures. Puis les flèches étincelantes de Bombifale avant d’aborder le royaume du soleil éternel, juste avant les Cités Hautes. À cette altitude de près de quarante mille mètres les immensités des plaines d’Alhanroel se déployaient sous eux comme une carte géante sur laquelle les plus grandes mégalopoles étaient réduites à un point sombre. Le convoi s’engagea sur la route sommitale, revêtue de dalles d’un rouge vif, qui le mena de Bombifale à High Morpin où le Château leur apparut enfin. Sur la route en lacet qui s’élevait vers la pointe de la montagne ils parcoururent les quinze derniers kilomètres de la Route de Grand Calintane, au milieu de la splendeur de la myriade de fleurs qui s’épanouissaient jour après jour au pied des cimes et des éperons rocheux aux formes fantastiques.
Une foule importante les attendait sur la Place Dizimaule, un grand concours de peuple massé sur les pavés de porcelaine verte, avec la masse stupéfiante du Château aux quarante mille pièces à l’arrière-plan. Navigorn, qui avait exercé la régence en l’absence de Prestimion, fut le premier à l’étreindre. Teotas, le frère du Coronal, était là aussi, avec Serithorn, les conseillers Belditan, Dembitave, Yegan, d’autres encore et les membres du gouvernement de Confalume restés au Château. Mais il manquait une personne.
— Et la damoiselle Varaile, Navigorn ? demanda discrètement Prestimion au régent tandis qu’ils franchissaient l’Arche de Dizimaule pour se diriger vers le Clos de Vildivar et les bâtiments du Château Intérieur. Comment a-t-elle supporté mon absence ? Et pourquoi n’était-elle pas à la porte du Château pour m’accueillir ?
— Elle va fort bien, monseigneur. Elle vous donnera elle-même les raisons pour lesquelles elle n’était pas là pour vous accueillir. Tout ce que je puis dire, c’est qu’elle était invitée et qu’elle a préféré ne pas venir.
— Elle a préféré ne pas venir ? Qu’est-ce que cela signifie, Navigorn ?
Le régent se contenta de répéter qu’il entendrait les explications de Varaile de sa propre bouche.
Ce qui ne put se faire immédiatement, au grand déplaisir de Prestimion.
Certaines obligations rituelles marquaient le retour du Coronal au Château après une longue absence ; il lui incombait ensuite de passer dans son bureau afin de s’informer des affaires en souffrance les plus urgentes, puis d’en faire part à son Conseil. Ce n’est qu’après tout cela qu’il serait libre de vaquer à ses affaires personnelles.
Le rituel du retour fut accompli d’une manière si expéditive et désinvolte que Serithorn lui-même en paru choqué. Les mémorandums composés des extraits de la masse de rapports en provenance de toutes les régions de la planète ne furent pas aussi faciles à escamoter, mais Prestimion gagna du temps en concentrant la plus grande partie de son attention sur les résumés préparés par les services du Pontificat – des extraits d’extraits –, probablement sélectionnés pour leur importance avant d’être transmis au Château. Ce qu’il y trouva était consternant : des récits de comportements de démence en forte augmentation dans toutes les provinces, des bandes d’illuminés battant la campagne, d’autres bandes moins pacifiques fomentant des émeutes et causant des troubles de l’ordre public, des incendies, des crimes de sang, le tableau cauchemardesque d’un chaos rampant. Précisément ce qu’il avait dit, dans un moment d’inattention, au Préfet Kameni Poteva : petit à petit, semblait-il, le monde était gagné par la folie.
Il n’y avait apparemment aucune nouvelle de Dantirya Sambail. De retour de Ni-moya, Akbalik attendait une nouvelle mission dans le port d’Alaisor. Dekkeret, selon toute évidence, se trouvait encore à Suvrael. Abrigant n’avait pas encore envoyé de rapport sur son expédition vers Skakkenoir. Il y avait un message de l’Ile du Sommeil, signé de la princesse Therissa, qui souhaitait qu’il lui rende visite aussi rapidement que l’ampleur de sa tâche le lui permettrait. Prestimion reconnut que la démarche était opportune. Il ne l’avait pas vue depuis de longs mois ; mais ce voyage devrait attendre.
Vint ensuite la réunion du Conseil, qui dura près d’une heure. Le rapport de Navigorn revint sur les sujets dont Prestimion avait pris connaissance dans son bureau. Quand le régent eut terminé son exposé, les autres membres du Conseil exprimèrent leur préoccupation devant la recrudescence de la vague de folie qui frappait la planète. Gialaurys proposa de convoquer les grands sorciers de Triggoin au Château pour une consultation pouvant déboucher sur un remède. Mise aux voix, la proposition fut acceptée à une large majorité, malgré l’objection formulée par Prestimion qui déclara avoir espéré réduire l’influence de la superstition et non remettre le gouvernement aux mains des mages. Mais il reconnaissait en son for intérieur la valeur de la sorcellerie bien exploitée et ne savait que trop bien quelle pouvait être l’efficacité des incantations d’hommes tels que Gominik Halvor et son fils Heszmon Gorse. Il finit donc par donner son assentiment à la proposition de Gialaurys.
Invoquant la fatigue du voyage, il leva la séance et se retira dans ses appartements.
— Demandez à la damoiselle Varaile, dit-il au majordome Nilgir Sumanand, si elle accepte de dîner ce soir avec le Coronal.
Elle était aussi belle que dans les souvenirs de Prestimion ; plus belle encore. Mais elle avait changé. Il y avait quelque chose de différent dans l’expression de son regard et dans sa mâchoire, et elle gardait les lèvres pincées d’une manière que Prestimion ne lui avait jamais vue.
Varaile, qui n’était encore qu’une jeune fille quand il l’avait vue à Stee, pour la première fois, avait maintenant passé le cap des vingt ans. Peut-être les derniers vestiges de l’adolescence étaient-ils en train de s’effacer dans la transition vers l’âge adulte. Mais non… non, il semblait y avoir autre chose.
De la nervosité, sans doute, se dit Prestimion. Elle, d’humble extraction ; lui, le souverain. Elle, une femme ; lui, un homme. Seuls dans les appartements privés du Coronal. Ils se connaissaient à peine et pourtant, lors de leur dernière rencontre, ils avaient conclu une manière d’accord que ni l’un ni l’autre n’avait voulu formuler, mais qui impliquait clairement une union future. Au long des mois qui venaient de s’écouler, ils avaient tous deux eu largement le temps de tourner et retourner dans leur tête les quelques mots échangés après la réception royale où le père de la jeune fille avait été honoré.
Pour la mettre à l’aise, il entama la conversation sur un ton qu’il espérait assez badin.
— J’avais dit, la dernière fois que nous nous sommes vus, que nous dînerions ensemble dès mon retour du Labyrinthe. J’avais malheureusement omis d’ajouter que je descendrais jusqu’à Sippulgar avant de revenir au Château.
— Je commençais à me poser des questions à mesure que les semaines s’écoulaient, monseigneur. Mais le seigneur Navigorn m’a informée que vous prolongiez votre voyage et que vous ne seriez peut-être pas de retour avant plusieurs mois. Il a ajouté que c’était une mission de la plus haute importance, qui vous conduirait aux limites du continent.