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Le gang des rêves

Электронная книга - «Le gang des rêves». Краткое содержание книги:

Une Italienne de quinze ans débarque avec son fils dans le New York des années vingt…
L’histoire commence, vertigineuse, tumultueuse. Elle s’achève quelques heures plus tard sans qu’on ait pu fermer le livre, la magie Di Fulvio.
Roman de l’enfance volée, Le Gang des rêves brûle d’une ardeur rédemptrice : chacun s’y bat pour conserver son intégrité et, dans la boue, le sang, la terreur et la pitié, toujours garder l’illusion de la pureté.
Dramaturge, le Romain Luca Di Fulvio est l’auteur de dix romans.
Deux d’entre eux ont déjà été adaptés au cinéma ; ce sera le destin du Gang des rêves, qui se lit comme un film et dont chaque page est une nouvelle séquence.
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« Ce n’est rien, continuez à vous amuser ! » lançait la mère à leurs hôtes tandis que les serviteurs portaient Ruth dans l’escalier, accompagnés par les hurlements de la jeune fille, qui ainsi rompait enfin son long silence.

On jeta Ruth sur son lit.

« Il faut t’attacher ? » glapit sa mère avec un regard féroce et glacial.

D’un coup, Ruth se tut. Aussi soudainement qu’elle s’était mise à hurler. Et elle détourna la tête.

« Non, maman, répondit-elle doucement.

— Tu as gâché la soirée de ton père, tu t’en rends compte ? s’exclama la mère.

— Oui, maman.

— Mais tu es folle !

— Oui, maman.

— Il faut que je retourne auprès des invités, poursuivit-elle. Après ça, j’appellerai un médecin.

— Oui, maman.

— Sortez ! » ordonna-t-elle aux deux domestiques. Puis elle les suivit.

Ruth entendit la porte de sa chambre que l’on fermait à clef. Elle demeura immobile, la tête vide.

Crac.

Un bruit doux, cette fois. Un bruit amical. Amorti. Sourd.

« Tu as gâché la fête de ton père… commença-t-elle à dire doucement, d’une voix dénuée de toute intonation. Je t’en prie, Ruth… ton père a investi tout son argent… tout notre argent… dans le système DeForest… DeForest… tu as compris, non ? Le cinéma parlant… ton père n’est pas comme ton grand-père… pas comme ton grand-père… pas comme ton grand-père… DeForest… le système DeForest… tout son argent… le Phonofilm DeForest… tout son argent… le Phonofilm DeForest… faillite… DeForest a fait faillite… les producteurs… ton père n’est pas comme grand-père Saul… il faut que des producteurs l’aident… il n’est pas comme grand-père Saul… l’aident… l’aident… l’aident… tu as gâché la soirée de ton père… Grand-père Saul… de ton père… tu as ruiné ton père… »

Crac.

Comme une chute légère.

Ruth se tut. Tout avait cessé de tourner. Les murs, le plafond et le sol ne bougeaient plus. Maintenant, tout était immobile. Tout était clair. Son esprit était limpide. Transparent.

Elle se leva. Alla à la fenêtre. L’ouvrit. Grimpa sur le rebord. Elle pouvait voir les sauterelles, là en bas. Mais les sauterelles ne la voyaient pas. Seules ses huit sœurs se tournèrent pour la regarder. Elles lui sourirent. Tendirent les bras. Vers elle.

Elle sauta dans le vide.

Crac.

Quand elle toucha terre parmi les hôtes de la fête, sur les carreaux toscans en terre cuite, Ruth fut étonnée. Elle ne sentait rien. À nouveau, elle ne sentait rien. Aucune douleur. Elle n’entendait aucun cri non plus. Ni ne voyait aucune couleur. Elle avait quelque chose de sucré dans la bouche. Son sang était devenu sucré.

Et puis, l’obscurité vint enfin.

38

Manhattan, 1926

Christmas compta sept hautes marches de granit blanc et poreux. Il posa la main sur la barre métallique de la porte tambour et pénétra dans le hall de cet immeuble de la cinquante-cinquième rue ouest, non loin du banc de Central Park où il retrouvait Ruth autrefois. Il se dirigea d’un pas assuré vers le comptoir de la réception, en ronce de noyer luisant. Deux femmes étaient assises derrière, l’une très jeune et l’autre d’une quarantaine d’années, toutes deux très jolies et habillées à l’identique. Dans leur dos, une inscription en grandes lettres annonçait : « N.Y. Broadcast ».

« On m’a dit de me présenter aujourd’hui » expliqua Christmas à la plus jeune.

La jeune femme lui sourit tout en tendant le bras vers le combiné du téléphone interne :

« Avec qui avez-vous rendez-vous ? » lui demanda-t-elle gentiment.

Christmas porta une main à sa poche et en tira une feuille où était inscrit un nom : « Cyril Davies » répondit-il.

La jeune fille fronça les sourcils et d’un doigt lui fit signe d’attendre. Puis elle se tourna vers sa collègue et attendit qu’elle termine sa conversation téléphonique.

Christmas regardait autour de lui et se disait, surexcité : « Ça y est, j’y suis ! »

« Tu connais le numéro de… Cyril Davies ? » demanda la jeune femme à sa collègue lorsque celle-ci eut terminé sa communication.

La collègue, les coins de la bouche affaissés, secoua la tête.

« Vous êtes sûr qu’il travaille ici ? » demanda la jeune réceptionniste à Christmas.

Les deux femmes le fixaient. Elles regardaient son costume marron bon marché ainsi que la cicatrice qui marquait sa lèvre inférieure et descendait jusqu’au menton.

« Tu es sûr ? insista la quadragénaire.

— C’est ce qu’on m’a dit » répondit Christmas, mal à l’aise.

Elle haussa un sourcil et, sans cesser de le dévisager, dit à sa jeune collègue : « Vérifie dans l’annuaire. » Puis elle décrocha le téléphone et composa un numéro : « Mark, dit-elle à voix basse, où es-tu ? » Rien d’autre.

Peu après, tandis que la jeune collègue parcourait une longue liste en murmurant « D… D… Dampton… Dartland… Davemport… », un homme en uniforme surgit dans le hall.

« Y a un problème ? fit l’homme de la sécurité en examinant Christmas.

— Davison… Dewey… continua la jeune femme. Pas de Davies ! conclut-elle en s’adressant à sa collègue.

— Je suis désolée, fit celle-ci à Christmas. Aucun Davies.

— On m’a dit de me présenter aujourd’hui, insista Christmas. Et ça, c’est le nom qu’on m’a donné. »

La quadragénaire prit l’annuaire et pointa un doigt entre deux noms :

« De Davidson, on passe à Dewey. Il n’y a pas de Davies, je suis désolée, dit-elle froidement.

— Ce n’est pas possible ! protesta Christmas.

— Monsieur… commença à dire l’agent de sécurité en tendant une main vers le bras de Christmas.

— Non, ce n’est pas possible ! répéta Christmas. J’ai été embauché pour travailler à la radio ! » dit-il avec fougue, faisant un pas en arrière pour échapper à l’agent.

« Monsieur… fit à nouveau celui-ci, la main toujours tendue vers lui.

— Vérifiez encore ! C’est impossible ! lança Christmas à la jeune femme.

— Aucun Cyril Davies ne travaille ici, jeune homme, confirma avec froideur la quadragénaire.

— Je suis désolée, murmura l’autre en le regardant.

— Cyril ? intervint alors l’homme de la sécurité.

— Cyril Davies » confirma Christmas.

L’homme rit et baissa le bras :

« C’est le magasinier ! annonça-t-il aux deux femmes.

— Qui ça ? s’étonna la quadragénaire.

— C’est le noir, expliqua-t-il.

— Cyril ? fit-elle.

— Oui, c’est ça, Cyril ! confirma-t-il.

— Cyril, répéta la femme à sa collègue. Le noir. Tu vois qui c’est ? »

La jeune femme esquissa un vague signe d’acquiescement de la tête, puis elle se désintéressa de Christmas et se mit à feuilleter une revue.

« Il faut passer par l’entrée de service, expliqua l’autre à Christmas.

Tu sors, tu prends la première à droite et tu frappes à une porte verte au bout de la rue. C’est écrit “N.Y. Broadcast” dessus, tu peux pas te tromper ! compléta l’homme de la sécurité, avant de lui tourner le dos et d’appuyer les coudes sur le comptoir, penché vers la quadragénaire. Eh, Lena, j’ai deux billets pour…

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