Le Seigneur des anneaux [- Tome 2 - Les deux tours]
- Автор: Толкин Джон Рональд Руэл
- Год: 2015
- Язык: французский
- Год: Christian Bourgois éditeur
- Жанр: Фэнтези
Электронная книга - «Le Seigneur des anneaux [- Tome 2 - Les deux tours]». Краткое содержание книги:
Le jour vint, et le soleil fauve clignota au-dessus des mornes crêtes des Ered Lithui. Soudain, on entendit le cri de farouches trompettes : elles retentirent du haut des tours de garde, puis, au loin, de forteresses et d’avant-postes cachés dans les collines, vinrent les sonneries de réponse ; et plus loin encore, distants, mais sinistres et caverneux, résonnèrent, dans le pays de néant qui s’étendait au-delà, les puissants cors et tambours de Barad-dûr. Un autre affreux jour de peur et de labeur se levait au Mordor ; les gardes de nuit étaient appelés à leurs profondes salles et galeries, alors que ceux de jour, aux yeux funestes et impitoyables, s’avançaient à leur poste. Un faible reflet d’acier se voyait sur le rempart.
« Eh bien, on y est ! dit Sam. La Porte est là-devant, et j’ai comme l’impression que c’est ici que ça s’arrête pour nous. Ma parole, l’Ancêtre aurait bien une ou deux choses à dire s’il me voyait ici ! Souvent il disait que je finirais mal, si je faisais pas attention à moi, qu’il disait. Mais maintenant, je crois bien que je le reverrai jamais, le pauvre vieux. Il aura pas droit à son J’te l’avais bien dit, Sam : c’est dommage. Il pourrait bien me le répéter jusqu’à ce qu’il manque d’air, si seulement je pouvais revoir sa vieille fraise. Mais il faudrait d’abord que je me lave, sinon il me reconnaîtrait pas.
« Je suppose qu’on doit pas demander : “Par où on va maintenant ?” On peut pas continuer – à moins de demander aux Orques de nous déposer quelque part. »
« Non, non ! Pas d’espoir. On ne peut pas continuer. Sméagol l’a dit. Il a dit : allons à la Porte et puis on verra. Et on voit bien. Oh oui, mon trésor, on voit bien. Sméagol savait que les hobbits ne pourraient pas continuer. Oh oui, Sméagol savait. »
« Alors pourquoi diantre est-ce que tu nous as emmenés ici ? » dit Sam, peu d’humeur à se montrer juste ou à tout le moins raisonnable.
« Le maître l’a dit. Le maître dit : “Conduis-nous à la Porte.” Alors bon Sméagol obéit. Le maître l’a dit, sage maître. »
« C’est vrai », dit Frodo. Ses traits étaient sombres et crispés, mais résolus. Il était crotté, hagard, l’air creusé par la fatigue ; mais la peur ne le courbait plus, et ses yeux étaient clairs. « Je l’ai dit, car j’ai l’intention d’entrer au Mordor, et je ne connais pas d’autre chemin. Je passerai donc par ici. Je ne demande à personne de me suivre. »
« Non, non, maître ! » gémit Gollum, le caressant. Il semblait éprouver une grande détresse. « Pas d’espoir de ce côté ! Pas d’espoir ! N’amenez pas le Trésor à Lui ! Il va nous dévorer tous, s’Il l’obtient, dévorer le monde entier. Gardez-le, bon maître, et soyez gentil avec Sméagol. Ne le laissez pas tomber entre Ses mains. Ou partez d’ici, allez dans de jolis endroits, et redonnez-le au petit Sméagol. Oui, oui, maître, redonnez-le, hein ? Sméagol le gardera en sécurité ; il fera beaucoup de bien, surtout aux gentils hobbits. Les hobbits rentrent chez eux. N’allez pas à la Porte ! »
« J’ai ordre d’aller au pays de Mordor, et par conséquent, j’irai, dit Frodo. S’il n’y a qu’un seul chemin, je devrai le suivre. Advienne que pourra. »
Sam ne dit rien. Ce qu’il voyait sur le visage de Frodo lui suffisait ; il savait que toute intervention de sa part était inutile. Et puis après tout, il n’avait jamais vraiment eu d’espoir, lui, depuis le tout début de l’affaire ; mais, en bon hobbit, il n’avait pas eu besoin d’espoir, tant que le désespoir pouvait être remis à plus tard. Maintenant, ils étaient arrivés au bout du bout. Mais il était toujours demeuré aux côtés de son maître ; c’était avant tout pour cette raison qu’il était venu, et il resterait à ses côtés. Son maître n’entrerait pas seul au Mordor. Sam irait avec lui – et au moins, ils seraient débarrassés de Gollum.
Gollum, toutefois, ne l’entendait pas de cette oreille, du moins pour le moment. Agenouillé aux pieds de Frodo, il geignait en se tordant les mains. « Pas par là, maître ! implora-t-il. Il y a un autre chemin. Oh oui, que oui, il y en a un. Un autre chemin, plus sombre, plus difficile à trouver, plus secret. Mais Sméagol le connaît. Laissez Sméagol vous montrer ! »
« Un autre chemin ! » répéta Frodo d’un ton dubitatif, abaissant sur Gollum un regard scrutateur.
« Ssi ! Ssi, c’est vrai ! Un autre chemin, oui, il y en avait bien un. Sméagol l’a trouvé. Allons voir s’il est encore là ! »
« Tu n’en avais encore jamais parlé. »
« Non. Le maître n’avait pas demandé. Le maître n’avait pas dit ce qu’il entendait faire. Il ne dit rien au pauvre Sméagol. Il dit : “Sméagol, conduis-moi à la Porte… et puis au revoir ! Sméagol n’a qu’à s’enfuir et être sage.” Mais maintenant, il dit : “J’ai l’intention d’entrer au Mordor par ici.” Alors Sméagol a très peur. Il ne veut pas perdre le gentil maître. Et il a promis, le maître l’a fait promettre de sauver le Trésor. Mais le maître va le Lui apporter, tout droit à la Main Noire, si le maître passe par ici. Alors Sméagol doit les sauver tous deux, et il pense à un chemin qui était là, autrefois. Gentil maître. Sméagol très gentil, toujours prêt à aider. »
Sam plissa le front. S’il avait pu transpercer Gollum de son regard, il l’aurait fait. Il était assailli de doutes. Selon toute apparence, Gollum était réellement bouleversé et désireux d’aider Frodo. Mais Sam, se rappelant le débat qu’il avait surpris, avait peine à croire que Sméagol en était sorti gagnant, lui qui avait été si longtemps enseveli ; sa voix, à tout le moins, n’avait pas eu le dernier mot lors du débat. Sam supposait que les deux moitiés, Sméagol et Gollum (Fouineur et Chlingueur, disait-il en lui-même), avaient conclu une trêve, une alliance provisoire : aucun ne souhaitait que l’Ennemi s’empare de l’Anneau ; les deux voulaient éviter que Frodo soit capturé, mais aussi le tenir à l’œil, aussi longtemps que possible – tant que Chlingueur aurait encore la possibilité de mettre la main sur son « Trésor ». Sam doutait qu’il y eût réellement un autre chemin pour entrer en Mordor.
« Et c’est une chance qu’aucune des deux moitiés du vieux scélérat soit au courant de ce que le maître a l’intention de faire, pensa-t-il. S’il se doutait que M. Frodo entend mettre fin à son Trésor une bonne fois pour toutes, il y aurait des ennuis assez vite, je parie. De toute façon, le vieux Chlingueur a tellement peur de l’Ennemi – et il est sous des ordres à lui, ou l’était – qu’il préférait nous dénoncer plutôt que d’être pris à nous aider ; et plutôt que de laisser son Trésor être fondu, peut-être. Du moins c’est mon idée. Et j’espère que le maître y pensera comme il faut. Il est aussi sage qu’un autre, mais il a le cœur tendre, voilà ce qu’il a. Y a pas un Gamgie qui pourrait dire ce qu’il va décider de faire. »
Frodo ne répondit pas tout de suite à Gollum. Pendant que Sam retournait ses doutes dans son esprit lent mais perspicace, Frodo se tint là, les yeux fixés sur l’escarpement noir de Cirith Gorgor. Le creux dans lequel ils s’étaient réfugiés s’ouvrait au flanc d’une colline basse : celle-ci dominait une longue vallée encaissée qui s’étendait entre eux et les premiers éperons de la muraille montagneuse. Au fond de la vallée, s’élevaient les fondations noires de la tour de garde ouest. À la lumière du matin, les routes qui convergeaient vers la Porte du Mordor étaient nettement visibles, pâles et poussiéreuses : l’une remontait tortueusement vers le nord, une autre s’amenuisait vers l’est, parmi les brumes qui s’accrochaient aux pieds des Ered Lithui ; une autre encore courait vers eux. Contournant brusquement la tour, elle s’engageait dans un étroit défilé et passait non loin en dessous de l’endroit où ils se tenaient. À l’ouest, sur sa droite, elle longeait les épaulements des montagnes et tournait vers le sud, passant dans l’ombre profonde qui enveloppait tout le versant occidental de l’Ephel Dúath ; échappant au regard de Frodo, elle poursuivait sa course dans le pays étroit situé entre les montagnes et le Grand Fleuve.