Le Seigneur des anneaux [- Tome 2 - Les deux tours]
- Автор: Толкин Джон Рональд Руэл
- Год: 2015
- Язык: французский
- Год: Christian Bourgois éditeur
- Жанр: Фэнтези
Электронная книга - «Le Seigneur des anneaux [- Tome 2 - Les deux tours]». Краткое содержание книги:
« Non, pas d’oliphants, répéta Gollum. Sméagol n’en a pas entendu parler. Il ne veut pas en voir. Il ne veut pas qu’ils existent. Sméagol veut partir d’ici et se cacher ailleurs, dans un endroit plus sûr. Gentil maître, pourquoi il ne vient pas avec Sméagol ? »
Frodo se leva. Malgré tous ses tiraillements, il avait ri quand Sam s’était mis à réciter les vers d’Oliphant, une vieille comptine du coin du feu ; et le rire l’avait libéré de toute hésitation. « Je voudrais qu’on ait mille oliphants avec Gandalf à leur tête, sur un oliphant blanc, dit-il. Alors, on réussirait peut-être à forcer un chemin dans ce maudit pays. Mais nous n’avons rien de tout cela ; seulement nos vieilles jambes fatiguées. Eh bien, Sméagol, la troisième fois sera peut-être la meilleure. Je vais te suivre. »
« Bon maître, sage maître, gentil maître ! s’écria Gollum, fou de joie, tapotant les genoux de Frodo. Bon maître ! Alors reposez-vous maintenant, gentils hobbits, dans l’ombre des pierres, tout collés contre elles ! Reposez-vous et restez tranquilles, jusqu’à ce que la Face Jaune s’en aille. Alors on pourra s’en aller très vite. Très doux et très vite, comme des ombres, il faudra se sauver ! »
4Ragoût de lapin aux herbes
Pour les quelques heures de lumière qui restaient, ils se reposèrent dans l’ombre, se déplaçant à mesure que le soleil avançait, jusqu’à ce qu’enfin, l’ombre s’allongeât sur le côté ouest du vallon, tout enveloppé d’obscurité. Alors, ils prirent un peu de nourriture et burent avec parcimonie. Gollum ne voulut rien manger, mais il accepta volontiers de l’eau.
« Bientôt en trouver d’autre, dit-il en se léchant les lèvres. Bonne eau coule dans les ruisseaux qui descendent au Grand Fleuve, très bonne eau dans le pays où on va. Sméagol trouvera aussi de la nourriture là-bas, peut-être. Il a très faim, oui gollum ! » Il posa ses deux grandes mains plates sur son ventre ratatiné, et une pâle lueur verte parut dans ses yeux.
Le crépuscule était tombé lorsqu’ils partirent enfin : rampant par-dessus le bord ouest du vallon, ils passèrent comme des fantômes dans le pays accidenté en bordure de la route. La lune n’était plus qu’à trois nuits de son plein, mais elle ne devait pas franchir les montagnes avant minuit ou presque, et le début de leur voyage se fit dans la plus grande obscurité. Une unique lueur rouge brûlait très haut dans les Tours des Dents ; mais rien ne se voyait ou ne s’entendait par ailleurs, aucun signe de la garde incessante sur la Morannon.
Pendant de nombreux milles, on eût dit que l’œil rouge les fixait, dans leur fuite laborieuse à travers un pays aride et rocailleux. Ils n’osaient pas emprunter la route, mais la laissaient à quelque distance sur leur gauche, suivant son tracé du mieux qu’ils le pouvaient. Enfin, quand la nuit se fit vieille et que la fatigue les eut déjà rattrapés (car ils n’avaient fait qu’une seule brève halte), l’œil se réduisit à un minuscule point de flamme, puis disparut : ils avaient contourné le sombre épaulement nord des contreforts et se dirigeaient vers le sud.
Le cœur étrangement allégé, ils se reposèrent une nouvelle fois, mais pas longtemps. Gollum trouvait qu’ils n’allaient pas assez vite. Près de trente lieues s’étendaient selon lui entre la Morannon et la Croisée des Routes au-dessus d’Osgiliath, et il espérait franchir cette distance en quatre nuits. Aussi reprirent-ils bientôt leur pénible marche, jusqu’à ce que l’aube se mît à croître lentement dans la vaste solitude grise. Ils avaient alors parcouru près de huit lieues, et les hobbits, l’eussent-ils osé, n’auraient pu aller plus loin ce jour-là.
La lumière croissante leur révéla une terre déjà moins aride et moins ravagée. Les montagnes se dressaient encore de façon menaçante sur leur gauche, mais la route du Sud était visible tout près d’eux, et elle s’éloignait à présent des racines noires des collines, obliquant vers l’ouest. Au-delà se trouvaient des pentes couvertes d’arbres obscurs, comme des nuages sombres ; mais tout autour d’eux s’étendait une lande éboulée, couverte de bruyère, de genêt et de cornouiller, et d’autres buissons qu’ils ne connaissaient pas. Par endroits, ils apercevaient des bouquets de hauts pins. Le courage des hobbits remonta encore un peu, malgré la fatigue : l’air frais et odorant leur rappelait les hautes terres du Quartier Nord, loin de là. Il faisait bon profiter d’un sursis, marcher dans un pays qui n’était pas encore complètement gâté, n’étant sous la domination du Seigneur Sombre que depuis quelques années. Mais ils n’oubliaient pas le danger qui les guettait, ni la Porte Noire, encore si proche, quoique masquée par les sinistres hauteurs. Ils scrutèrent les environs à la recherche d’une cachette qui les tiendrait à l’abri des regards malveillants, tant que durerait la lumière.
La journée passa inconfortablement. Ils se tapirent au milieu des bruyères et comptèrent lentement les heures, qui n’apportaient pas grand changement ; car ils étaient encore dans l’ombre de l’Ephel Dúath, et le soleil était voilé. Frodo dormit par à-coups, profondément et paisiblement : il faisait confiance à Gollum ou était trop las pour s’en inquiéter ; mais Sam parvint seulement à sommeiller, même lorsque Gollum dormait visiblement à poings fermés, susurrant et se convulsant dans ses rêves secrets. La faim, plutôt que la méfiance, peut-être, le gardait en éveil : il commençait à avoir envie d’un bon et simple repas, « quelque chose de chaud sortant de la marmite ».
Dès la tombée de la nuit, la terre s’étant évanouie en un gris informe, ils se remirent en route. Bientôt, Gollum les fit descendre sur la route du Sud ; et dès lors, leur progression fut plus rapide, quoique le danger fût plus grand. Ils étaient à l’affût du moindre bruit de sabots ou de pas approchant derrière eux ou les précédant sur la route ; mais la nuit passa sans qu’aucun marcheur ou cavalier ne se signale à leurs oreilles.
La route remontait à une époque depuis longtemps passée, et sur environ une trentaine de milles au-dessous de la Morannon, elle venait tout juste d’être refaite ; mais à mesure qu’elle descendait au sud, la nature reprenait ses droits sur elle. La main des Hommes d’autrefois se voyait encore dans sa course droite et sûre, admirablement plane : de temps à autre, elle se forait un chemin dans le flanc des collines, ou franchissait un ruisseau par une arche de pierre large et harmonieuse, inchangée par les ans ; mais tout vestige de maçonnerie finit par disparaître, hormis çà et là une colonne tronquée sortant des buissons en bordure du chemin, ou de vieilles dalles encore visibles parmi les mauvaises herbes et les tapis de mousse. Des bruyères, des arbres et des fougères proliféraient sur les talus et surplombaient la voie, ou rampaient à sa surface. Elle se réduisait finalement à une route charretière de campagne, très peu fréquentée ; mais elle maintenait sa course sûre et les conduisait par le chemin le plus rapide, sans faire de détours.