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READ-E-BOOK » Фэнтези » Le Seigneur des anneaux [- Tome 2 - Les deux tours]
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Le Seigneur des anneaux [- Tome 2 - Les deux tours]

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Le Seigneur des anneaux [- Tome 2 - Les deux tours]
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« On le veusse ! Mais… » Et il y eut une longue pause, comme si une nouvelle pensée avait surgi. « Pas tout de suite, hein ? Peut-être pas. Elle pourrait nous aider. Elle pourrait, oui. »

« Non, non ! Pas par là ! » geignit Sméagol.

« Si ! On le veusse ! On le veusse ! »

Chaque fois que la seconde pensée s’exprimait, la longue main de Gollum s’avançait lentement vers Frodo, puis revenait brusquement tandis que Sméagol parlait de nouveau. Enfin, les deux bras s’étendirent vers son cou, présentant de longs doigts repliés et palpitants.

Sam était resté étendu sans bouger, fasciné par ce débat, mais guettant chaque mouvement de Gollum de sous ses paupières mi-closes. Dans sa naïveté, il avait cru que la faim ordinaire, l’envie de manger des hobbits, était le principal danger chez Gollum. Il voyait à présent que tel n’était pas le cas : Gollum ressentait la terrible attraction de l’Anneau. Lui, c’était bien sûr le Seigneur Sombre, mais Sam se demandait qui ce pouvait être, ce Elle. L’une des rencontres maléfiques que le petit scélérat avait faites au cours de ses errances, se disait-il. Mais ce point lui sortit de l’idée, car la situation avait manifestement assez duré, et elle devenait dangereuse. Sentant une grande lourdeur dans tous ses membres, il remua avec effort et se redressa sur son séant. Quelque chose lui disait qu’il valait mieux être prudent, et ne pas montrer qu’il avait surpris Gollum en train de débattre. Il lâcha un soupir exagéré suivi d’un énorme bâillement.

« Il est quelle heure ? » fit-il d’une voix endormie.

Gollum émit un long sifflement entre ses dents. Il se dressa un instant, tendu et menaçant ; puis il s’écroula sur le sol, se retrouvant à quatre pattes, et remonta l’intérieur de la cuvette. « Gentils hobbits ! Gentil Sam ! dit-il. Des marmottes, oui, des marmottes ! Ils dorment et laissent veiller bon Sméagol ! Mais le soir est là. Le crépuscule tombe. Il est temps qu’on parte. »

« Grand temps, pensa Sam. Et il est temps de se séparer aussi. » Mais il vint alors à se demander si Gollum n’était pas maintenant aussi dangereux en liberté qu’il ne l’était en leur compagnie. « Maudit soit-il ! Je voudrais qu’il meure étouffé ! » pesta-t-il entre ses dents. Il descendit jusqu’à son maître et le réveilla.

Curieusement, Frodo se sentait revigoré. Il avait rêvé. L’ombre noire avait passé, et une vision de beauté était venue à lui dans ce pays morbide. Il n’en restait plus rien dans son souvenir, mais son humeur s’en ressentait, et son cœur s’était allégé. Son fardeau lui pesait moins. Gollum l’accueillit avec la joie d’un chien. Il gloussait et jacassait, faisant craquer ses longs doigts, et caressant les genoux de Frodo. Ce dernier lui sourit.

« Allons ! dit-il. Tu nous as guidés avec habileté et loyauté. Nous sommes à la dernière étape. Conduis-nous à la Porte, et je ne t’en demanderai pas plus. Conduis-nous à la Porte, et tu pourras aller où tu voudras – sauf vers nos ennemis. »

« À la Porte, hein ? couina Gollum, l’air étonné et effrayé. À la Porte, nous dit le maître. Oui, c’est ce qu’il dit. Et bon Sméagol fait ce qu’il demande, oh oui. Mais quand on se sera rapproché, on verra, peut-être, oui, on verra. Ce sera pas joli du tout. Oh non ! Oh non ! »

« À d’autres ! dit Sam. Finissons-en ! »

À la tombée de la nuit, ils s’extirpèrent de la fosse et se faufilèrent lentement à travers les terres mortes. Ils ne parvinrent pas bien loin avant de sentir de nouveau la peur qui les avait saisis quand la forme ailée avait balayé les marais. Ils s’arrêtèrent et se recroquevillèrent sur le sol malodorant ; mais ils ne voyaient rien dans le ciel crépusculaire, et la menace ne tarda pas à passer, loin au-dessus de leurs têtes, dépêchée par Barad-dûr en mission urgente, peut-être. Au bout d’un moment, Gollum se redressa et reprit sa marche furtive, tremblant et murmurant entre ses dents.

Environ une heure après minuit, la peur les prit une troisième fois, mais elle leur parut cette fois plus lointaine, comme si elle passait au-dessus des nuages, fonçant dans l’Ouest avec une terrible rapidité. Gollum fut néanmoins saisi d’épouvante, convaincu qu’ils étaient pourchassés, que leur arrivée était connue.

« Trois fois ! gémit-il. Trois fois, c’est une menace. Ils nous sentent ici, ils sentent le Trésor. Le Trésor est leur maître. On ne peut pas aller plus loin par ici, non. Pas d’espoir, pas d’espoir ! »

Toute prière ou parole bienveillante était désormais inutile. Frodo dut lui ordonner avec colère, et poser une main sur son épée, pour que Gollum accepte de se relever. Enfin, s’exécutant avec un grognement, il passa devant eux comme un chien battu.

Ils cheminèrent ainsi à travers la nuit laborieuse ; et jusqu’à la venue d’un autre jour de peur, ils marchèrent en silence, tête baissée, sans rien voir ni entendre rien, rien que le vent sifflant à leurs oreilles.

3La Porte Noire est close

Le lendemain avant l’aube, leur voyage vers le Mordor était terminé. Les marais et le désert étaient derrière eux. Devant, sombres sur un ciel blafard, les hautes montagnes dressaient leurs cimes menaçantes.

À la lisière occidentale du Mordor se déployait la lugubre chaîne de l’Ephel Dúath, les Montagnes de l’Ombre, et au nord, les cimes déchiquetées et les crêtes arides des Ered Lithui, d’un gris de cendre. Mais à l’endroit où les deux chaînes se rejoignaient, n’étant en fait que les segments d’une seule et unique muraille autour des mornes plaines de Lithlad et de Gorgoroth, et de la froide mer intérieure de Núrnen au centre du pays, elles étendaient de longs bras vers le nord ; et entre ces deux bras se trouvait un profond défilé. C’était Cirith Gorgor, le Col Hanté, l’entrée du pays de l’Ennemi. De hauts escarpements s’y abaissaient de chaque côté ; et de part et d’autre de l’ouverture s’élevaient deux collines abruptes, à la face noire et nue. Au sommet de chacune se dressaient les Dents du Mordor, deux hautes et fortes tours. Les Hommes du Gondor, dans une démonstration d’orgueil et de suprématie, les y avaient construites en des temps désormais très lointains, après la chute de Sauron et sa fuite, au cas où il tenterait de regagner son ancien royaume. Mais la puissance du Gondor avait fait défaut, les hommes s’étaient assoupis et, pendant de longues années, les tours étaient restées à l’abandon, livrées au délabrement. Sauron était alors revenu. Depuis, elles avaient été remises à neuf, réarmées, et occupées avec une constante vigilance. Leurs faces étaient de pierre, et leurs fenêtres tels des yeux sombres fixant le nord, l’ouest et l’est, chacune d’entre elle abritant une multitude de regards qui ne dormaient jamais.

Devant l’entrée du col, d’un escarpement à l’autre, le Seigneur Sombre avait fait construire un rempart de pierre. Il était percé d’une unique porte de fer, et des sentinelles ne cessaient d’aller et venir derrière ses créneaux. Sous les collines de part et d’autre, la roche était criblée de trous de ver : une centaine de cavernes où se terrait une armée d’orques, prêts à sortir au moindre signal, comme des fourmis partant en guerre. Nul ne pouvait passer les Dents du Mordor sans sentir leur morsure, à moins d’être convoqué par Sauron, ou de connaître les mots de passe secrets qui ouvriraient la Morannon, la porte noire de son pays.

Les deux hobbits contemplèrent les tours et le mur d’un regard consterné. Même à cette distance, la faible lumière leur laissait voir le mouvement des gardes au sommet du mur, et les patrouilles devant la porte. Étendus à plat ventre, ils regardaient furtivement par-dessus le bord d’un espace creux au milieu des rochers, dans l’ombre allongée de l’éperon situé tout au nord de l’Ephel Dúath. Sillonnant l’air lourd en ligne droite, un corbeau n’eût peut-être volé qu’un furlong, depuis leur cachette jusqu’au faîte noir de la tour la plus proche. Une fumée vague et sinueuse en émanait, comme si un feu couvait au pied de la tour, dans la colline même.

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