Les Habits Noirs Tome I
- Автор: Феваль Поль Анри
- Серия: Les Habits Noirs #1
- Язык: французский
- Жанр: Исторические приключения
Электронная книга - «Les Habits Noirs Tome I». Краткое содержание книги:
La bande criminelle les «Habits Noirs», dirigée par Lecoq, le bras droit du colonel Bozzo-Corona, le «Maître à tous», organise le vol de la caisse du banquier Bancelle, en 1825, tout en montant une machination compliquée destinée à égarer la justice sur un faux coupable (manoeuvre que les Habits noirs appellent «payer la loi», et qu'ils renouvelleront à chaque épisode). Ce faux coupable est André Maynotte, sur lequel Lecoq satisfait ainsi une ancienne vengeance. André Maynotte est condamné, mais réussit à s'enfuir…
Edmée fut prise cette nuit-là même par la fièvre qui la mena jusqu’au bord du tombeau.
Celle à qui appartenait la boucle d’oreille arrachée ne vint jamais la réclamer.
XVI Orgie littéraire
On a beau railler la mansarde, elle continue de faire son devoir, abritant çà et là beauté, vaillance et génie. Je sais des gens qui ne peuvent regarder sans un sourire ému ces petites fenêtres, ouvertes sous les toits. Elles dominent Paris: c’est un symbole et un présage.
Il n’y a pas nécessité absolue assurément à ce qu’un grand homme paye dix-huit francs de loyer par mois pendant toute sa vingtième année. On a vu des grands hommes bien logés dès le principe, mais c’est l’exception. N’ayez ni mépris ni peur, souriez à la mansarde, que les poètes ont chantée. Les plus excellents fruits tombent du sommet de l’arbre; ces fruits qui vont mûrissant aux cimes de la forêt parisienne font parfois les délices du monde entier.
C’était une mansarde, la chambre contiguë à celle de notre héros Michel. Il y avait une table, deux petits lits de bois, six chaises, une commode ventrue qui gardait par place quelques vestiges de son placage en bois de rose, deux armoires d’attache, et une coloquinte, au lieu de pendule, au centre de la cheminée.
Quelques hardes pendaient à des clous. Ce n’étaient pas des costumes somptueux. La table supportait une écritoire, des pipes et deux verres auprès d’une carafe d’eau pure. Une seule bougie éclairait sobrement cet austère festin de l’intelligence. Nulle dorure aux lambris, point de précieuses peintures au plafond, aucun tapis de Turquie sur le carreau froid, absence complète de rideaux, drapant leurs étoffes splendides autour des lits et devant les fenêtres.
Dans ce décor simple et qu’un théâtre pourrait établir sans se livrer à des dépenses ruineuses, figurez-vous deux jeunes gens, Parisiens tous deux assurément, bien que tous deux soient nés sur les bords de l’Orne (il n’y a pas de Parisiens de Paris), deux poètes, deux élus de l’avenir. Le premier, vêtu avec une mâle coquetterie, croise sur son caleçon les plis nombreux d’une robe de chambre en cachemire imprimé qui n’a même plus le souvenir d’avoir été présentable; le second a passé une chemise de couleur par-dessus son pantalon, laquelle chemise est nouée aux reins par une écharpe à franges d’argent, relique du bal masqué et formant cordelière.
Premier jeune homme: vingt ans, cheveux blonds, soyeux et fins, traits délicats un peu efféminés, mais du plus heureux modèle, jolie pâleur, grands yeux bleus, tapageurs et rêveurs à la fois. Pipe d’écume.
Deuxième jeune homme: pipe de porcelaine, cheveux châtain cendré, légèrement crépus, tête ronde, cou robuste et bref, nez retroussé, œil éveillé, bouche naïve, vingt-deux ans, barbe à la Périnet-Leclerc qui ne lui va pas bien. Il se nomme Etienne. L’autre a nom Maurice et sa moustache naissante lui sied à merveille.
Etienne et Maurice forment une paire d’amis comme Échalot et Similor. Le mélodrame, fléau de Paris, les a mordus aussi cruellement que les deux protecteurs de l’enfant de carton, Saladin, mais d’une autre manière. Ce sont des gobe-mouches d’un ordre supérieur; ils ont l’honneur d’être auteurs en herbe et mettent leur imagination à la torture pour trouver une des ces innocentes machines, qui font sangloter, chaque soir, les sauvages les plus civilisés de l’univers. Ah! c’est un métier difficile encore plus que celui de gendarme! Mais ils ont de l’esprit à leur façon, beaucoup de mémoire et peu de sens commun; avec cela on va loin au théâtre, si la funeste idée d’écrire en français ne vient pas se mettre en travers de la route!
La porte unique qui communiquait avec la chambre de Michel, était peinte en brun pour former tableau. On y lisait, écrit à la craie, ce titre flamboyant du chef-d’œuvre en construction:
Les Habits Noirs
Et au-dessous:
Personnages de la pièce:
Olympe Verdier, grande coquette, 35 ans;
Sophie, amoureuse, 18 ans;
La marquise Gitana, rôle de genre, âge ad libitum;
Alba, ingénue, 15 à 16 ans, fille d’Olympe Verdier;
L’Habit-Noir (pour Melingue);
Verdier, parvenu millionnaire, mari d’Olympe, accent d’Alsace;
M. Médoc (Vidocq arrangé), grand rôle de genre très curieux;
Édouard, jeune premier rôle, de 20 à 25 ans;
Comiques.
C’est déjà beaucoup d’avoir ainsi un titre et des personnages. Le reste vient, si Dieu le veut.
Au moment où nous prenons la liberté d’entrer dans ce sanctuaire, nos deux auteurs étaient en proie à une fiévreuse animation, plutôt due à la passion sacrée de l’art qu’au contenu de la carafe. Ils discutaient fort et ferme; un profane aurait pu redouter une catastrophe.
– C’est burlesque! dit Maurice, le plus joli des deux.
– Comment, burlesque!
– Burlesque des pieds à la tête! Je maintiens le mot.
– Moi, je te dis, s’écria Etienne en prenant à poignée ses cheveux crépus, que toute la pièce est là. Une pièce à chaux et à sable! Un monument de pièce! Une cathédrale!
Maurice haussa les épaules en murmurant:
– Est-ce que tu y entends quelque chose!
Pour le coup, Etienne leva son pied droit avec une furibonde énergie, mais ce fut pour le poser sur la table, entre l’écritoire et la carafe.
– Ma parole, reprit-il d’un ton de compassion, tu m’amuses avec tes airs de professeur… En sais-tu plus long que moi?
– Je l’espère, mon petit.
– Où donc aurais-tu appris le métier?
– Pas à la même école que toi, voilà ce qui est authentique. Tu ne vois que la charpente…
– Et toi, tu ne vois rien du tout!
Etienne, après avoir ainsi parlé, poussa un cri et sauta sur ses pieds comme si sa chaise l’eût tout à coup poignardé.
– Une idée! s’écria-t-il en rejetant ses cheveux crépus en arrière. Maurice fit effort pour cacher sa curiosité, mais les enfants sont toujours battus dans cette lutte, et la curiosité perça.
– Voyons l’idée! murmura-t-il du bout des lèvres, roses comme celles d’une jeune fille.
Etienne avait un air inspiré.
– Faisons que Sophie soit la sœur d’Édouard! prononça-t-il solennellement.
Puis, se reprenant avec impétuosité:
– Faisons mieux, car les idées bouillonnent dans ma tête. Faisons Édouard soit le fils d’Olympe Verdier!
– Olympe n’a pas l’âge, objecta Maurice.
– Laisse donc! Vois ta tante Schwartz! Connais-tu beaucoup de femmes de vingt-cinq ans qui soient plus jeunes que ta tante Schwartz?… Et pourtant.