Les Habits Noirs Tome I
- Автор: Феваль Поль Анри
- Серия: Les Habits Noirs #1
- Язык: французский
- Жанр: Исторические приключения
Электронная книга - «Les Habits Noirs Tome I». Краткое содержание книги:
La bande criminelle les «Habits Noirs», dirigée par Lecoq, le bras droit du colonel Bozzo-Corona, le «Maître à tous», organise le vol de la caisse du banquier Bancelle, en 1825, tout en montant une machination compliquée destinée à égarer la justice sur un faux coupable (manoeuvre que les Habits noirs appellent «payer la loi», et qu'ils renouvelleront à chaque épisode). Ce faux coupable est André Maynotte, sur lequel Lecoq satisfait ainsi une ancienne vengeance. André Maynotte est condamné, mais réussit à s'enfuir…
– Une redingote à la mode!
– Des lunettes vertes!
– Il fume!
– Il joue aux dominos!
– Drôle de bête!
– Et tout en vie!
– Mlle Célestine le trouve crânement joli!
– La tante a peur des singes, mais elle l’embrasse…
– On peut risquer la gaudriole: la censure rira.
– Chaud!
– Servez!… Il ne lui manque que la parole!
– La parole vient au dénouement: le dénouement, c’est le post-scriptum…
– Compris! cinq cents représentations, mais pas de prix à l’Académie. Maurice, ma chatte, tu nous as sauvé la vie!
Maurice se rassit et mit sa blonde tête entre ses mains. Etienne, jubilant, cherchait des mots, cherchait des trucs, cherchait le titre. Au plus fort de sa fièvre, Maurice l’interrompit en disant:
– C’est stupide!
XVII Les mystères de la collaboration
Etienne regarda Maurice en dessous.
– Tonnerre! grommela-t-il, le vent tourne!
– J’aimerais mieux me faire bandagiste, poursuivait Maurice, la main sur son cœur, que d’écrire le premier mot d’une pareille impiété. Ô mes rêves! Et que dirait Blanche?
– Elle rirait…
– Je ne veux pas qu’elle rie! Sais-tu à quoi je pense? Un rôle pour Racheclass="underline" la mère des Machabées…
– Dame! fit Etienne, laisse-moi me mettre dans le courant. À vue de nez, ça n’est pas impossible, quoiqu’un personnage de mère…
C’était un caractère d’or! Maurice reprit:
– Pas de tragédie! un opéra plutôt! Mme Stoltz y serait renversante!
– Je ne suis pas fort pour les vers, moi, tu sais, glissa doucement Etienne.
– Rossini n’écrit plus, soupira Maurice. Je voudrais Rossini… Tiens! je me fais honte à moi-même. Je suis un nain et j’ai des envies de géant.
– Ma vieille, dit Etienne dans un but évident de consolation, tu ne te rends pas justice. Tu n’es pas plus bête qu’un autre, au fond.
C’est le bon sens qui manque. Si tu savais seulement ce que tu dis et ce que tu fais…
– Blanche! chanta Maurice. Que de temps perdu! Pour arriver jusqu’à toi, il faut que mon front soit coiffé de l’auréole…
– Sur l’oreille, en tapageur! gronda Etienne un peu à bout de patience. Je ferai mon affaire tout seul, vois-tu, petit, pour le théâtre de la Gaîté, avec Francisque aîné, Delaistre et Mme Abit. Tu es un dissolvant. Les meilleures choses fondent dès que tu les touches.
– Je songeais justement à fonder une machine, interrompit Maurice très sérieusement.
– Je dis fondre et non pas fonder… Il y a toute une réforme à faire dans notre triste langue! Elle économise les temps des verbes, ce qui favorise lâchement le calembour… Qu’est-ce que tu voulais fonder?
– Un journal. – J’en suis!
– Mais la grammaire n’est rien… C’est avec un bon dictionnaire qu’on gagnerait des sommes folles!
– Faisons le dictionnaire, je veux bien!
– Que dirais-tu, toi, d’une histoire de France par ordre alphabétique? – Ma foi… à vue de nez…
– Mais je veux d’abord éditer mon Livre d’or de la beauté avec miniatures à la main dans le texte… mille écus l’exemplaire… Suppose seulement une clientèle de cinq cents femmes à la mode, duchesses ou coquines, et compte! trois millions de recette!
– Je mêle! ça me va!
– Un ouvrage qui s’adresse à mille grosses bourses seulement est une spéculation hasardeuse, ma chatte. Le théâtre tire à tout le monde: voilà le pactole! Attention!
Il se renversa sur sa chaise et fourra ses mains dans ses poches. C’était signe d’oracle.
– Présent! répondit Etienne qui salua militairement. L’entracte est fini: rentrons au théâtre.
– Je ne me donne pas la peine de chercher notre drame, poursuivit Maurice; sais-tu pourquoi? – Non. – Parce que je l’ai. – Ah bah!
– Il est là: cinq actes et un prologue. – Dans le tiroir? – Dans la brochure que nous avons reçue hier soir par la poste. – La cause célèbre? – Juste… Cet André Maynotte est un type. – Magnifique!
– Et l’histoire du brassard donne un prologue…
– Éblouissant!
– Prends la craie. – Voilà. – Va au tableau. – J’y suis.
Etienne se planta devant la porte, prêt à exécuter les ordres ultérieurs de son chef de file, mais celui-ci rêvait.
– Qui diable nous a envoyé cet imprimé! murmura-t-il en ouvrant le tiroir de la table.
Il y prit une de ces petites brochures à deux sous, imprimées sur papier d’emballage, qu’on ne trouve plus guère dans nos rues, remplacées qu’elles sont par le canard in-folio, et dont les derniers modèles sont L’Almanach liégeois et L’Histoire des quatre fils Aymon. Cette brochure était intitulée ainsi: Procès curieux, André Maynotte ou le perfide brassard. Vol de la caisse Bancelle (de Caen), juin 1825. Maurice se mit à le feuilleter, pendant qu’Etienne répondait:
– Quand deux jeunes gens sont connus pour se destiner à la littérature, on leur envoie comme ça un tas de choses… D’ailleurs, c’était à l’adresse de Michel…
– Ça rentre dans mon plan! pensa tout haut Maurice.
– Le fait est, appuya Etienne en caressant la brochure, qu’il y a là-dedans un bijou de drame!
– Là-dedans! répéta l’autre avec mépris, il n’y a rien du tout.
– Comment!
– Pas l’ombre de quoi que ce soit!
– Eh bien! alors… commença le malheureux Etienne.
– Tout est là! l’interrompit le petit blond en piquant le bout de son index sur son front. S’il y avait quelqu’un… Suis-moi bien… quelqu’un d’intéressé à ce que nous fissions avec cet ignoble bouquin un drame en cinq actes et dix tableaux!… Hein?
– Je ne saisis pas.
– Suppose Lesurques. Admets qu’il n’ait pas été exécuté. Il a envie de faire réviser son procès…
– C’est naturel, professa Etienne…
– Quel moyen? la publicité, ça saute aux yeux. Lesurques va trouver deux gaillards pleins d’avenir et leur propose cent louis…
– Dieu t’entende!
– Je repousse un tel marché, déclara noblement Maurice, surtout si Lesurques est coupable.
– Coupable! Lesurques!
– J’ai besoin de cette hypothèse pour mon plan.
– C’est différent, marche!
Et Etienne, avec son imperturbable bonne foi, se mit à écouter de toutes ses oreilles.
– Au fond de cette rhapsodie, reprit Maurice, j’ai déniché une phrase qui contient un problème dramatique de premier ordre. André Maynotte, dans son interrogatoire, dit ceci au juge d’instruction: «Pour chaque crime, il faut à la justice un criminel, et il n’en faut qu’un.»