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Prestimion le Coronal [Lord Prestimion - fr]

Электронная книга - «Prestimion le Coronal [Lord Prestimion - fr]». Краткое содержание книги:

Vainqueur de la guerre des Sorciers, Prestimion, qui a manqué d’y perdre la vie, a payé chèrement le titre de Coronal. La fine fleur de Majipoor a été décimée, le monde ravagé, et la belle Thismet, la grande passion de Prestimion, est morte dans les combats.
Prestimion a décidé de rendre la paix à la planète géante et d’effacer de toutes les mémoires, avec l’aide de deux mages, le souvenir du conflit atroce et de tous ceux qui ont péri. Seuls deux de ses compagnons d’armes et lui-même en garderont la trace indélébile dans leurs souvenirs.
Mais comment Prestimion pourrait-il exulter de joie durant la cérémonie de son couronnement alors que ce secret lui pèse ? Et comment pourrait-il prendre femme comme le doit un Coronal alors qu’il demeure obsédé par l’image de Thismet ?
Pire, le charme d’oubli a creusé dans les esprits un vide insidieux que vient souvent remplir la folie. La sédition gronde. La violence menace à nouveau de ravager Majipoor.
Prestimion saura-t-il guérir les peuples dont il a la charge, et se sauver lui-même en retrouvant l’amour ?
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— Et s’il n’était pas descendu jusqu’à la côte méridionale ? interrogea Septach Melayn. S’il avait bifurqué vers l’ouest en direction d’un des ports du nord de la péninsule ? Est-ce possible ?

— Oui. Difficile mais possible.

Du bout d’un long doigt osseux le Préfet traça une ligne sur la carte.

— Voici Kajith Kabulon. La seule bonne route au sortir de la forêt pluviale est celle qui part droit au sud, celle que vous avez prise. Mais il existe quelques routes secondaires, mal entretenues et d’une utilisation difficile, qui peuvent attirer un fugitif essayant d’échapper à la justice. Celle-ci, par exemple, qui traverse le centre de l’Aruachosia et part vers l’ouest en direction de la péninsule. S’il s’est bien débrouillé, le Procurateur a pu gagner une douzaine de ports sur le littoral nord de la péninsule. De là les choses peuvent avoir été plus faciles pour lui.

— Je vois, fit Prestimion en regardant fixement la carte.

La péninsule de Stoienzar, le domaine méridional du duc Oljebbin, s’avançait comme un pouce géant dans la mer. Au sud s’étendait la Mer Intérieure, dans la direction de Suvrael ; au nord se trouvaient les paisibles eaux tropicales du Golfe de Stoien dont la région côtière avait une des plus fortes concentrations de population de Majipoor. Une importante cité s’était développée tous les cent cinquante kilomètres et un chapelet de stations balnéaires, de centres agricoles et de villages de pêcheurs occupaient la quasi-totalité du territoire entre chacune de ces cités. Si Dantirya Sambail avait réussi à atteindre le littoral à un endroit quelconque, il avait fort bien pu trouver un marin vénal acceptant de le transporter jusqu’à Stoien, le port le plus important de la côte, d’où une flotte de navires reliait en permanence Alhanroel à Zimroel.

Stoien, comme tous les ports de la région où s’effectuait la navigation intercontinentale, était évidemment soumis au blocus. Mais dans quelle mesure était-il efficace ? Ces cités tropicales où il faisait bon vivre avaient de tout temps été des foyers notoires de corruption. Prestimion, dans le courant de ses études, avait découvert quelques exemples étonnants. Le gouverneur Gan Othiang, le maître du port de Khuif sous le règne du prédécesseur de Prankipin, avait ainsi institué une taxe personnelle en sus des droits de port appliqués à tous les navires marchands qui y faisaient escale. À sa mort, ses coffres remplis d’ivoire, de perles et de coquillages contenaient plus de richesses que le trésor municipal. Plus haut, à Yarnik, le maire, un certain Plusiper Pailiap, avait pris l’habitude de confisquer les biens des commerçants décédés dont les héritiers ne s’étaient pas fait connaître au bout de trois semaines. Le duc Satuns, le grand-père d’Oljebbin, avait été accusé à plusieurs reprises de détourner à son profit un pourcentage des droits de douanes, mais, pour des raisons restées obscures, les enquêtes n’avaient jamais abouti. Un millier d’années plus tôt, un préfet de Sippulgar avait entretenu clandestinement une flottille de bateaux pirates. Et ainsi de suite. Comme si quelque chose dans l’atmosphère suffocante mettait à mal la rectitude morale.

Prestimion repoussa la carte d’un geste brusque et se tourna vers Kameni Poteva.

— Combien de temps, à votre avis, aurait-il fallu à Dantirya Sambail, voyageant en flotteur, pour atteindre le port de Stoien à partir de… ?

Mais le comportement du Préfet était soudain devenu extrêmement bizarre. Kameni Poteva était un homme très nerveux – cela se voyait au premier coup d’œil –, mais la tension intérieure qui devait l’habiter perpétuellement semblait avoir atteint un degré proche du point de rupture. Sur son visage émacié aux traits accusés, où le soleil des tropiques semblait avoir brûlé toute la chair superflue, la peau était tellement tirée qu’elle paraissait devoir se déchirer. Un muscle sautait sur sa joue gauche, ses lèvres minces étaient agitées de frémissements et ses yeux ressortaient comme deux gros globes blancs sous le front basané. Kameni Poteva serrait les poings sur sa poitrine, les jointures des deux mains pressées les unes contre les autres sur les deux rohillas.

— Kameni Poteva ? fit Prestimion, alarmé.

— Pardonnez-moi, monseigneur… articula le Préfet d’une voix rauque. Pardonnez-moi…

— Que se passe-t-il ?

La seule réponse de Kameni Poteva fut un petit mouvement de la tête, un frisson plus qu’autre chose. Il cherchait désespérément à maîtriser les tremblements qui secouaient son corps.

— Dites quelque chose ! Voulez-vous du vin ?

— Monseigneur… oh ! monseigneur !… votre tête, monseigneur !

— Qu’est-ce qu’elle a, ma tête ?

— Oh ! pardonnez-moi… pardonnez-moi ! Prestimion se tourna vers Septach Melayn et Gialaurys. Était-ce encore un cas de folie, juste sous le nez du Coronal ? Oui. Oui. Certainement.

Dans le moment de flottement qui suivit, Maundigand-Klimd s’avança vivement, les bras tendus, et posa les mains sur les épaules du Préfet ; inclinant ses deux têtes pour les approcher à quelques centimètres du front de Kameni Poteva, le Su-Suheris prononça à voix basse quelques mots inintelligibles. Un charme, assurément. Prestimion crut voir une vapeur blanche apparaître entre les deux hommes.

Quelques secondes s’écoulèrent sans qu’un changement fut visible sur le visage de Kameni Poteva. Puis un long sifflement franchit les lèvres du Préfet, comme un ballon qui se dégonfle doucement, et son corps se détendit d’une manière perceptible. Kameni Poteva regarda fugitivement Prestimion avec des yeux hagards, le visage livide de honte et d’émotion, puis il détourna la tête.

— Monseigneur…, reprit-il au bout d’un moment, d’une voix basse, à peine audible. C’est tellement humiliant… J’implore humblement votre pardon…

— Que s’est-il donc passé ? Et ce que vous avez dit sur ma tête…

— Une hallucination, monseigneur, répondit le Préfet après un long silence douloureux.

Il tendit la main vers le flacon de vin ; Septach Melayn s’empressa de remplir une coupe qu’il vida d’un trait.

— Cela m’arrive maintenant deux ou trois fois par semaine, expliqua le Préfet. Je ne peux y échapper. J’ai fait des prières pour ne pas avoir de crise pendant que j’étais en votre compagnie, mais elles n’ont pas été exaucées. Votre tête, monseigneur… elle était gonflée, monstrueuse, près d’exploser… Et le Haut Conseiller, poursuivit-il en frissonnant, le regard fixé sur Septach Melayn. Ses bras et ses jambes étaient comme les pattes d’une araignée géante ! Il faut me relever de mes fonctions, ajouta-t-il en fermant les yeux. Je ne suis plus apte à servir l’État.

— Ne dites pas de bêtises, fit Prestimion. Vous avez besoin d’un peu de repos, c’est tout. Vos états de service sont excellents… Ces hallucinations, à quand remontent-elles ?

— Un mois et demi. Deux mois.

Le pauvre homme était au supplice. Incapable de regarder Prestimion en face, il gardait la tête baissée, le dos voûté, les épaules tombantes.

— Quand la crise me prend, je vois des choses horribles, monstrueuses. Des visions de cauchemar qui se succèdent pendant cinq, dix, parfois quinze minutes. Quand elles disparaissent, je prie pour que ce soit la dernière fois. Mais cela recommence toujours.

— Regardez-moi, fit Prestimion.

— Monseigneur…

— Regardez-moi, Kameni Poteva et répondez : vous n’êtes pas le seul à Sippulgar à souffrir de ces troubles, n’est-ce pas ?

— Pas le seul, non, répondit le Préfet d’une toute petite voix.

— C’est bien ce qu’il me semblait. Y a-t-il eu récemment de nombreux cas de personnes habituellement stables qui craquent, se comportent bizarrement ?

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