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Les enfants de Dune [Children of Dune - fr]

Электронная книга - «Les enfants de Dune [Children of Dune - fr]». Краткое содержание книги:

Sur Dune, la planète des sables, les anciennes prophéties sont en train de s’accomplir. La transformation écologique s’accélère : l’eau, jadis plus coûteuse que l’or, coule à flots, et les jardins débordent sur le désert. Mais la prospérité nouvelle de Dune menace sa richesse, l’Epice de longévité et de prescience. Les durs Fremen, qui ont porté aux confins de l’univers humain la bannière et la parole de Muad’Dib, s’amollissent. Les vers géants se font rares. Et depuis que Paul est allé au désert pour y mourir selon la tradition Fremen parce qu’il a perdu la vue, ses prêtres ont construit sur son message de paix une théocratie autoritaire qui régit toute la galaxie.
C’est alors que se jouent les destins des enfants de Dune.
Leto et Ghanima, les jumeaux nés de Paul et de Chani, se sont éveillés à la conscience dans le ventre de leur mère et portent en eux les mémoires héréditaires d’innombrables générations. Il leur faut les dompter s’ils veulent échapper à l’Abomination redoutée par les Sœurs du Bene Gesserit à la possession par un spectre surgi de ce passé génétique.
Il leur faut aussi déjouer les complots s’ils veulent survivre, refondre l’univers humain ébranlé par le Jihad et régner à leur tour sur Dune.

Voici enfin le troisième volet de l’épopée la plus fascinante de toute la science-fiction moderne. Un grand roman historique situé dans l’avenir lointain.
Dans huit mille ans.
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La transe s’approfondissait. Elle devenait comme une amplification de sa conscience intérieure que son identité absorbait et par laquelle il percevait son propre changement. Le Temps était vivant et il ne pouvait en capturer un instant. Des fragments de mémoire, venus de l’avenir et du passé, déferlaient sur lui. Mais ils existaient comme un montage-filé. Leurs rapports étaient soumis à une danse permanente. La mémoire de Leto était une lentille, un faisceau lumineux qui repérait des fragments, les isolait, mais ne parvenait pas à immobiliser le mouvement perpétuel et la modification permanente qui s’imposaient à sa vue.

Ce que lui et Ghanima avaient prévu apparut dans le faisceau, dominant tout, et cela le terrifia. La réalité de la vision le pénétra douloureusement. Son inéluctabilité hiératique pesa sur son ego jusqu’à l’humilier.

Et sa peau n’était pas la sienne ! Le passé et le présent se heurtaient en lui, submergeant les barrières de sa terreur. Il ne pouvait isoler l’un de l’autre. A un moment, il fut emporté par le Jihad Butlérien. Il était avide de détruire les machines qui imitaient la conscience de l’homme. Ce devait être le passé. Oublié, enfui. Pourtant, ses sens lui faisaient revivre l’expérience du moment, en absorbaient les détails les plus infimes, et il entendait un compagnon-pasteur déclarer en chaire : « Il nous faut rejeter les machines-qui-pensent. C’est aux humains qu’il revient de définir leur conduite. C’est une chose que les machines ne peuvent faire. Le raisonnement dépend du programme et non de la quincaille et nous sommes le programme ultime ! »

Les voix étaient claires à ses oreilles et les lieux familiers à ses yeux : un vaste hall lambrissé aux sombres fenêtres, éclairé par des flambeaux vacillants. Son compagnon reprenait : « Notre Jihad est un programme-débarras. Nous nous débarrassons des choses qui détruisent notre humanité ! »

Et, dans l’esprit de Leto, celui qui parlait avait été un servant d’ordinateurs, il les avait connus et entretenus. Mais la scène s’effaça et ce fut soudain Ghanima qui se trouva devant lui. « Gurney sait, dit-elle. Il me l’a dit. Ce sont les mots de Duncan et Duncan s’exprimait en qualité de mentat. Si vous faites le bien, évitez de le faire savoir ; si vous faites le mal, évitez de le savoir. »

Ça, ce devait être l’avenir, le lointain avenir. Mais Leto le percevait comme la réalité. C’était aussi intense et vrai que la multitude des vies qui étaient en lui. Il murmura : « N’est-ce pas vrai, père ? »

Mais la présence-père en lui, l’avertit : « N’invite pas le désastre ! Tu apprends la conscience stroboscopique. Sans elle, tu pourrais bien aller trop loin, perdre ton repère dans le Temps. »

Et l’imagerie bas-relief persista. D’autres intrusions lui donnèrent l’assaut. Passé-présent-maintenant. Il n’existait pas de véritable séparation. Il savait qu’il devait se laisser emporter par ce courant, mais il était terrifié. Comment pourrait-il jamais regagner un lieu reconnaissable ? Pourtant, il le sentait, on le contraignait à cesser toute esquisse de résistance. Il ne parvenait pas à appréhender son nouvel univers en autant de parcelles, immobiles, étiquetées. Il n’était pas une miette qui acceptât de rester en place. Les choses ne pouvaient être éternellement ordonnées et formulées. Il lui fallut trouver le rythme du changement et, dans les intervalles, discerner le changement lui-même. Ignorant le commencement, il se déplaçait dans un immense Moment de Bonheur. Il lisait le passé dans l’avenir, le présent dans le passé, le maintenant tout à la fois dans le passé et l’avenir. L’accumulation des siècles entre deux battements de cœur.

Sa conscience flottait librement, sans la moindre barrière, sans psyché objective pour remplacer le sentiment du moi. L’« avenir provisoire » de Namri demeurait à la lisière de sa mémoire mais il était environné dans sa conscience par d’autres avenirs. Et, dans cette conscience explosive, la totalité de son passé lui appartenait, de même que chaque vie intérieure. Et, avec l’assistance de la plus grande d’entre elles, il assura son empire. Ils étaient siens.

Il pensa : Lorsque l’on observe un objet d’une certaine distance, on peut ne plus voir que son principe. Il avait conquis cette distance et il pouvait observer sa vie : le passé-multiple et ses souvenirs étaient son fardeau, sa joie et son besoin. Mais le voyage du ver y avait ajouté une autre dimension et son père ne montait plus la garde en lui parce que cela n’était plus nécessaire. Leto distinguait clairement par-delà les distances : le passé et le présent. Et le passé lui révélait un ancêtre ultime. Son nom était Harum et, sans lui, le lointain avenir ne pouvait être. Ces claires distances apportaient des principes nouveaux, de nouvelles dimensions de partage. Quelle que fût l’existence qu’il choisirait désormais, il devrait la conformer à une sphère autonome d’expériences amassées, à une chaîne d’existences si complexe qu’une vie entière n’aurait pas suffi à dénombrer les générations qui la composaient. Cette conscience de masse, une fois éveillée, était assez puissante pour dominer son moi. Elle pouvait s’imposer à un individu, une nation, une société ou une civilisation tout entière. Pour cette raison, bien sûr, Gurney avait appris à le craindre. Pour cette raison, le couteau de Namri veillait. Il ne fallait pas qu’ils découvrent ce pouvoir en lui. Nul ne devrait jamais l’apercevoir dans sa plénitude, pas même Ghanima.

Leto se redressa. Il vit que seul Namri était demeuré auprès de lui et l’observait.

D’une voix âgée, il déclara : « Il n’existe pas d’ensemble unique de bornes fixées pour tous les hommes. La prescience universelle est un mythe vide de sens. On ne peut prévoir que les courants locaux les plus puissants du Temps. Mais, dans un univers infini, ce qui est local peut être assez énorme pour que l’esprit s’affaisse. »

Namri secoua la tête sans comprendre. « Où est Gurney ? » demanda Leto.

« Il s’est retiré au cas où je devrais te tuer. »

« Est-ce que tu vas me tuer, Namri ? » Il le suppliait presque.

Namri ôta la main de son couteau.

« Puisque tu me le demandes, je ne le ferai pas. Mais si tu étais indifférent…»

« C’est la maladie de l’indifférence qui détruit tant de choses, dit Leto. Oui… même les civilisations en meurent. Comme s’il s’agissait du prix exigé pour parvenir à de nouveaux degrés de complexité ou de conscience. (Il regarda Namri.) Ainsi, on t’a dit de guetter l’indifférence en moi ? »

Il vit alors que Namri était plus qu’un tueur : il était rusé.

« Oui, comme un signe de pouvoir indiscipliné », dit-il, mais il mentait.

« Le pouvoir indifférent… oui, dit Leto dans un soupir. Il n’y avait aucune grandeur dans la vie de mon père, Namri, rien qu’un piège local qu’il a construit pour lui-même. »

40

Ô Paul, toi, Muad’Dib, Mahdi de tous tes hommes, Que ton souffle libère Et porte l’ouragan.
Chants de Muad’Dib.

« Jamais ! lança Ghanima. Je le tuerai le soir de nos noces ! »

Elle s’exprimait avec un entêtement farouche qui, jusque-là avait résisté à toutes les approches. Alia et ses conseillers avaient passé plus de la moitié de la nuit auprès d’elle. La fièvre régnait dans les appartements royaux. De nouveaux conseillers étaient sans cesse mandés, sans cesse, on apportait mets et boissons. Le Temple tout entier de même que le Donjon vibraient dans l’espoir de décisions qui se faisaient attendre.

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