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Les enfants de Dune [Children of Dune - fr]

Электронная книга - «Les enfants de Dune [Children of Dune - fr]». Краткое содержание книги:

Sur Dune, la planète des sables, les anciennes prophéties sont en train de s’accomplir. La transformation écologique s’accélère : l’eau, jadis plus coûteuse que l’or, coule à flots, et les jardins débordent sur le désert. Mais la prospérité nouvelle de Dune menace sa richesse, l’Epice de longévité et de prescience. Les durs Fremen, qui ont porté aux confins de l’univers humain la bannière et la parole de Muad’Dib, s’amollissent. Les vers géants se font rares. Et depuis que Paul est allé au désert pour y mourir selon la tradition Fremen parce qu’il a perdu la vue, ses prêtres ont construit sur son message de paix une théocratie autoritaire qui régit toute la galaxie.
C’est alors que se jouent les destins des enfants de Dune.
Leto et Ghanima, les jumeaux nés de Paul et de Chani, se sont éveillés à la conscience dans le ventre de leur mère et portent en eux les mémoires héréditaires d’innombrables générations. Il leur faut les dompter s’ils veulent échapper à l’Abomination redoutée par les Sœurs du Bene Gesserit à la possession par un spectre surgi de ce passé génétique.
Il leur faut aussi déjouer les complots s’ils veulent survivre, refondre l’univers humain ébranlé par le Jihad et régner à leur tour sur Dune.

Voici enfin le troisième volet de l’épopée la plus fascinante de toute la science-fiction moderne. Un grand roman historique situé dans l’avenir lointain.
Dans huit mille ans.
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Les échos se prolongèrent dans son crâne et elle se demanda : Où puis-je me cacher ? Je ne puis aller nulle part !

« Ghanima a un couteau pointu, dit le Baron. N’oublie pas cela. »

Elle cligna des yeux. Oui, elle ne devait pas oublier cela. Le couteau d’Alia pouvait encore les libérer de cette situation difficile.

37

Quand vous croyez à certains mots, vous croyez à leurs arguments cachés. Quand vous croyez que quelque chose est exact ou faux, juste ou injuste, vous croyez aux hypothèses contenues dans les mots qui expriment les arguments. De telles hypothèses sont souvent pleines de trous, mais elles ont la qualité précieuse de convaincre.

La Preuve Ouverte.
Extrait de la Panoplia Prophetica.

L’esprit de Leto voguait dans un véritable bouillon d’odeurs violentes. Il reconnaissait le parfum lourd de cannelle du Mélange, le remugle des corps en sueur, l’âcre senteur d’un distille de mort ouvert, et d’innombrables parfums entre lesquels dominait le silex. Dans le sable de ses rêves, ces odeurs façonnaient les formes brumeuses d’un paysage de mort. Il savait qu’elles voulaient lui dire quelque chose, mais une partie de son esprit n’était pas encore prête à l’entendre.

Les pensées, lentement, dérivaient comme des spectres.

Dans ce temps, je n’ai pas de visage, je n’ai que tous les traits de mes ancêtres. Le soleil qui s’enfonce dans le sable est celui qui s’enfonce dans mon âme. Seule était grande cette multitude que je portais en moi, mais elle n’est plus. Je suis Fremen et je finirai comme un Fremen. Le Sentier d’Or s’arrête avant de commencer. Ce n’est rien d’autre qu’une piste qu’efface le vent. Nous autres, Fremen, nous connaissons toutes les astuces pour échapper au regard : nous ne laissons rien derrière nous, ni eau, ni fèces, ni trace… Regardez, ma piste disparaît…

« Je pourrais te tuer, Atréides, dit une voix d’homme près de son oreille. Je pourrais te tuer, Atréides. » La phrase fut répétée tant de fois qu’elle devint une simple sonorité monotone qui accompagnait le songe de Leto, une sorte de litanie. « Je pourrais te tuer, Atréides. »

Il s’éclaircit la gorge et cela lui parut ébrouer ses sens.

« Qui…» parvint-il à formuler, la gorge sèche.

« Je suis un Fremen cultivé et j’ai tué mon homme. Vous, les Atréides, vous nous avez pris nos dieux. Qu’avons-nous à faire de votre maudit Muad’Dib ? Votre dieu est mort ! »

Était-ce vraiment la voix d’un Ouraba ou bien cela faisait-il encore partie de son rêve ? Leto ouvrit les yeux. Débarrassé de ses liens, il était allongé sur un lit dur. Il leva les yeux, découvrant la surface du rocher, les brilleurs à l’éclat assourdi et le visage penché sur lui, si proche qu’il en recevait le souffle, un visage sans masque, indéniablement Fremen avec sa peau sombre, ses traits ascétiques. Cet homme ne connaissait pas les villes et leur eau. C’était un Fremen du désert profond.

« Je suis Namri, père de Javid, dit-il. Me connais-tu, Atréides ? »

« Je connais Javid », souffla Leto.

« Oui, ta famille connaît bien mon fils. Je suis fier de lui. Il se pourrait que les Atréides le connaissent encore mieux très bientôt. »

« Comment…»

« Je suis l’un de tes éducateurs, Atréides. Ma fonction est unique : c’est moi qui devrais te tuer. Et je le ferais avec joie. Dans cette école, réussir, c’est survivre. Si tu échoues, ton sort sera entre mes mains. »

Leto ne pouvait douter de l’implacable sincérité qu’il distinguait dans cette voix. Il en fut glacé. Cet homme était un gom-jabbar humain, l’ennemi suprême dont le rôle était d’éprouver son droit à la compétition humaine. Il retrouva l’image de sa grand-mère dans cette scène et, en arrière-plan, les innombrables silhouettes sans visage des Sœurs du Bene Gesserit. Cette seule vision le fit se recroqueviller.

« C’est avec moi que commence ton éducation, reprit Namri. Cela est juste. Cela est logique. Parce qu’elle pourrait bien s’achever avec moi. Écoute-moi attentivement maintenant. Chacun de mes gestes recèle ta mort. »

Leto jeta un regard autour de lui : il ne vit que les murailles nues, sa couche, les soleils flous des brilleurs et, derrière Namri, un passage ténébreux.

« Tu ne parviendras pas à passer », dit Namri. Et Leto le crut.

« Pourquoi faire cela ? » demanda-t-il.

« Je l’ai déjà expliqué. Pense à tous les plans que tu as en tête ! Tu es ici maintenant et tu ne peux dresser l’avenir dans ton état. Les deux ne vont pas ensemble : maintenant et l’avenir. Mais si tu connais vraiment ton passé, si tu regardes en arrière et si tu découvres par quoi tu es passé, peut-être retrouveras-tu quelque raison. Sinon, ce sera ta mort. »

Leto remarqua que le ton de Namri n’était pas totalement dépourvu de douceur, mais il était ferme et on ne pouvait nier le message de mort qu’il portait.

Namri se balança sur ses talons et son regard se porta sur la voûte rocheuse.

« Autrefois, les Fremen, à l’heure de l’aube, faisaient face à l’est. L’eos, tu connais ? C’est l’aube dans l’une des langues anciennes. »

Avec un orgueil amer, Leto dit : « Je parle cette langue. »

« Ainsi, tu ne m’as pas écouté, dit Namri, et il y avait comme le fil d’une lame dans sa voix. La nuit était le temps du chaos. Le jour, celui de l’ordre. C’était ainsi au temps de cette langue que tu prétends parler : l’obscurité-désordre, l’ordre-lumière. Nous, les Fremen, nous avons changé cela. Eos, c’était la lumière que nous rejetions. La lumière que nous préférions, c’était celle de la lune, des étoiles. La lumière, c’était trop d’ordre, et trop d’ordre pouvait nous être fatal. Tu vois ce que l’Eos des Atréides a apporté ? L’homme est la créature de la seule lumière qui puisse le protéger. Sur Dune, le soleil était notre ennemi. (Namri baissa les yeux sur Leto.) Quelle lumière préfères-tu, Atréides ? »

Leto devina, à l’attente de Namri, que sa question pesait lourd. L’homme le tuerait-il s’il jugeait sa réponse insatisfaisante ? C’était possible. La main du Fremen était posée, calmement, près du manche poli de son krys. Un anneau à l’emblème de la tortue magique brillait à l’un des doigts qui tenaient le couteau.

Leto se redressa sur les coudes et son esprit explora les croyances Fremen. Les anciens Fremen se fiaient à la Loi et se plaisaient à en entendre les leçons sous forme d’analogies. La lumière de la lune ?

« Je préfère… commença-t-il… la clarté de Lisanu L’haqq. » Il épiait Namri, en quête de ses plus subtiles réactions. Le Fremen parut déçu, mais sa main s’écarta du manche du krys.

« C’est la lumière de la vérité, poursuivit Leto, la lumière de l’homme parfait dans lequel on peut clairement discerner l’influence de l’al-Mutakallim. Quelle autre lumière pourrait donc préférer un être humain ? »

« Tu parles comme quelqu’un qui récite, et non comme quelqu’un qui croit », dit Namri.

J’ai récité, se dit Leto. Mais il commençait à percevoir le courant que suivaient les pensées de Namri, comment ses paroles étaient filtrées par l’apprentissage précoce de l’ancien jeu des énigmes. Il y avait des milliers de ces énigmes dans l’éducation des Fremen et il suffit à Leto de se concentrer un instant sur cette coutume pour que des exemples apparaissent dans son esprit : « Question : Qu’est-ce que le silence ? Réponse : L’ami du pourchassé. »

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