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Les enfants de Dune [Children of Dune - fr]

Электронная книга - «Les enfants de Dune [Children of Dune - fr]». Краткое содержание книги:

Sur Dune, la planète des sables, les anciennes prophéties sont en train de s’accomplir. La transformation écologique s’accélère : l’eau, jadis plus coûteuse que l’or, coule à flots, et les jardins débordent sur le désert. Mais la prospérité nouvelle de Dune menace sa richesse, l’Epice de longévité et de prescience. Les durs Fremen, qui ont porté aux confins de l’univers humain la bannière et la parole de Muad’Dib, s’amollissent. Les vers géants se font rares. Et depuis que Paul est allé au désert pour y mourir selon la tradition Fremen parce qu’il a perdu la vue, ses prêtres ont construit sur son message de paix une théocratie autoritaire qui régit toute la galaxie.
C’est alors que se jouent les destins des enfants de Dune.
Leto et Ghanima, les jumeaux nés de Paul et de Chani, se sont éveillés à la conscience dans le ventre de leur mère et portent en eux les mémoires héréditaires d’innombrables générations. Il leur faut les dompter s’ils veulent échapper à l’Abomination redoutée par les Sœurs du Bene Gesserit à la possession par un spectre surgi de ce passé génétique.
Il leur faut aussi déjouer les complots s’ils veulent survivre, refondre l’univers humain ébranlé par le Jihad et régner à leur tour sur Dune.

Voici enfin le troisième volet de l’épopée la plus fascinante de toute la science-fiction moderne. Un grand roman historique situé dans l’avenir lointain.
Dans huit mille ans.
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Ghanima était assise, solennelle, dans une chaise verte à flotteur, au centre de sa chambre dont les murs avaient été laissés nus et brunis pour rappeler le roc du sietch. Le sol, toutefois, était dallé de noir et le plafond était un énorme cristal d’imbar où palpitait une lumière bleutée. Les meubles étaient rares : un petit secrétaire, cinq sièges à flotteur et un lit étroit dans une alcôve, à la mode Fremen. Ghanima portait une robe de deuil jaune.

« Tu n’es pas une personne libre qui peut disposer de tous les aspects de sa vie », fit remarquer Alia pour la centième fois. Cette petite idiote doit admettre cela tôt ou tard ! Il faut qu’elle accepte de se fiancer à Farad’n. Il le faut ! Qu’elle le tue plus tard si elle le veut, mais les fiançailles doivent être acceptées par les Fremen.

« Il a tué mon frère, dit Ghanima, se raccrochant à l’ultime argument. Tout le monde le sait. Si je consentais à ces fiançailles, les Fremen cracheraient en entendant mon nom ! »

Et c’est bien l’une des raisons de ces fiançailles, songea Alia.

« Sa mère était coupable, dit-elle. Il l’a bannie pour cela. Que veux-tu de plus ? »

« Je veux son sang. C’est un Corrino ! »

« Il a renié sa propre mère. Pourquoi te préoccuper de ce que raconte la populace Fremen ? Ils accepteront ce que nous leur dirons d’accepter. Ghani, la paix de l’Empire exige…»

« Je n’accepterai pas. Vous ne pouvez annoncer ces fiançailles sans mon consentement. »

Irulan, entrant dans la chambre sur ces entrefaites, décocha un coup d’œil perplexe à l’adresse d’Alia et des deux conseillères découragées qui se tenaient auprès d’elle. Alia leva les deux bras d’un air dégoûté et se laissa tomber dans un siège, en face de Ghanima.

« Parlez-lui, Irulan », demanda-t-elle.

Irulan prit un flotteur et s’installa près d’elle.

« Irulan, vous êtes une Corrino, protesta Ghanima. Ne risquez pas trop votre chance avec moi. »

Elle se leva, marcha droit jusqu’à son lit et s’y assit, jambes croisées, le regard furieux. Irulan, elle le vit enfin, avait revêtu une aba noire tout comme Alia. Le capuchon rejeté en arrière permettait d’admirer ses cheveux dorés. Des cheveux de deuil dans la clarté jaune des brilleurs.

Irulan regarda Alia, se leva et fit face à Ghanima.

« Ghani, si cela devait résoudre les problèmes, je le tuerais de ma propre main. Et Farad’n est de mon sang, comme tu me l’as fait si gentiment remarquer. Mais tu as des devoirs qui transcendent le respect que tu dois aux Fremen. »

« Ça ne me paraît pas meilleur venant de vous que de ma chère tante, dit Ghanima. On ne peut laver le sang d’un frère. Il ne s’agit pas d’un petit aphorisme Fremen. »

Irulan pinça les lèvres.

« Farad’n retient ta grand-mère prisonnière. Duncan est également son prisonnier et si nous ne…»

« Le récit que vous m’avez fait de ces événements ne me satisfait pas, dit Ghanima, regardant tour à tour Irulan puis sa tante. Jadis, Duncan serait mort plutôt que de laisser l’ennemi s’emparer de mon père. Peut-être cette nouvelle chair de ghola n’est-elle pas la même…»

« Duncan avait mission de protéger la vie de ta grand-mère ! lança Alia en faisant pivoter son siège. Je suis persuadée qu’il a choisi la seule solution possible ! » Et elle songea : Duncan ! Duncan ! Non, tu n’étais pas censé agir ainsi !

Ghanima lut la dissimulation dans sa voix et la regarda dans les yeux.

« Vous mentez, Ô, Matrice du Paradis. Je suis au courant de cette dispute que vous avez eue avec ma grand-mère. Que craignez-vous donc de nous avouer à son propos et à celui de votre précieux Duncan ? »

« Tu sais déjà tout, dit Alia, mais elle ressentit l’aiguillon de la peur devant cette accusation ouverte et ce qu’elle pouvait impliquer. La fatigue, se dit-elle, l’avait rendue imprudente. Elle se tourna vers Irulan : Occupez-vous d’elle. Il faut qu’elle…»

Ghanima l’interrompit d’un juron Fremen, particulièrement choquant dans sa bouche d’enfant. Dans le silence, elle déclara : « Vous me considérez encore comme une enfant, vous pensez que vous avez des années pour vous occuper de moi, que je finirai bien par accepter. Mais réfléchissez, Ô, Régente des Cieux : plus que quiconque, vous savez combien d’années je porte en moi. C’est leur discours que j’écouterai, non le vôtre. »

Alia réprima difficilement sa colère, sa réponse violente, et elle se contenta de soutenir le regard de Ghanima. L’Abomination ? Qu’était donc cette enfant ? Une peur nouvelle s’insinua en elle. Ghanima avait-elle accepté le compromis avec ces vies qui s’étaient installées en elle dès sa pré-naissance ?

« Il est encore temps pour toi d’entendre la raison », dit-elle.

« Et il se pourrait qu’il soit encore temps pour moi de voir le sang de Farad’n répandu par mon couteau, dit Ghanima. Cela dépend… Si jamais on me laisse seule avec lui, il est certain que l’un de nous deux périra. »

« Tu crois que tu aimais ton frère plus que moi ? demanda Irulan. Tu joues un jeu stupide ! J’ai été un peu sa mère tout comme je l’ai été pour toi. J’ai été…»

« Vous ne l’avez jamais connu, dit Ghanima. Vous tous, sauf parfois ma très chère tante, persistez à nous considérer comme des enfants. Vous êtes des sots. Alia sait. Regardez comme elle évite…»

« Je n’évite rien », dit Alia, mais elle se détourna d’Irulan et de Ghanima et fixa les deux amazones qui faisaient semblant d’ignorer la dispute. Elles avaient renoncé à s’intéresser à Ghanima. Peut-être éprouvaient-elles de la sympathie pour elle. Ulcérée, Alia les renvoya. Elles s’exécutèrent avec un soulagement manifeste.

« Vous vous dérobez », reprit Ghanima.

« J’ai choisi de vivre comme il me convient », dit Alia, pivotant sur elle-même pour considérer Ghanima assise en tailleur sur le lit. Était-il possible qu’elle eût conclu ce terrible pacte intérieur ? Alia tenta d’en percevoir les signes, mais demeura incapable d’en déceler le moindre indice. Elle s’interrogea : « A-t-elle pu voir cette chose en moi ? Comment l’aurait-elle pu ? »

« Vous craignez d’être la fenêtre d’une multitude », l’accusa Ghanima. » Mais nous, les pré-nés, nous savons. Vous serez leur fenêtre, que vous le vouliez ou non. Vous ne pouvez les renier. » Et elle pensa : Oui. Je te connais pour ce que tu esAbomination. Et peut-être deviendrai-je ce que tu es, mais sur l’heure je ne puis avoir pour toi que de la pitié et du mépris.

Un rideau de silence s’abattit entre Ghanima et Alia, presque palpable, et cela alerta les réflexes Bene Gesserit d’Irulan. Elle les dévisagea tour à tour :

« Pourquoi vous taisez-vous ainsi tout d’un coup ? »

« Il m’est venu une pensée qui demande beaucoup de réflexion », dit Alia.

« Réfléchissez tant que vous voudrez, chère tante », ricana Ghanima.

Alia, surmontant sa colère engendrée par la fatigue, fit :

« C’est assez. Laissons-la réfléchir. Peut-être deviendra-t-elle raisonnable. »

Irulan se leva :

« L’aube est proche. Ghani, veux-tu entendre, avant que nous te quittions, le dernier message de Farad’n ? »

« Sûrement pas, dit Ghanima. Et cessez désormais de m’appeler par ce diminutif ridicule : Ghani ! Il ne fait que renforcer l’idée ridicule que je suis une enfant que vous pouvez…»

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