Les enfants de Dune [Children of Dune - fr]
- Автор: Херберт Фрэнк
- Серия: Dune (fr) #3
- Год: 1978
- Язык: французский
- Год: Robert Laffont
- ISBN: 2-221-00045-5
- Переводчик: Мишель Демют
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «Les enfants de Dune [Children of Dune - fr]». Краткое содержание книги:
C’est alors que se jouent les destins des enfants de Dune.
Leto et Ghanima, les jumeaux nés de Paul et de Chani, se sont éveillés à la conscience dans le ventre de leur mère et portent en eux les mémoires héréditaires d’innombrables générations. Il leur faut les dompter s’ils veulent échapper à l’Abomination redoutée par les Sœurs du Bene Gesserit à la possession par un spectre surgi de ce passé génétique.
Il leur faut aussi déjouer les complots s’ils veulent survivre, refondre l’univers humain ébranlé par le Jihad et régner à leur tour sur Dune.
Voici enfin le troisième volet de l’épopée la plus fascinante de toute la science-fiction moderne. Un grand roman historique situé dans l’avenir lointain.
Dans huit mille ans.
Vers le soir, il s’éveilla, reposé, guettant des signes de vie. Il s’extirpa de son linceul de sable. Des nuages de poussière défilaient dans le ciel dans une direction, mais des grains de sable venaient frapper sa joue selon une autre orientation – un signe certain que le temps allait changer. Il sentit qu’une tempête approchait.
Avec précautions, il se hissa vers le sommet de la dune et observa l’énigmatique rocher. La masse d’air approchante était jaune. Tous les signes annonçaient une tempête de Coriolis, le vent qui portait la mort, un formidable ruban de sable furieux qui pouvait couvrir quatre degrés de latitude. L’étendue désolée et blanchâtre de gypse était maintenant entièrement jaune, reflétant les grands nuages de poussière. Le jour mourut soudain et ce fut la nuit, la nuit brutale du Désert Intérieur. Les rochers furent changés en pics anguleux givrés par la clarté de la Première Lune. Des aiguilles de sable mordirent sa peau. Il y eut un grondement de tonnerre, comme l’écho de tambours lointains et, entre le clair de lune et les ténèbres, il surprit un mouvement : des chauves-souris. Il perçut le bruissement de leurs ailes, puis leurs couinements.
Des chauves-souris.
A dessein ou par hasard, il se dégageait de ce lieu un sentiment d’absolue désolation. Là devait se trouver le refuge semi-légendaire des contrebandiers : Fondak. Mais si ce n’était pas Fondak ? Si le tabou persistait et que ce rocher ne soit que la coquille du fantôme de Jacurutu ?
Leto se blottit à l’abri du vent et attendit que la nuit s’installe dans ses rythmes familiers. Patience et prudence, se dit-il. Prudence et patience. Il s’amusa en se récitant l’itinéraire de Chaucer, de Londres à Canterbury, énumérant tous les lieux à partir de Southwark : deux milles jusqu’à St Thomas, cinq milles jusqu’à Deptford, six milles jusqu’à Greenwich, cinquante-cinq milles jusqu’à Boughton sous Blean, cinquante-huit milles jusqu’à Harbledown, et soixante jusqu’à Canterbury. Il éprouva un sentiment d’intemporelle légèreté en songeant que peu d’hommes dans cet univers devaient se souvenir de Chaucer ou connaître une ville du nom de Londres, si l’on exceptait le village de la planète Gansireed. St Thomas avait été préservé par la Bible Catholique Orange et le Livre d’Azhar, mais Canterbury avait quitté la mémoire des hommes, tout comme la planète qui l’avait porté. Tel était le fardeau des souvenirs, de toutes ces vies qui menaçaient parfois de le submerger. Il avait vraiment fait ce voyage jusqu’à Canterbury, autrefois.
Mais le voyage qu’il faisait maintenant était plus long et plus dangereux.
Il rampa jusqu’au sommet de la dune, le franchit et descendit vers les rochers baignés de lune. Il se fondait dans les ombres, s’infiltrait entre les replis du sable, veillant à ne pas produire le moindre son susceptible de révéler sa présence.
Comme souvent, dans le moment qui précédait la tempête, la poussière avait disparu et la nuit était plus claire que jamais. S’il n’avait décelé aucune trace de vie durant la journée, il entendait maintenant de petites créatures nocturnes qui chassaient dans les rochers.
Brusquement, entre deux dunes, il tomba sur une famille de gerboises qui décampèrent vivement. Il fit une pause sur la crête suivante, assailli par l’anxiété. Cette fissure qu’il avait aperçue accédait-elle à une quelconque entrée ? Et d’autres questions se posaient : les anciens sietch avaient toujours été protégés par des pièges : des pointes empoisonnées disposées dans des puits camouflés, des aiguilles végétales enduites de poison… Il était pris dans les agrapha Fremen : l’oreille sensible de la nuit. Il était aux aguets du son le plus infime.
L’amas de rochers gris le surplombait, à présent. La proximité rendait ses proportions gigantesques. Leto épiait la nuit et il entendait des oiseaux invisibles au long de cette muraille, la plainte douce de proies ailées. Des oiseaux diurnes qui ne s’étaient éveillés qu’avec la nuit. Qu’est-ce qui avait fait basculer leur monde ? Les prédateurs humains ?
Brusquement, il se figea dans le sable. Du feu était apparu sur la falaise, un ballet mystérieux de gemmes sur le noir tissu de la nuit. Un signal comme ceux que les sietch envoyaient aux errants perdus dans le bled. Qui vivait là ? Il rampa dans les ombres denses, au bas des rochers, tendit la main et tâtonna, cherchant la fissure qu’il avait découverte durant le jour. Il la trouva à son huitième pas, sortit le snorkel du Fremkit et sonda les ténèbres. Il s’avança un peu plus et quelque chose s’abattit sur lui, lui liant instantanément les bras et les épaules, le clouant au sol.
Piège-à-vigne !
Il résista au réflexe de lutte qui ne pouvait que resserrer le piège végétal. Il lâcha le snorkel, parvint à replier les doigts de sa main droite et chercha le couteau à sa ceinture. Il avait agi comme un pauvre innocent en ne lançant pas quelque chose dans cette fissure, pour sonder les ténèbres, avant de s’y risquer. Mais son esprit avait été obnubilé par le feu sur la falaise.
A chaque mouvement, la vigne le serrait plus fort mais, finalement, il effleura des doigts le manche de son krys. Doucement, il commença à l’extraire de son étui.
La lumière jaillit brutalement et le paralysa.
« Haha ! Belle prise ! » C’était une voix masculine et profonde. Elle venait de derrière lui et il y décelait des résonances vaguement familières. Il voulut tourner la tête, tout en n’ignorant pas que le piège-à-vigne avait tendance à broyer les corps trop frénétiques.
Une main le débarrassa de son couteau, puis palpa son corps, prélevant les petites choses qu’il avait préparées avec Ghanima pour leur survie. Rien n’échappa à celui qui le fouillait et qu’il ne pouvait voir, rien, pas même le garrot de shigavrille qu’il avait dissimulé dans ses cheveux.
Leto n’avait pas encore vu l’homme.
Les doigts agiles se posèrent sur le piège-à-vigne et Leto put à nouveau respirer librement.
« N’essaie pas de lutter, Leto Atréides, dit la voix. Ton eau est dans ma coupe. »
Leto, par un suprême effort, parvint à demeurer calme.
« Vous connaissez mon nom ? »
« Bien sûr ! Quand on prépare un piège, c’est pour y prendre quelque chose ou quelqu’un. On attend toujours une proie précise, non ? »
Leto garda le silence mais ses pensées s’étaient mises à tourbillonner.
« Tu te sens trahi ! » dit la voix profonde. Des mains le prirent, le retournèrent, doucement mais assez fermement pour donner une preuve de puissance. Un adulte montrant à un enfant le rapport des forces.
Leto leva les yeux vers l’éblouissante lumière de deux flotteurs et discerna la forme noire du masque d’un distille, un capuchon, puis une partie du visage, la peau sombre, les yeux bleus de l’épice.
« Tu te demandes pourquoi nous nous sommes donné tout ce mal », dit l’homme. Sa voix semblait curieusement étouffée, comme s’il voulait dissimuler un accent.
« Il y a longtemps que je ne m’étonne plus du nombre de gens qui veulent assassiner les jumeaux Atréides, dit Leto. Leurs motifs sont évidents. »
Son esprit tournait furieusement, comme à l’intérieur d’une cage, lançant frénétiquement des questions dans l’inconnu. Un piège ? Mais personne ne savait, hormis Ghanima. Impossible. Jamais Ghanima ne trahirait son frère. Quelqu’un qui le connaissait au point de prévoir ses actes ? Qui ? Sa grand-mère ?