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Prestimion le Coronal [Lord Prestimion - fr]

Электронная книга - «Prestimion le Coronal [Lord Prestimion - fr]». Краткое содержание книги:

Vainqueur de la guerre des Sorciers, Prestimion, qui a manqué d’y perdre la vie, a payé chèrement le titre de Coronal. La fine fleur de Majipoor a été décimée, le monde ravagé, et la belle Thismet, la grande passion de Prestimion, est morte dans les combats.
Prestimion a décidé de rendre la paix à la planète géante et d’effacer de toutes les mémoires, avec l’aide de deux mages, le souvenir du conflit atroce et de tous ceux qui ont péri. Seuls deux de ses compagnons d’armes et lui-même en garderont la trace indélébile dans leurs souvenirs.
Mais comment Prestimion pourrait-il exulter de joie durant la cérémonie de son couronnement alors que ce secret lui pèse ? Et comment pourrait-il prendre femme comme le doit un Coronal alors qu’il demeure obsédé par l’image de Thismet ?
Pire, le charme d’oubli a creusé dans les esprits un vide insidieux que vient souvent remplir la folie. La sédition gronde. La violence menace à nouveau de ravager Majipoor.
Prestimion saura-t-il guérir les peuples dont il a la charge, et se sauver lui-même en retrouvant l’amour ?
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Les Ghayrogs les conduisirent ensuite au milieu des ruines. Seuls les contours de la cité demeuraient visibles, essentiellement les fondations des bâtiments, çà et là une tour détruite par le feu ou deux pans de murs soutenus par les arbres poussant au milieu, vestiges de ce qui avait pu être un entrepôt, un temple ou un palais. La plupart des constructions étaient depuis longtemps enveloppées par les arbres géants au large tronc dont les branches encerclaient entièrement et dissimulaient ce qui les avait soutenus quand ils étaient jeunes. La cité, déclara le vieux Ghayrog, s’appelait Diarwis, un nom qui ne disait rien ni à Prestimion ni à ses compagnons.

— Elle remonte à l’époque de lord Stiamot, n’est-ce pas ? fit Prestimion.

— Non, pas du tout, répondit le Ghayrog avec un rire âpre. Vous tenez cela des enfants ? Ce sont des ignorants. Le peu d’histoire que je m’efforce de leur enseigner entre par une oreille et sort par l’autre… Non, la cité est bien plus récente. Elle a été abandonnée il y a seulement neuf cents ans.

— Il n’y a donc pas eu d’attaque des Métamorphes ?

— Ils ont dit cela aussi ? Mais non, ce n’est qu’un mythe. Les Métamorphes avaient déjà quitté Alhanroel depuis longtemps. Cette cité s’est détruite toute seule.

Et le vieux Ghayrog entreprit de conter l’histoire d’un duc cruel et hautain, de la révolte des serfs qui labouraient ses champs, de l’assassinat de trois membres de la famille du duc et des représailles sanglantes qu’il avait exercées. Un second soulèvement maté d’une main de fer par le duc avait conduit à son propre assassinat et à l’abandon de la cité par les serfs comme par les seigneurs. Il ne restait plus assez de survivants pour que la vie urbaine perdure.

Prestimion écouta en silence, la mine sombre, le récit de ce fragment d’histoire inconnu.

Comme tous les princes du Château destinés à occuper une position élevée dans le gouvernement, il s’était plongé dans l’étude des annales de Majipoor. L’histoire de la planète était dans son ensemble étonnamment paisible, sans effusion de sang d’importance entre les campagnes de Stiamot contre les Métamorphes et la guerre civile qui avait opposé Prestimion à Korsibar.

Jamais il n’avait lu de récit de serfs révoltés et d’un duc assassiné. Cette histoire allait contre tout ce qu’il voulait croire sur les mœurs fondamentalement paisibles de la population de Majipoor qui avait appris depuis longtemps à régler ses querelles par des moyens moins violents. Il aurait préféré entendre que la destruction de cette cité était l’œuvre des Métamorphes ; l’Histoire faisait état de violents affrontements entre les humains et les Changeformes, même s’ils remontaient à une époque bien antérieure à la destruction de cette cité.

Bekrimiin informa ses hôtes qu’ils pouvaient passer la nuit chez lui et rester aussi longtemps qu’ils le désiraient. Mais Prestimion en avait plus qu’assez de cet endroit qui commençait à assombrir son humeur.

— Remercie-le, dit-il à Gialaurys. Donne-lui de l’argent et dis-lui qu’il a reçu le Coronal chez lui. Nous reprendrons la route tout de suite après. Quand nous serons de retour au Château, ajouta-t-il en se tournant vers Abrigant, tu réuniras tous les documents que tu pourras trouver sur cette cité. J’aimerais étudier plus profondément son histoire.

— Il se peut qu’il n’y ait rien dans les archives, glissa Septach Melayn. Rien ne dit, monseigneur, que la suppression de faits considérés comme désagréables soit une invention de notre époque.

— Tu as peut-être raison, grommela Prestimion.

Il sortit par la porte de la cité et resta un moment au pied du grand arbre qui serrait le mur d’enceinte dans son étreinte dévorante ; il n’articula que quelques mots jusqu’à la fin de la journée.

Ils arrivèrent ensuite dans la région d’Arvyanda. Chaque fois que quelqu’un mentionnait ce nom, c’était toujours dans l’expression « Arvyanda aux collines dorées », ce qui faisait venir à l’esprit de Prestimion l’image de collines fauve et arides, au cœur d’une région connaissant de longs étés de sécheresse, comme c’était souvent le cas plus au nord. Il se demanda comment des collines pouvaient être dorées dans cette région tropicale à la végétation luxuriante, arrosée de fréquentes chutes de pluie. À moins que le métal jaune soit extrait dans les environs ?

Il eut rapidement la réponse à ces questions ; ce n’était aucune des deux hypothèses. Un arbre au tronc épais et aux larges feuilles en forme de bateau poussait en quantité sur les collines d’Arvyanda, à l’exclusion ou presque des autres essences ; sous le soleil tropical, ces feuilles innombrables, rigides et évasées, d’une texture qui paraissait presque métallique, réfléchissaient l’éclatante lumière dorée comme si toute la contrée avait été recouverte d’une couche d’or.

Dans la cité d’Arvyanda, leurs questions sur Dantirya Sambail ne produisirent pas de résultats tangibles. Nul n’était disposé à affirmer avoir vu passer le Procurateur, même si, selon quelques rumeurs, des étrangers patibulaires avaient traversé quelques semaines auparavant les faubourgs de la ville. Étaient-elles volontairement vagues ou bien les habitants d’Arvyanda étaient-ils tout simplement stupides et dépourvus du sens de l’observation ? Difficile à dire, mais il ne semblait pas y avoir grand-chose à tirer d’eux.

— Veux-tu continuer ? demanda Septach Melayn à Prestimion.

— Jusqu’à la côte, oui.

De l’autre côté d’Arvyanda se trouvaient les célèbres mines de topaze de Zeberged. C’est la forme transparente de la pierre fine qu’on y trouvait, limpide comme le cristal et, après le polissage, d’un brillant sans égal. Mais le soleil était si éclatant sur le sol pierreux de Zeberged que les affleurements de topaze étaient invisibles de jour à cause de la réverbération. Les mineurs n’arrivaient donc qu’au crépuscule, à l’heure où les topazes chatoyaient aux derniers rayons du soleil, et déposaient des coupes sur les pierres pour marquer leur emplacement. Ils revenaient le lendemain matin pour dégager la portion de roche renfermant les pierres qu’ils remettaient aux artisans chargés de les polir.

Prestimion observa cela avec intérêt. Les mineurs de Zeberged lui offrirent de merveilleuses pierres de la plus belle eau, mais ne purent fournir aucun renseignement sur Dantirya Sambail.

Après Zeberged le ciel se chargea de nuages sombres et lourds comme une ouate opalescente. Ils entraient dans le district pluvieux de Kajith Kabulon, où un massif montagneux en forme de coin accrochait toutes les brumes en provenance des mers du Sud et les transformait en pluie. Il ne leur fallut pas longtemps pour atteindre la zone des précipitations ; à partir de là, ils ne virent plus le soleil pendant plusieurs jours.

La pluie tombait avec un bruit de roulement, continûment, ne s’interrompant que pour de rares heures de sursis.

La jungle de Kajith Kabulon était d’un vert omniprésent. Une prodigalité d’arbres et d’arbustes s’élançait partout vers le ciel, leurs troncs rayés d’éclatantes bandes de lichens rouges et jaunes, les seules taches de couleur vive, leurs feuillages rémois par un enchevêtrement impénétrable de plantes épiphytes formant une voûte continue sur laquelle la pluie tambourinait et ruisselait.

Le sol spongieux était recouvert d’un épais matelas de mousse où quelques filets d’eau et des flaques réfléchissaient la lumière verdâtre de telle manière qu’il était souvent impossible de savoir si elle venait du ciel ou montait du tapis végétal.

Il y avait aussi une vie animale d’une abondance confondante. Des insectes voraces à longues pattes ; des nuages de mouches ; de blanches guêpes bourdonnantes aux ailes rayées de noir. Des araignées bleues pendant en longs colliers des hautes branches des arbres. Des mouches aux yeux énormes, couleur de rubis. Des lézards écarlates mouchetés de jaune. Des crapauds coassants à tête plate. De mystérieuses créatures tapies dans les anfractuosités de la roche, qui ne montraient que des griffes velues. Et, de loin en loin, un gros animal hirsute qui ne s’approchait jamais des voyageurs, mais qu’ils voyaient de loin retourner en grognant des paquets de mousse à l’aide de sa trompe fourchue pour y chercher de la nourriture. Dans la pénombre verte, tout prenait des formes étranges ; de longs caméléons avaient l’apparence de brindilles grises, des serpents se faisaient passer pour des plantes rampantes alors que d’autres plantes ressemblaient à s’y méprendre à des serpents. Des troncs pourris au milieu des ruisseaux pouvaient facilement être pris pour des gurnigongs à l’affut. Un matin, Gialaurys, agenouillé au bord de l’eau pour se laver le visage, vit ce qu’il croyait être un tronc flottant à deux mètres de lui se dresser en grognant sur quatre pattes courtes et s’éloigner lentement avec force claquements de son long museau garni de dents puissantes, furieux d’avoir été dérangé.

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