Prestimion le Coronal [Lord Prestimion - fr]
- Автор: Силверберг Роберт
- Серия: Majipoor (fr) #6
- Год: 2000
- Язык: французский
- Год: Robert Laffont
- ISBN: 2-221-08929-4
- Переводчик: Patrick Berthon
- Жанр: Фэнтези
Электронная книга - «Prestimion le Coronal [Lord Prestimion - fr]». Краткое содержание книги:
Prestimion a décidé de rendre la paix à la planète géante et d’effacer de toutes les mémoires, avec l’aide de deux mages, le souvenir du conflit atroce et de tous ceux qui ont péri. Seuls deux de ses compagnons d’armes et lui-même en garderont la trace indélébile dans leurs souvenirs.
Mais comment Prestimion pourrait-il exulter de joie durant la cérémonie de son couronnement alors que ce secret lui pèse ? Et comment pourrait-il prendre femme comme le doit un Coronal alors qu’il demeure obsédé par l’image de Thismet ?
Pire, le charme d’oubli a creusé dans les esprits un vide insidieux que vient souvent remplir la folie. La sédition gronde. La violence menace à nouveau de ravager Majipoor.
Prestimion saura-t-il guérir les peuples dont il a la charge, et se sauver lui-même en retrouvant l’amour ?
— Comme nous avons dû leur faire peur ! poursuivit Prestimion. J’espère qu’ils n’ont pas sorti la première histoire qui leur passait par la tête pour nous faire décamper au plus vite.
— Il faut du courage pour mentir au Coronal, glissa Abrigant. Je n’ai pas senti un atome de courage dans toute cette cité.
— Ils ont dit la vérité, déclara Maundigand-Klimd. Je sens la présence de leurs cierges incantatoires sur notre route. Regardez : là et là. Ils ont déjà brûlé, mais il en reste des traces. Nous allons dans la bonne direction.
— Les habitants de Ketheron sont des êtres craintifs et inoffensifs, dépassés par la situation, et nous les avons terriblement effrayés, reprit Prestimion. Il faut faire quelque chose pour eux. Rappelle-moi de leur faire construire un nouveau pont, ajouta-t-il en se tournant vers Septach Melayn. Celui-ci a sa place dans un musée.
— La construction des ponts relève de la compétence du Pontife, grommela Septach Melayn. C’est la signification de son titre : bâtisseur de ponts. Un mot très ancien, plusieurs millions d’années.
— Rien n’a plusieurs millions d’années, objecta Abrigant. Pas même les étoiles.
— Plusieurs milliers, si vous y tenez.
— La paix, vous deux ! lança sèchement Prestimion. Que les autorités qualifiées en soient informées : un nouveau pont pour Ketheron. Et plus de chicaneries.
À quoi bon être Coronal, se demanda-t-il, s’il fallait s’y reprendre à deux fois pour faire accepter ses décisions par son propre entourage et les rendre effectives ?
Au sud de la rivière, la couleur dominante du paysage commença à perdre de sa force ; les traînées de terre se faisaient plus nombreuses au fil du trajet, jusqu’à ce que le sol ait repris un aspect normal. C’est avec un certain soulagement qu’ils laissaient tout ce jaune derrière eux. La couleur éclatante, aussi étrange qu’elle fût, finissait par engourdir l’esprit par son intensité même et la monotonie du paysage soufré avait commencé à devenir oppressante.
Ils bivouaquèrent cette nuit-là dans les contreforts d’un massif de montagnes qui se dressait devant eux. Prestimion reçut dans son sommeil un message de la Dame de l’île.
Il était rare que le Coronal en exercice reçoive un message, mais pas seulement parce que la coutume voulait que la Dame soit sa propre mère. Les messages étaient destinés à guider les âmes ; une Puissance du Royaume ne prenait pas d’ordinaire la liberté de prodiguer des conseils à une autre. Mais il arrivait que lorsqu’un Coronal, en période de crise, se trouvait devant une décision à prendre, la Dame de l’île se permette d’intervenir avec sa sagesse. Ce soir-là, Prestimion ferma les yeux et sombra aussitôt dans le sommeil ; il se sentit plonger dans l’état de transe annonciateur d’un message. Il perçut la musique mélodieuse du domaine de la Dame et se laissa glisser à l’intérieur d’un pavillon bas de marbre d’un blanc immaculé, décoré de pots d’arbustes odorants en fleurs, alabandinas, tanigales, d’autres encore. Il se trouva face à la princesse Therissa, Dame de l’île, sa mère et la mère de toute la planète, qui lui tendait les mains en souriant.
Elle paraissait aussi jeune que jamais, car elle était de ces femmes sur lesquelles l’âge semble n’avoir pas de prise. Son épaisse chevelure de jais n’avait rien perdu de son luisant depuis qu’elle avait pris ses nouvelles fonctions. Son front était ceint du diadème d’argent de sa charge. Sur le devant de sa robe, comme toujours, reposait le Rubis de Muldemar, ce joyau extraordinaire qui était dans la famille depuis quatre mille ans, une pierre d’un rouge profond enchâssée dans une monture en or.
Thismet se tenait à ses côtés.
C’est du moins ce que crut Prestimion dans un premier temps. Cette jeune femme aux traits délicats et aux yeux pétillants de malice ne pouvait être que Thismet. Mais pendant que la surprise et l’embarras se propageaient dans son esprit – pourquoi Thismet serait-elle en compagnie de la Dame dans ce message alors qu’il croyait en avoir enfin fini avec la tragédie de sa mort et qu’il pouvait recommencer à vivre ? –, tout se transforma comme les choses se transforment souvent dans les rêves et il vit de la manière la plus nette que la femme qui se tenait aux côtés de sa mère n’était pas Thismet, n’avait jamais été Thismet, ne pouvait être Thismet, C’était Varaile. Comme il est étrange, se dit-il, que je l’ai prise pour Thismet. Chacune était belle et attirante à sa manière, mais la grande Varaile au corps bien en chair ne ressemblait aucunement à la petite princesse au corps gracile que Prestimion avait aimée et perdue pour toujours.
Il se rendit compte que sa mère était en train de parler. Mais il semblait y avoir entre eux une sorte de barrière qui l’empêchait de comprendre ses paroles. Comme si l’air avait été trop dense dans ce pavillon ou l’arôme des fleurs trop puissant. Elle continuait de parler, sans cesser de sourire, avec des gestes de tendresse dans sa direction, dans celle de Varaile et pour elle-même. À force de tendre l’oreille, il finit par comprendre.
— Connais-tu cette femme, Prestimion ? disait la Dame. Son nom est Varaile. Elle vit à Stee.
— Oui, mère, je la connais. Oui.
— Elle a le port d’une reine.
— Et reine elle sera, déclara Prestimion. Ma reine, qui vivra à mes côtés au Château.
— Tu le veux vraiment, Prestimion ? Dis-moi que tu le veux.
— Oh ! oui, mère ! Oui, je le veux !
En s’éveillant le lendemain matin, le rêve était encore gravé dans son esprit, comme le sont toujours les messages. Septach Melayn, qui fut le premier à le croiser, le regarda d’un drôle d’air.
— Eh bien, mon ami, fit-il en riant. On dirait que tu es dans un autre monde ce matin.
— Peut-être, répondit Prestimion.
Il lui était pourtant nécessaire de revenir à celui de tous les jours. Ils étaient encore loin de la côte méridionale et il n’y avait plus de temps à perdre s’ils voulaient rattraper Dantirya Sambail.
Ils avaient définitivement laissé derrière eux le sable jaune et l’aridité de Ketheron. L’air était devenu doux et humide, chaud et soyeux comme le velours ; les collines étaient tapissées d’une végétation verdoyante à l’aspect vernissé ; le ciel se couvrait souvent de gros nuages porteurs de pluie, mais les averses étaient de courte durée. Ils approchaient de la zone tropicale.
Trois particularités géographiques marquèrent la transition. La route quitta brusquement la plaine pour s’élever dans un paysage rempli d’escarpements ; sur leur gauche, ce qu’ils prirent de prime abord pour une montagne isolée se révéla rapidement être une chaîne entière, une longue et abrupte muraille grise couronnée d’un chapelet de sommets arrondis dont chacun était l’image exacte de son voisin, qui se succédaient le long de la ligne de faîte en une stupéfiante et chaotique profusion.
— La Montagne des Treize Doutes, annonça Maundigand-Klimd, promu gardien des cartes pour ce voyage. Tous les sommets se ressemblent et chaque col ne mène qu’à un autre col, de sorte qu’un voyageur essayant de franchir la montagne ne peut que se perdre.
— C’est ce qui va nous arriver ? interrogea Prestimion qui se demandait si le Procurateur errait en ce moment même au milieu de ces croupes rocheuses identiques.
— Non, monseigneur, répondit le Su-Suheris en secouant ses deux têtes en même temps, de ce mouvement déconcertant propre à sa race. Nous allons contourner ces montagnes, pas les franchir. Mais leur présence à l’est de notre route indique que nous avons pris la bonne direction. Il nous faut maintenant chercher la Falaise des Yeux, que nous ne devrions pas tarder à voir.