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Prestimion le Coronal [Lord Prestimion - fr]

Электронная книга - «Prestimion le Coronal [Lord Prestimion - fr]». Краткое содержание книги:

Vainqueur de la guerre des Sorciers, Prestimion, qui a manqué d’y perdre la vie, a payé chèrement le titre de Coronal. La fine fleur de Majipoor a été décimée, le monde ravagé, et la belle Thismet, la grande passion de Prestimion, est morte dans les combats.
Prestimion a décidé de rendre la paix à la planète géante et d’effacer de toutes les mémoires, avec l’aide de deux mages, le souvenir du conflit atroce et de tous ceux qui ont péri. Seuls deux de ses compagnons d’armes et lui-même en garderont la trace indélébile dans leurs souvenirs.
Mais comment Prestimion pourrait-il exulter de joie durant la cérémonie de son couronnement alors que ce secret lui pèse ? Et comment pourrait-il prendre femme comme le doit un Coronal alors qu’il demeure obsédé par l’image de Thismet ?
Pire, le charme d’oubli a creusé dans les esprits un vide insidieux que vient souvent remplir la folie. La sédition gronde. La violence menace à nouveau de ravager Majipoor.
Prestimion saura-t-il guérir les peuples dont il a la charge, et se sauver lui-même en retrouvant l’amour ?
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— La Falaise des Yeux, répéta Septach Melayn. Qu’est-ce que cela peut bien être ?

— Un peu de patience, répondit Maundigand-Klimd.

Quand ils la découvrirent Septach Melayn au regard d’aigle fut le premier à l’apercevoir –, ils comprirent aussitôt la raison de ce nom. C’était une majestueuse éminence isolée de pierre blanche, se dressant fièrement juste sur la droite de la route, dont toute la face était parsemée d’une multitude de grosses masses ovales d’une matière minérale d’un noir luisant, qui lui donnaient l’aspect d’un pudding criblé de raisins secs. L’impression était celle d’une face blanche incrustée d’une infinité d’yeux graves et noirs qui regardaient passer les voyageurs. En la voyant, Gialaurys s’empressa de faire des signes sacrés et Prestimion fut saisi d’une crainte révérencielle.

Il chercha à savoir comment cette falaise avait pu se former. Personne ne put lui répondre, comme il fallait s’y attendre. Qui pouvait savoir quelle force avait façonné le monde et pour quelle raison ? On ne s’interrogeait ni sur la nature ni sur les desseins du Divin.

La Falaise des Yeux sembla les observer sans relâche tandis qu’ils longeaient l’abrupt à l’aspect si inquiétant.

— Bientôt, reprit Maundigand-Klimd, penché sur la carte, nous allons voir les Piliers de Dvorn qui marquent la frontière entre la partie centrale d’Alhanroel et le Sud.

Ils y arrivèrent juste avant la tombée de la nuit ; deux énormes rochers gris-bleu, hauts comme dix homme et qui allaient en s’effilant pour se terminer en pointe. Ils se faisaient face de chaque côté de la route qui passait tout droit entre eux, formant une sorte de porte. Les rochers présentaient des aspérités et des saillies sur leur face externe, mais ils étaient lisses et droits sur l’autre, ce qui donnait à penser qu’il s’agissait peut-être des deux moitiés séparées d’un énorme monolithe.

— Il y a de la magie ici, murmura nerveusement Gialaurys.

— Absolument, approuva Septach Melayn d’un ton malicieux. Cet endroit est frappé d’une malédiction ; tous les vingt mille ans, les rochers s’effondrent l’un sur l’autre et malheur aux voyageurs qui passent à ce moment-là.

— Ainsi, vous connaissez la vieille légende ? fit Maundigand-Klimd.

— Une légende, répéta Septach Melayn en se tournant vers lui. Quelle légende ? Je voulais juste m’amuser un peu avec mon ami Gialaurys.

— Eh bien, vous venez de la réinventer, poursuivit le Su-Suheris. Il y a en vérité une ancienne fable Métamorphe qui dit exactement la même chose, que ces rochers ne faisaient qu’un, qu’ils s’étaient déjà déplacés et se déplaceraient encore. Une sombre prédiction ajoutait que la prochaine fois un grand roi de l’espèce humaine périrait entre eux.

— Vraiment ? fit Prestimion d’un air bravache en faisant rapidement courir son regard d’un bloc rocheux à l’autre. Je suppose que je ne risque rien, car si je suis assurément roi, personne ne dirait encore de moi que je suis un grand roi. Peut-être vaudrait-il mieux, pour ne courir aucun risque, chercher une autre route vers le Sud, ajouta-t-il avec un clin d’œil à l’attention de Septach Melayn.

— Le Pontife Dvorn, expliqua le Su-Suheris, a fait poser de chaque côté de la route des plaques magiques portant des inscriptions runiques destinées à éviter que cela se produise. Il est vrai que cela se passait il y a treize mille ans et que les plaques ont depuis longtemps disparu. Vous voyez ces légers renfoncements carrés en hauteur ? C’est là qu’elles se trouvaient, s’il faut en croire la légende. Mais je pense que nous avons de bonnes chances de passer sans accident.

De fait, les Piliers de Dvorn ne bougèrent pas au passage du convoi royal. De l’autre côté, l’aspect du paysage changea du tout au tout. La végétation se fit plus dense en raison de l’augmentation de la chaleur et de l’humidité, des élévations de terrains aux courbes douces et au sommet arrondi remplacèrent les éminences escarpées.

À en croire les cartes de Maundigand-Klimd, il n’y avait pas une seule agglomération à moins de quatre-vingt kilomètres des Piliers. Mais à peine dix minutes plus tard, les voyageurs tombèrent sur un semblant de route partant sur la droite en direction d’un groupe de collines basses ; Septach Melayn fixa son regard d’aigle sur les collines et annonça qu’il distinguait à mi-pente une rangée de murs de pierre à demi enfouis sous la végétation buissonneuse. Cela piqua la curiosité de Prestimion qui envoya Abrigant et deux hommes en reconnaissance. Ils revinrent quinze minutes plus tard pour annoncer qu’ils avaient découvert une ville en ruine dont les seuls habitants étaient une famille de fermiers Ghayrogs ayant élu domicile dans les vestiges des bâtiments anciens. Tout ce qui restait, à en croire un des Ghayrogs, d’une grande métropole du temps de lord Stiamot, dont la population avait été massacrée par les Changeformes au cours des Guerres des Métamorphes.

— C’est impossible, fit Maundigand-Klimd en secouant ses deux têtes. Lord Stiamot vivait il y a soixante-dix siècles. Sous ce climat, la jungle aurait englouti depuis longtemps une cité abandonnée.

— Allons jeter un coup d’œil, déclara Prestimion.

Le flotteur s’engagea sur la petite route partant de l’embranchement, qui, au bout de quelques centaines de mètres, se réduisit à un chemin de terre s’élevant en pente douce vers les collines. Les murs de la cité en ruine leur apparurent. C’était un ouvrage de pierre d’une certaine importance, haut de près de cinq mètres sur presque toute sa longueur, mais en grande partie enseveli sous les buissons et les plantes grimpantes. À gauche de la porte de la cité se dressait un arbre immense à l’écorce gris clair dont la myriade de branches s’aplatissant au contact du mur semblait se fondre dans la pierre de sorte qu’il était difficile de savoir où s’arrêtait l’arbre et où commençaient les ruines.

Deux robustes jeunes Ghayrogs s’avancèrent à leur rencontre. Nus tous deux. Mais il était impossible de savoir s’il s’agissait de garçons ou de filles : les organes sexuels des Ghayrog mâles n’apparaissaient que lorsqu’ils étaient en état d’excitation et les seins des femelles n’étaient visibles que lorsqu’elles allaitaient leurs petits. Les Ghayrogs étaient des mammifères, mais comment ne pas les considérer de prime abord comme des reptiles ? Ces deux-là avaient le corps couvert d’écailles brillantes et quatre puissants membres tubulaires ; leurs yeux verts et froids ne cillaient jamais, leur langue écarlate et fourchue allait et venait constamment entre les lèvres dures et minces ; en guise de cheveux, une masse de grosses boucles noires se tortillait comme des serpents sur leur tête.

Ils saluèrent les visiteurs avec une sorte d’indifférence courtoise et leur demandèrent d’attendre l’arrivée de leur grand-père. Il apparut peu après, s’avança lentement vers eux en claudiquant.

— Je m’appelle Bekrimiin, fit le vénérable Ghayrog avec un geste heurté mais chaleureux de bienvenue. Nous sommes très pauvres, poursuivit-il après avoir attendu en vain que Prestimion se présente, mais nous partagerons de tout cœur notre modeste repas.

Sur un signe de Bekrimiin, les jeunes Ghayrogs apportèrent en guise d’assiettes des feuilles géantes, en forme de cœur, d’un arbre poussant à proximité, sur lesquelles ils avaient placé une sorte de féculent en purée, à l’évidence fermenté et fortement épicé. Prestimion en prit un peu et mangea en feignant de trouver la nourriture à son goût. Quelques autres l’imitèrent, mais ni Gialaurys ni le raffiné Septach Melayn ne firent mine d’y goûter. Une boisson sucrée, légèrement pétillante – un vin ou une bière, Prestimion n’aurait su le dire – accompagna ce plat.

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