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Электронная книга - «La victoire d'Angélique». Краткое содержание книги:

La victoire d'Angélique
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Il semblait ignorer qu'il y avait en Nouvelle-France un nouveau gouverneur.

– Alors, si ce n'est pas ce sinistre pantin... ou sa démone de femme qui vous envoient... Alors c'est « lui », fit-elle les yeux étincelants, c'est « lui » dont vous venez de hisser l'étendard qui vous envoie, toujours « lui » notre ennemi acharné, même mort. Et vous êtes son instrument docile.

– Angélique, s'écria-t-il, il faut que vous compreniez !...

Il fit un pas en avant.

Elle se rejeta à l'abri du créneau, le tenant toujours en joue.

– N'approchez pas !

Il suspendit sa marche.

Il parlait avec douceur comme pour essayer d'amadouer sa fureur. Il disait que, se trouvant en campagne depuis plus d'un mois, on leur avait signalé un parti d'Iroquois qui rôdait du côté du Kennébec.

C'est alors que, passant au large de Wapassou, il avait eu une inspiration du ciel qui donnait réponse à bien des questions crucifiantes qu'il se posait depuis de longs mois.

– Je sus que l'heure était venue de remplir une mission à laquelle je m'étais jadis dérobé.

– Je comprends ! Renouveler le coup manqué de Katarunk... Sans songer que vous vous attaquiez à moi et à mes enfants.

– Je ne pouvais me douter que vous étiez présente. On avait annoncé votre départ à vous et M. de Peyrac, comme chaque été.

– Et vous êtes venu comme un voleur !... Comme à Katarunk, une fois de plus !

Il ne voulait pas l'entendre, poursuivait ce qu'il avait à dire afin de pouvoir exécuter jusqu'au bout sa mission comme il serait monté au calvaire.

– Vous allez nous suivre, Madame, avec vos enfants et vos serviteurs. De Wapassou, nous descendrons jusqu'à la Baie Française afin de remettre la main sur ce merveilleux pays d'Acadie. La saison le permet encore.

– Et vous comptez sur moi pour vous livrer nos établissements du Kennébec et du Penobscot, et vous ouvrir le chemin de Gouldsboro ?

– Mon amie, répondit-il. Vous êtes une femme, une femme charmante et que je ne veux point juger, mais une femme. Il faut que vous compreniez. Ni vous, ni votre époux ne pourrez avoir raison contre un saint. En mourant, Sébastien d'Orgeval nous a montré la voie et a replacé les choses dans leur vérité. Le doute et la recherche d'autres voies mènent à l'hérésie. L'oubli des interdits, au péché.

« Nous devons fustiger le Mal.

– Vous vous égarez. Le Mal n'est pas là où vous croyez le voir. Vous êtes, vous avez toujours été , notre ami.

– Je fus aveugle comme Adam. Vous fûtes pour moi la tentation. Je m'en suis aperçu trop tard. Mais rendez-vous, Madame. Et vous serez pardonnée.

– Vous êtes fou. Tout ce que vous dites là est faux et vous le savez ! Chevalier, revenez à vous ! Réveillez-vous. Elle n'est pas ici, la Femme tentatrice. Elle n'est pas ici. Vous êtes trahi... Vous êtes trahi par vous-même... Reprenez-vous... Ramenez vos troupes. Rassemblez vos sauvages... Laissez-nous en paix.

Elle eut peut-être tort d'ajouter.

– Wapassou ne vous appartient pas et je le défendrai jusqu'au bout. En agissant comme vous le faites, vous violez les traités et vous désavouez le roi.

Il se raidit, cinglé.

– Toute parcelle de la Terre appartient à Dieu, fit-il en forçant sa voix, et doit être remise aux mains de ceux qui le servent selon ses lois. Il a été dit : « Qui n'est pas avec Moi est contre Moi... »

Il paraissait être la proie d'un tourbillon de pensées contraires qui défiguraient d'angoisse son beau visage.

– Vous fûtes la tentation, répéta-t-il. Je ne voulais pas le savoir, et pourtant tout est toujours semblable et recommence. L''éternelle tragédie. La femme qui toujours égara l'homme nommé gardien des préceptes et de la volonté de Dieu. J'aurais dû m'en souvenir et ne pas oublier qu'Adam succomba à cette voix tentatrice qui lui travestissait l'erreur.

Soudain Angélique ressentit la fatigue de ses bras qui soutenaient le pesant mousquet. Elle ne s'était pas assez entraînée au cours de l'année. La crispation de ses épaules lui infligeait une douleur aiguë qui se répercutait dans la nuque et jusqu'aux muscles de son visage mobilisés pour permettre de ne point perdre de vue sa cible.

À la pointe de son canon, il y avait cet homme vêtu de gris, une croix blanche sur la poitrine comme un signe de sa folie mystique, et qui continuait lentement d'avancer en prononçant des paroles qu'elle recevait comme aberrantes... et même stupides.

« Surtout stupides... » pensa-t-elle en ayant envie de crier d'exaspération.

Elle l'avait connu si proche et si transformé, habité de lumière et de vérité, ne redoutant pas de quitter les anciennes routes pour essayer de percevoir plus loin d'autres aspects du message oublié.

Où était-il, son ami de Québec qui avait posé si chastement ses lèvres sur les siennes dans le jardin du gouverneur ?...

L'officier, le gentilhomme, le chevalier de Malte qui était là, cherchant à la ramener pour sa perte dans les arcanes soi-disant religieux d'un jeu politique de guerres et de massacres sans fin, n'était que sa défroque, privée d'âme. « L'autre », le fanatique, le jésuite, son ami de prédilection, s'était emparé de lui et lui avait rongé le cœur.

Elle savait maintenant qu'il la regardait avec d'autres yeux, les yeux du jésuite mort, et que, contre sa vision, elle n'avait plus d'argument.

Et voilà qu'il recommençait d'avancer.

– Arrêtez ! Arrêtez ! hurla-t-elle. N'approchez pas !

Elle se dressa, prise de folie elle aussi, submergée de désespoir devant le fantôme de son ami le chevalier qui s'était laissé envahir par la volonté d'un autre, qui s'était laissé prendre, sans même le savoir, dans les rets de la complice démoniaque du jésuite, Ambroisine, présente en terre de Canada, et qui s'avançait avec un visage irradié de douceur alors qu'elle le suppliait de s'arrêter ; elle se dressa, éperdue de douleur et de révolte, effrayée de son impuissance, affolée à l'idée qu'elle pourrait céder à la tentation de se rendre, pour en finir et ne pas le perdre, dont elle se sentait envahie, prise de panique en voyant fondre sa volonté de résistance, en découvrant que sa certitude de devoir défendre coûte que coûte Wapassou commençait à être ébranlée, qu'allait se troubler la lucidité qui lui faisait comprendre que si elle se rendait, ce serait pire, ce serait sa perte et celle de ses enfants à brève échéance, que par sa reddition elle livrerait les siens et leurs œuvres à la dispersion et à l'effacement, que par sa défaillance elle abandonnait Joffrey qui, au loin, luttait pour eux en comptant sur sa vaillance à elle, qu'elle le trahissait, le dépouillant de tout, le frappant une ultime et dernière fois, et cette fois, ce serait elle qui l'aurait frappé.

« Ils » auraient réussi cela, par la fin. Consommer la perte de l'homme « au-dessus des autres » et surtout celle de leur amour, leur insultant amour. Jamais !

Elle se dressa donc, et elle était hagarde, luttant contre les formes évanescentes des monstres invisibles, nés de ses paroles, qu'elle sentait se jeter sur elle pour la paralyser et la bâillonner, et elle cria d'une voix changée qui résonna loin sur l'horizon des bois et des montagnes :

– Vous vous trompez ! Le serpent n'est pas ici !... Il est là-bas, d'où vous venez... Il vous a étreint de ses anneaux... Il s'est emparé de vous, M. de Loménie. Et il vous étouffe... il vous étouffe !...

Tout à coup, comprenant qu'il pouvait jouer de leur dialogue, de son affolement pour lui faire lâcher son arme, qu'elle s'exposait ainsi debout à la balle de quelque tireur embusqué, elle se rejeta à l'abri du créneau, épaula de nouveau, le doigt sur la détente, la joue contre le fût de l'arme dont elle sentit les sculptures de la crosse lui entrer dans la chair et la mordre, mais elle n'en éprouva qu'une sorte de volupté rageuse.

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