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George Dandin ou le Mari confondu

Электронная книга - «George Dandin ou le Mari confondu». Краткое содержание книги:

GEORGE DANDIN ou LE MARI CONFONDU est une comédie en trois actes et en prose que Molière écrivit à la prière de Louis XIV pour qu'elle pût être jouée à l'occasion des fêtes données en 1668 pour célébrer la victoire de la France et le Traité d'Aix-la-Chapelle. En fait, Molière a simplement transposé une de ses farces de campagne, «La Jalousie du barbouillé». Intermède musical de J.B. Lully.
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Mme de Sotenville. Vous devez considérer que c’est une fille élevée à la vertu, et qui n’est point accoutumée à se voir soupçonner d’aucune vilaine action. Adieu. Je suis ravie de voir vos désordres finis et des transports de joie que vous doit donner sa conduite.

George Dandin, seul. Je ne dis mot, car je ne gagnerais rien à parler, jamais il ne s’est rien vu d’égal à ma disgrâce. Oui, j’admire mon malheur, et la subtile adresse de ma carogne de femme pour se donner toujours raison, et me faire avoir tort. Est-il possible que toujours j’aurai du dessous avec elle, que les apparences toujours tourneront contre moi, et que je ne parviendrai point à convaincre mon effrontée? Ô Ciel, seconde mes desseins, et m’accorde la grâce de faire voir aux gens que l’on me déshonore.

Acte III

Scène première

Clitandre, Lubin.

Clitandre. La nuit est avancée, et j’ai peur qu’il ne soit trop tard. Je ne vois point à me conduire. Lubin!

Lubin. Monsieur?

Clitandre. Est-ce par ici?

Lubin. Je pense que oui. Morgué! voilà une sotte nuit, d’être si noire que cela.

Clitandre. Elle a tort assurément; mais si d’un côté elle nous empêche de voir, elle empêche de l’autre que nous ne soyons vus.

Lubin. Vous avez raison, elle n’a pas tant de tort. Je voudrais bien savoir, Monsieur, vous qui êtes savant, pourquoi il ne fait point jour la nuit.

Clitandre. C’est une grande question, et qui est difficile. Tu es curieux, Lubin.

Lubin. Oui. Si j’avais étudié, j’aurais été songer à des choses où on n’a jamais songé.

Clitandre. Je le crois. Tu as la mine d’avoir l’esprit subtil et pénétrant.

Lubin. Cela est vrai. Tenez, j’explique du latin, quoique jamais je ne l’aie appris, et voyant l’autre jour écrit sur une grande porte «Collegium», je devinai que cela voulait dire collège.

Clitandre. Cela est admirable! Tu sais donc lire, Lubin?

Lubin. Oui, je sais lire la lettre moulée[23]; mais je n’ai jamais su apprendre à lire l’écriture.

Clitandre. Nous voici contre la maison. (après avoir frappé dans ses manins.) C’est le signal que m’a donné Claudine.

Lubin. Par ma foi! c’est une fille qui vaut de l’argent, et je l’aime de tout mon cœur.

Clitandre. Aussi t’ai-je amené avec moi pour l’entretenir.

Lubin. Monsieur, je vous suis…

Clitandre. Chut! J’entends quelque bruit.

Scène 2

Angélique, Claudine, Clitandre, Lubin.

Angélique. Claudine.

Claudine. Hé bien?

Angélique. Laisse la porte entr’ouverte.

Claudine. Voilà qui est fait.

(Scène de nuit. Les acteurs se cherchent les uns les autres dans l’obscurité.)

Clitandre, à Lubin. Ce sont elles. St.

Angélique. St.

Lubin. St.

Claudine. St.

Clitandre, à Claudine, qu’il prend pour Angélique. Madame.

Angélique, à Lubin, qu’elle prend pour Clitandre. Quoi?

Lubin, à Angélique, qu’il prend pour Claudine. Claudine.

Claudine, à Clitandre, qu’elle prend pour Lubin. Qu’est-ce?

Clitandre, à Claudine, croyant parler à Angélique. Ah! Madame, que j’ai de joie!

Lubin, ayant rencontré Angélique. Claudine, ma pauvre Claudine.

Claudine, à Clitandre. Doucement, Monsieur.

Angélique, à Lubin. Tout beau, Lubin.

Clitandre. Est-ce toi, Claudine?

Claudine. Oui.

Lubin. Est-ce vous, Madame?

Angélique. Oui.

Claudine, à Clitandre. Vous avez pris l’une pour l’autre.

Lubin, à Angélique. Ma foi, la nuit, on n’y voit goutte.

Angélique. Est-ce pas vous, Clitandre?

Clitandre. Oui, Madame.

Angélique. Mon mari ronfle comme il faut, et j’ai pris ce temps pour nous entretenir ici.

Clitandre. Cherchons quelque lieu pour nous asseoir.

Claudine. C’est fort bien avisé. (Ils vont s’asseoir au fond du théâtre, sur un gazon, au pied d’un arbre.)

Lubin, cherchant Claudine. Claudine, où est-ce que tu es?

Scène 3

Angélique, Clitandre, Claudine, assis au fond du théâtre; George Dandin, à moitié déshabillé; Lubin.

George Dandin, à part. J’ai entendu descendre ma femme, et je me suis vite habillé pour descendre après elle. Où peut-elle être allée? serait-elle sortie?

Lubin, cherchant Claudine. Où es-tu donc, Claudine? (Il prend George Dandin pour Claudine.) Ah! te voilà. Par ma foi, ton maître est plaisamment attrapé, et je trouve ceci aussi drôle que les coups de bâton de tantôt dont on m’a fait récit. Ta maîtresse dit qu’il ronfle, à cette heure, comme tous les diantres, et il ne sait pas que Monsieur le Vicomte et elle sont ensemble pendant qu’il dort. Je voudrais bien savoir quel songe il fait maintenant. Cela est tout à fait risible! De quoi s’avise-t-il aussi d’être jaloux de sa femme, et de vouloir qu’elle soit à lui tout seul? C’est un impertinent, et Monsieur le Vicomte lui fait trop d’honneur. Tu ne dis mot, Claudine. Allons, suivons-les, et me donne ta petite menotte que je la baise. Ah! que cela est doux! Il me semble que je mange des confitures. (Comme il baise la main de Dandin, Dandin la lui pousse rudement au visage.) Tubleu! comme vous y allez! Voilà une petite menotte qui est un peu bien rude.

George Dandin. Qui va là?

Lubin. Personne.

George Dandin. Il fuit, et me laisse informé de la nouvelle perfidie de ma coquine. Allons, il faut que sans tarder j’envoie appeler son père et sa mère, et que cette aventure me serve à me faire séparer d’elle. Holà! Colin, Colin.

Scène 4

Angélique et Clitandre avec Claudine et Lubin, assis au fond du théâtre; George Dandin, Colin.

Colin, à la fenêtre. Monsieur?

George Dandin. Allons vite, ici-bas.

Colin, en sautant par la fenêtre. M’y voilà: on ne peut pas plus vite.

George Dandin. Tu es là?

Colin. Oui, Monsieur.

(Pendant que George Dandin va chercher Colin du côté où il a entendu sa voix, Colin passe de l’autre et se rendort.)

George Dandin. Doucement. Parle bas. Écoute. Va-t’en chez mon beau-père et ma belle-mère, et dis que je les prie très instamment de venir tout a l’heure ici. Entends-tu? Eh? Colin, Colin.

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[23]

La lettre moulée: Les caractères d’imprimerie.

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