George Dandin ou le Mari confondu
- Автор: Мольер Жан-Батист
- Язык: французский
- Жанр: Другая драматургия
Электронная книга - «George Dandin ou le Mari confondu». Краткое содержание книги:
George Dandin. Très sûr.
M. de Sotenville. Prenez bien garde au moins; car, entre gentilshommes, ce sont des choses chatouilleuses, et il n’est pas question d’aller faire ici un pas de clerc.
George Dandin. Je ne vous ai rien dit, vous dis-je, qui ne soit véritable.
M. de Sotenville. Mamour, allez-vous-en parler à votre fille, tandis qu’avec mon gendre j’irai parler à l’homme.
Mme de Sotenville. Se pourrait-il, mon fils, qu’elle s’oubliât de la sorte, après le sage exemple que vous savez vous-même que je lui ai donné?
M. de Sotenville. Nous allons éclaircir l’affaire. Suivez-moi, mon gendre, et ne vous mettez pas en peine. Vous verrez de quel bois nous nous chauffons lorsqu’on s’attaque à ceux qui nous peuvent appartenir.
George Dandin. Le voici qui vient vers nous.
Scène 5
Monsieur de Sotenville, Clitandre, George Dandin.
M. de Sotenville. Monsieur, suis-je connu de vous?
Clitandre. Non pas, que je sache, Monsieur.
M. de Sotenville. Je m’appelle le baron de Sotenville.
Clitandre. Je m’en réjouis fort.
M. de Sotenville. Mon nom est connu à la cour, et j’eus l’honneur dans ma jeunesse de me signaler des premiers à l’arrière-ban de Nancy[11].
Clitandre. À la bonne heure.
M. de Sotenville. Monsieur, mon père Jean-Gilles de Sotenville eut la gloire d’assister en personne au grand siège de Montauban[12].
Clitandre. J’en suis ravi.
M. de Sotenville. Et j’ai eu un aïeul, Bertrand de Sotenville, qui fut si considéré en son temps, que d’avoir permission de vendre tout son bien pour le voyage d’outre-mer[13].
Clitandre. Je le veux croire.
M. de Sotenville. Il m’a été rapporté, Monsieur, que vous aimez et poursuivez une jeune personne, qui est ma fille, pour laquelle je m’intéresse, et pour l’homme que vous voyez (montrant George Dandin), qui a l’honneur d’être mon gendre.
Clitandre. Qui, moi?
M. de Sotenville. Oui; et je suis bien aise de vous parler, pour tirer de vous, s’il vous plaît, un éclaircissement de cette affaire.
Clitandre. Voilà une étrange médisance! Qui vous a dit cela, Monsieur?
M. de Sotenville. Quelqu’un qui croit le bien savoir.
Clitandre. Ce quelqu’un-là en a menti. Je suis honnête homme. Me croyez-vous capable, Monsieur, d’une action aussi lâche que celle-là? Moi, aimer une jeune et belle personne, qui a l’honneur d’être la fille de Monsieur le baron de Sotenville! Je vous révère trop pour cela, et suis trop votre serviteur. Quiconque vous l’a dit est un sot.
M. de Sotenville. Allons, mon gendre.
George Dandin. Quoi?
Clitandre. C’est un coquin et un maraud.
M. de Sotenville, à George Dandin. Répondez.
George Dandin. Répondez vous-même.
Clitandre. Si je savais qui ce peut être, je lui donnerais en votre présence de l’épée dans le ventre.
M. de Sotenville, à George Dandin. Soutenez donc la chose.
George Dandin. Elle est toute soutenue, cela est vrai.
Clitandre. Est-ce votre gendre, Monsieur, qui…
M. de Sotenville. Oui, c’est lui-même qui s’en est plaint à moi.
Clitandre. Certes, il peut remercier l’avantage qu’il a de vous appartenir, et sans cela je lui apprendrais bien à tenir de pareils discours d’une personne comme moi.
Scène 6
Monsieur et Madame de Sotenville, Angélique, Clitandre, George Dandin, Claudine.
Mme de Sotenville. Pour ce qui est de cela, la jalousie est une étrange chose! J’amène ici ma fille pour éclaircir l’affaire en présence de tout le monde.
Clitandre, à Angélique. Est-ce donc vous, Madame, qui avez dit à votre mari que je suis amoureux de vous?
Angélique. Moi? et comment lui aurais-je dit? Est-ce que cela est? Je voudrais bien le voir vraiment que vous fussiez amoureux de moi. Jouez-vous-y, je vous en prie, vous trouverez à qui parler. C’est une chose que je vous conseille de faire. Ayez recours, pour voir, à tous les détours des amants: essayez un peu, par plaisir, à m’envoyer des ambassades, à m’écrire secrètement de petits billets doux, à épier les moments que mon mari n’y sera pas, ou le temps que je sortirai, pour me parler de votre amour. Vous n’avez qu’à y venir, je vous promets que vous serez reçu comme il faut.
Clitandre. Hé! là, là, Madame, tout doucement. Il n’est pas nécessaire de me faire tant de leçons, et de vous tant scandaliser. Qui vous dit que je songe à vous aimer?
Angélique. Que sais-je, moi, ce qu’on me vient conter ici?
Clitandre. On dira ce que l’on voudra; mais vous savez si je vous ai parlé d’amour, lorsque je vous ai rencontrée.
Angélique. Vous n’aviez qu’à le faire, vous auriez été bien venu.
Clitandre. Je vous assure qu’avec moi vous n’avez rien à craindre; que je ne suis point homme à donner du chagrin aux belles; et que je vous respecte trop, et vous et Messieurs vos parents, pour avoir la pensée d’être amoureux de vous.
Mme de Sotenville, à George Dandin. Hé bien! vous le voyez.
M. de Sotenville. Vous voilà satisfait, mon gendre. Que dites-vous à cela?
George Dandin. Je dis que ce sont là des contes à dormir debout; que je sais bien ce que je sais, et que tantôt, puisqu’il faut parler net, elle a reçu une ambassade de sa part.
Angélique. Moi, j’ai reçu une ambassade?
Clitandre. J’ai envoyé une ambassade?
Angélique. Claudine?
Clitandre, à Claudine. Est-il vrai?
Claudine. Par ma foi, voilà une étrange fausseté!
George Dandin. Taisez-vous, carogne que vous êtes. Je sais de vos nouvelles, et c’est vous qui tantôt avez introduit le courrier.
Claudine. Qui, moi?
George Dandin. Oui, vous. Ne faites point tant la sucrée[14].
Claudine. Hélas! que le monde aujourd’hui est rempli de méchanceté, de m’aller soupçonner ainsi, moi qui suis l’innocence même!
George Dandin. Taisez-vous, bonne pièce[15]. Vous faites la sournoise; mais je vous connais il y a longtemps, et vous êtes une dessalée.
Claudine, à Angélique. Madame, est-ce que…
George Dandin. Taisez-vous, vous dis-je, vous pourriez bien porter la folle enchère de tous les autres[16]; et vous n’avez point de père gentilhomme.
Angélique. C’est une imposture si grande, et qui me touche si fort au cœur, que je ne puis pas même avoir la force d’y répondre. Cela est bien horrible d’être accusée par un mari lorsqu’on ne lui fait rien qui ne soit à faire. Hélas! si je suis blâmable de quelque chose, c’est d’en user trop bien avec lui.
[11]
L’arrière-ban: La convocation de tous les nobles d’une province pour servir le roi dans ses armées. La réunion de l’arrière-ban de Nancy eut lieu en 1635 et donna des résultats peu concluants.
[12]
Probablement le siège mis par Louis XIII devant Montauban en 1621 (environ un an avant la naissance de Molière) et bientôt levé devant l’indiscipline de l’armée.
[13]
Le voyage d’outre-mer: La croisade.
[14]
«On dit qu’une femme fait la sucrée lorsqu’elle est dissimulée, qu’elle fait la prude, qu’elle affecte des manières douces et honnêtes pour couvrir des coquetteries secrètes» (Dictionnaire de Furetière, 1690).
[15]
Par ironie, bonne pièce, c’est-à-dire une pièce de monnais fausse; est au figuré, une méchante personne.
[16]
Porter la folle enchère de tous les autres: Payer pour tous. Quand il y a eu folle enchère, c’est-à-dire quand l’enchérisseur a fait une offre trop haute qu’il ne peut pas payer, l’adjudication est recommencée, et les frais ainsi occasionnés sont à la charge de l’auteur de la folle enchère.