George Dandin ou le Mari confondu
- Автор: Мольер Жан-Батист
- Язык: французский
- Жанр: Другая драматургия
Электронная книга - «George Dandin ou le Mari confondu». Краткое содержание книги:
M. de Sotenville. Comment, mon gendre, vous êtes encore là-dessus?
George Dandin. Oui, j’y suis, et jamais je n’eus tant de sujet d’y être.
Mme de Sotenville. Vous nous venez encore étourdir la tête?
George Dandin. Oui, Madame, et l’on fait bien pis à la mienne.
M. de Sotenville. Ne vous lassez-vous point de vous rendre importun?
George Dandin. Non; mais je me lasse fort d’être pris pour dupe.
Mme de Sotenville. Ne voulez-vous point vous défaire de vos pensées extravagantes?
George Dandin. Non, Madame; mais je voudrais bien me défaire d’une femme qui me déshonore.
Mme de Sotenville. Jour de Dieu! notre gendre, apprenez à parler.
M. de Sotenville. Corbleu! cherchez des termes moins offensants que ceux-là.
George Dandin. Marchand qui perd ne peut rire.
Mme de Sotenville. Souvenez-vous que vous avez épousé une demoiselle.
George Dandin. Je m’en souviens assez, et ne m’en souviendrai que trop.
M. de Sotenville. Si vous vous en souvenez, songez donc à parler d’elle avec plus de respect.
George Dandin. Mais que ne songe-t-elle plutôt à me traiter plus honnêtement? Quoi? parce qu’elle est demoiselle, il faut qu’elle ait la liberté de me faire ce qui lui plaît, sans que j’ose souffler?
M. de Sotenville. Qu’avez-vous donc, et que pouvez-vous dire? N’avez-vous pas vu ce matin qu’elle s’est défendue de connaître celui dont vous m’étiez venu parler?
George Dandin. Oui. Mais vous, que pourrez-vous dire si je vous fais voir maintenant que le galant est avec elle?
Mme de Sotenville. Avec elle?
George Dandin. Oui, avec elle, et dans ma maison?
M. de Sotenville. Dans votre maison?
George Dandin. Oui, dans ma propre maison.
Mme de Sotenville. Si cela est, nous serons pour vous contre elle.
M. de Sotenville. Oui: l’honneur de notre famille nous est plus cher que toute chose; et si vous dites vrai, nous la renoncerons pour notre sang, et l’abandonnerons à votre colère.
George Dandin. Vous n’avez qu’à me suivre.
Mme de Sotenville. Gardez de vous tromper.
M. de Sotenville. N’allez pas faire comme tantôt.
George Dandin. Mon Dieu! vous allez voir. (montrant Clitandre qui sort avec Angélique.) Tenez, ai-je menti?
Scène 10
Angélique, Clitandre, Claudine, Monsieur et Madame de Sotenville, avec George Dandin, dans le fond du théâtre.
Angélique, à Clitandre. Adieu. J’ai peur qu’on ne vous surprenne ici, et j’ai quelques mesures à garder.
Clitandre. Promettez-moi donc, Madame, que je pourrai vous parler cette nuit.
Angélique. J’y ferai mes efforts.
George Dandin, à M. et Mme de Sotenville. Approchons doucement par derrière, et tâchons de n’être point vus.
Claudine. Ah! Madame, tout est perdu: voilà votre père et votre mère, accompagnés de votre mari.
Clitandre. Ah Ciel!
Angélique, bas, à Clitandre et Claudine. Ne faites pas semblant de rien, et me laissez faire tous deux. (haut à Clitandre.) Quoi? vous osez en user de la sorte, après l’affaire de tantôt; et c’est ainsi que vous dissimulez vos sentiments? On me vient rapporter que vous avez de l’amour pour moi, et que vous faites des desseins de me solliciter; j’en témoigne mon dépit, et m’explique à vous clairement en présence de tout le monde; vous niez hautement la chose, et me donnez parole de n’avoir aucune pensée de m’offenser; et cependant, le même jour, vous prenez la hardiesse de venir chez moi me rendre visite, de me dire que vous m’aimez, et de me faire cent sots contes pour me persuader de répondre à vos extravagances: comme si j’étais femme à violer la foi que j’ai donnée à un mari, et m’éloigner jamais de la vertu que mes parents m’ont enseignée. Si mon père savait cela, il vous apprendrait bien à tenter de ces entreprises. Mais une honnête femme n’aime point les éclats; je n’ai garde de lui en rien dire; (après avoir fait signe à Claudine d’apporter un bâton) et je veux vous montrer que, toute femme que je suis, j’ai assez de courage pour me venger moi-même des offenses que l’on me fait. L’action que vous avez faite n’est pas d’un gentilhomme, et ce n’est pas en gentilhomme aussi que je veux vous traiter.
(Elle prend un bâton et bât son mari, au lieu de Clitandre, qui se met entre-deux.)
Clitandre, criant comme s’il avait été frappé. Ah! ah! ah! ah! ah! doucement. (Puis il s’enfuit.)
Scène 11
Les mêmes, sans Clitandre.
Claudine. Fort, Madame, frappez comme il faut.
Angélique, faisant semblant de parler à Clitandre. S’il vous demeure quelque chose sur le cœur, je suis pour vous répondre.
Claudine. Apprenez à qui vous vous jouez.
Angélique, faisant l’étonnée. Ah mon père, vous êtes là!
M. de Sotenville. Oui, ma fille, et je vois qu’en sagesse et en courage tu te montres un digne rejeton de la maison de Sotenville. Viens çà, approche-toi que je t’embrasse.
Mme de Sotenville. Embrasse-moi aussi, ma fille. Las! je pleure de joie, et reconnais mon sang aux choses que tu viens de faire.
M. de Sotenville. Mon gendre, que vous devez être ravi, et que cette aventure est pour vous pleine de douceurs! Vous aviez un juste sujet de vous alarmer; mais vos soupçons se trouvent dissipés le plus avantageusement du monde.
Mme de Sotenville. Sans doute, notre gendre, vous devez maintenant être le plus content des hommes.
Claudine. Assurément. Voilà une femme, celle-là. Vous êtes trop heureux de l’avoir, et vous devriez baiser les pas où elle passe.
George Dandin, à part. Euh! traîtresse!
M. de Sotenville. Qu’est-ce, mon gendre? que ne remerciez-vous un peu votre femme de l’amitié que vous voyez qu’elle montre pour vous?
Angélique. Non, non, mon père, il n’est pas nécessaire. Il ne m’a aucune obligation de ce qu’il vient de voir, et tout ce que j’en fais n’est que pour l’amour de moi-même.
M. de Sotenville. Où allez-vous, ma fille?
Angélique. Je me retire, mon père, pour ne me voir point obligée à recevoir ses compliments.
Claudine, à >George Dandin. Elle a raison d’être en colère. C’est une femme qui mérite d’être adorée, et vous ne la traitez pas comme vous devriez.
George Dandin, à part. Scélérate!
Scène 12
Monsieur et Madame de Sotenville, George Dandin.
M. de Sotenville. C’est un petit ressentiment de l’affaire de tantôt, et cela se passera avec un peu de caresse que vous lui ferez. Adieu, mon gendre, vous voilà en état de ne vous plus inquiéter. Allez-vous-en faire la paix ensemble, et tâchez de l’apaiser par des excuses de votre emportement.