George Dandin ou le Mari confondu
- Автор: Мольер Жан-Батист
- Язык: французский
- Жанр: Другая драматургия
Электронная книга - «George Dandin ou le Mari confondu». Краткое содержание книги:
Angélique. Moi? je ne vous l’ai point donnée de bon cœur, et vous me l’avez arrachée. M’avez-vous, avant le mariage, demandé mon consentement, et si je voulais bien de vous? Vous n’avez consulté, pour cela, que mon père et ma mère; ce sont eux proprement qui vous ont épousé, et c’est pourquoi vous ferez bien de vous plaindre toujours à eux des torts que l’on pourra vous faire. Pour moi, qui ne vous ai point dit de vous marier avec moi, et que vous avez prise sans consulter mes sentiments, je prétends n’être point obligée à me soumettre en esclave à vos volontés; et je veux jouir, s’il vous plaît, de quelque nombre de beaux jours que m’offre la jeunesse, prendre les douces libertés que l’âge me permet, voir un peu le beau monde, et goûter le plaisir de ouïr dire des douceurs. Préparez-vous-y, pour votre punition, et rendez grâces au Ciel de ce que je ne suis pas capable de quelque chose de pis.
George Dandin. Oui! c’est ainsi que vous le prenez? Je suis votre mari, et je vous dis que je n’entends pas cela.
Angélique. Moi je suis votre femme, et je vous dis que je l’entends.
George Dandin, à part. Il me prend des tentations d’accommoder tout son visage à la compote, et le mettre en état de ne plaire de sa vie aux diseurs de fleurettes. Ah! allons, George Dandin; je ne pourrais me retenir, et il vaut mieux quitter la place.
Scène 5
Claudine, Angélique.
Claudine. J’avais, Madame, impatience qu’il s’en allât, pour vous rendre ce mot de la part que vous savez.
Angélique. Voyons.
Claudine, à part. À ce que je puis remarquer, ce qu’on lui dit ne lui déplaît pas trop.
Angélique. Ah! Claudine, que ce billet s’explique d’une façon galante! que dans tous leurs discours et dans toutes leurs actions les gens de cour ont un air agréable! et qu’est-ce que c’est auprès d’eux que nos gens de province?
Claudine. Je crois qu’après les avoir vus, les Dandins ne vous plaisent guère.
Angélique. Demeure ici: je m’en vais faire la réponse.
Claudine, seule. Je n’ai pas besoin, que je pense, de lui recommander de la faire agréable. Mais voici…
Scène 6
Clitandre, Lubin, Claudine.
Claudine. Vraiment, Monsieur, vous avez pris là un habile messager.
Clitandre. Je n’ai pas osé envoyer de mes gens. Mais, ma pauvre Claudine, il faut que je te récompense des bons offices que je sais que tu m’as rendus. (Il fouille dans sa poche.)
Claudine. Eh! Monsieur, il n’est pas nécessaire. Non, Monsieur, vous n’avez que faire de vous donner cette peine-là; et je vous rends service parce que vous le méritez, et que je me sens au cœur de l’inclination pour vous.
Clitandre. Je te suis obligé. (Il lui donne de l’argent.)
Lubin, à Claudine. Puisque nous serons mariés, donne-moi cela, que je le mette avec le mien.
Claudine. Je te le garde aussi bien que le baiser.
Clitandre, à Claudine. Dis-moi, as-tu rendu mon billet à ta belle maîtresse?
Claudine. Oui, elle est allée y répondre.
Clitandre. Mais, Claudine, n’y a-t-il pas moyen que je la puisse entretenir?
Claudine. Oui: venez avec moi, je vous ferai parler à elle.
Clitandre. Mais le trouvera-t-elle bon? et n’y a-t-il rien à risquer?
Claudine. Non, non: son mari n’est pas au logis; et puis, ce n’est pas lui qu’elle a le plus à ménager, c’est son père et sa mère; et pourvu qu’ils soient prévenus[20], tout le reste n’est point à craindre.
Clitandre. Je m’abandonne à ta conduite.
Lubin, seul. Testiguenne! que j’aurai là une habile femme! Elle a de l’esprit comme quatre.
Scène 7
George Dandin, Lubin.
George Dandin, bas, à part. Voici mon homme de tantôt. Plût au Ciel qu’il pût se résoudre à vouloir rendre témoignage au père et à la mère de ce qu’ils ne veulent point croire!
Lubin. Ah! vous voilà, Monsieur le babillard, à qui j’avais tant recommandé de ne point parler, et qui me l’aviez tant promis. Vous êtes donc un causeur, et vous allez redire ce que l’on vous dit en secret?
George Dandin. Moi?
Lubin. Oui. Vous avez été tout rapporter au mari, et vous êtes cause qu’il a fait du vacarme. Je suis bien aise de savoir que vous avez de la langue, et cela m’apprendra à ne vous plus rien dire.
George Dandin. Écoute, mon ami.
Lubin. Si vous n’aviez point babillé, je vous aurais conté ce qui se passe à cette heure; mais pour votre punition vous ne saurez rien du tout.
George Dandin. Comment? qu’est-ce qui se passe?
Lubin. Rien, rien. Voilà ce que c’est d’avoir causé: vous n’en tâterez plus, et je vous laisse sur la bonne bouche[21].
George Dandin. Arrête un peu.
Lubin. Point.
George Dandin. Je ne te veux dire qu’un mot.
Lubin. Nennin, nennin. Vous avez envie de me tirer les vers du nez.
George Dandin. Non, ce n’est pas cela.
Lubin. Eh! quelque sot[22]. Je vous vois venir.
George Dandin. C’est autre chose. Écoute.
Lubin. Point d’affaire. Vous voudriez que je vous disse que Monsieur le Vicomte vient de donner de l’argent à Claudine, et qu’elle l’a mené chez sa maîtresse. Mais je ne suis pas si bête.
George Dandin. De grâce.
Lubin. Non.
George Dandin. Je te donnerai…
Lubin. Tarare!
Scène 8
George Dandin, seul. Je n’ai pu me servir avec cet innocent de la pensée que j’avais. Mais le nouvel avis qui lui est échappé ferait la même chose, et si le galant est chez moi, ce serait pour avoir raison aux yeux du père et de la mère, et les convaincre pleinement de l’effronterie de leur fille. Le mal de tout ceci, c’est que je ne sais comment faire pour profiter d’un tel avis. Si je rentre chez moi, je ferai évader le drôle, et quelque chose que je puisse voir moi-même de mon déshonneur, je n’en serai point cru à mon serment, et l’on me dira que je rêve. Si, d’autre part, je vais quérir beau-père et belle-mère sans être sûr de trouver chez moi le galant, ce sera la même chose, et je retomberai dans l’inconvénient de tantôt. Pourrais-je point m’éclaircir doucement s’il y est encore? (après avoir été regarder par le trou de la serure.) Ah Ciel! il n’en faut plus douter, et je viens de l’apercevoir par le trou de la porte. Le sort me donne ici de quoi confondre ma partie; et pour achever l’aventure, il fait venir à point nommé les juges dont j’avais besoin.
Scène 9
Monsieur et Madame de Sotenville, George Dandin.
George Dandin. Enfin vous ne m’avez pas voulu croire tantôt, et votre fille l’a emporté sur moi; mais j’ai en main de quoi vous faire voir comme elle m’accommode, et, Dieu merci! mon déshonneur est si clair maintenant, que vous n’en pourrez plus douter.
[20]
Pourvu qu’ils soient prévenus: Pourvu qu’ils gardent leurs préjugés en sa faveur.
[21]
«On dit qu’on laisse les gens sur la bonne bouche quand on interrompt le discours à l’endroit le meilleur et le plus attendu» (Dictionnaire de Furetière, 1690). L’expression équivaut à je vous laisse l’eau à la bouche.
[22]
Quelque sot: Un sot s’y laisserait prendre, mais je n’en suis pas un.