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Gainsbourg à rebours

Электронная книга - «Gainsbourg à rebours». Краткое содержание книги:

Derrière l’interprète de Je t’aime… Moi non plus, qui fit scandale et conquit la planète en 1969, se cache un Gainsbourg plus secret. C’est l’homme intime que révèle Franck Maubert, son histoire et ses goûts. Si, pour Serge Gainsbourg, il y avait les arts majeurs et les arts mineurs, il ne s’est illustré, à son grand regret, que dans la chanson. Il s’ouvrait peu sur son destin de peintre contrarié, qui a persévéré dans cette voie jusqu’en 1957, année où Boris Vian lance sa carrière.
Son admiration pour les chefs-d’œuvre des maîtres suscite l’intérêt d’un jeune critique d’art, Franck Maubert. Leur rencontre les lie en 1985. Gainsbourg a trouvé à qui parler peinture, dandysme, esthétique. Ensemble ils passeront des journées chez lui, rue de Verneuil, visiteront le Louvre, feront la tournée des grands ducs… Ce livre retrace le parcours d’un artiste hors norme, qui a traversé non seulement la chanson, mais aussi l’écriture, la photographie, le cinéma. Il montre la force d’un créateur et d’un poète qui a marqué son époque et influence encore, loin des clichés, la musique d’aujourd’hui.
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Initials B. B.

Sublime. Il sait que Brigitte Bardot, dans la splendeur de ses trente ans, n’a besoin de personne puisqu’il lui fait chevaucher une Harley Davidson.

C’est au cours d’un de ces shows que la love affair avec Bardot prend corps. Est-ce durant la terrible histoire de Clyde Barrow et Bonnie ? Genèse de la chanson  : «  Je dîne avec Bardot et sciemment je me pète la gueule. Elle m’appelle le lendemain et me demande pourquoi j’ai fait ça. Moi, silence du genre “J’étais terrassé par ta beauté”. Elle me dit ceci : “Écris-moi la plus belle chanson d’amour.” Dans la nuit, j’ai écrit Bonnie and Clyde et Je t’aime… moi non plus… Je t’aime… moi non plus, parce que je ne peux pas dire je t’aime », confia-t-il. L’idylle fusionnelle dure trois mois. Sans savoir que la sortie de la première version — torride — de la chanson mettrait un terme à leur belle histoire. Le mari de Brigitte Bardot, Gunter Sachs, n’apprécia pas. Gainsbourg, en gentleman, fit passer au pilon tous les exemplaires du microsillon. Résultat : la presse en fait ses choux gras. Quand Jane l’interpréterait l’année d’après, le blé n’aurait qu’à lever… Derrière le scandale qui attira les foudres du Vatican, il y a une chanson d’une délicate poésie :

Comme la vague irrésolue… Tu es la vague, Moi, l’île nue… L’amour physique est sans issue.

De ses nombreuses histoires d’amour, des histoires sensuelles et sans suite, Serge Gainsbourg a décidé de n’en inscrire que trois à son panthéon, les trois B : Bardot, Birkin, Bambou. Oubliée Élisabeth Levitsky, qui partagea les années bohèmes depuis les cours de peinture avec André Lhote jusqu’à ses débuts au cabaret Milord l’Arsouille. Pas assez photogénique. La deuxième femme dont il ne parle pas est Françoise Pancrazzi, fille d’un riche industriel, qu’il épousa en 1964. Ils eurent deux enfants, Natacha et Paul (né en 1968), juste avant de se séparer… Cette cellule ne réapparaîtra plus publiquement, comme par entente tacite. Après la belle et créative histoire avec Jane, il croisera dans une boîte de nuit, L’Élysée-Matignon, un jeune mannequin aux traits eurasiens, née au moment de ses premiers succès. Cette beauté frondeuse, c’est Caroline von Paulus, qu’il baptisera Bambou. « J’ai pas de famille et, depuis le temps que je le vois à la télé, je me disais que j’aimerais bien un papa comme lui.  » Il l’entraînera d’ailleurs avec lui dans ses apparitions télévisées, lui offrira une jolie chanson qu’interprète Alain Chamfort :

Bambou voyage par la pensée Elle est près de moi, mais m’a déjà quitté Tous les silences de Bambou Hurlent dans ma tête et me rendent fou.

Elle l’appelle « mon p’tit papa ». Il lui offre un enfant, le petit Lulu, né en janvier 1986. Serge en est dingue, il le fera même monter sur la scène du Zénith.

Pour Bambou, il écrit un album, Made in China, plutôt funky, où elle pleure le Yang-Tsé. L’accueil est réservé. Leur album de photos Bambou et les Poupées est un discret et bel hommage à l’artiste surréaliste Hans Bellmer.

L’autre grand amour de sa vie, c’est Charlotte. Il le déclarera, à sa manière, pudiquement et publiquement, avec Charlotte for Ever, un disque qu’il ajuste aux mesures de sa fille, et dans le film homonyme. Puis viennent la chanson et le clip Lemon Incest, qui flirtent avec l’interdit.

Que cherchait Gainsbourg : montrer un fantasme ou, encore une fois, faire couler l’encre des journaux ? Voilà, jusqu’à la fin, celui qui se trouvait laid aura eu toutes les plus belles filles à ses pieds, jusqu’à Vanessa Paradis pour qui l’orfèvre accepta d’ajuster ses textes sur les musiques d’un autre compositeur, Franck Langloff, qui créa Joe le taxi avec Étienne Roda-Gil. Comme s’il avait enfin découvert la Lolita qu’il avait cherchée toute sa vie.

5 bis, rue de Verneuil

Si vous passez devant le 5 bis, rue de Verneuil, votre regard ne manquera pas de se perdre dans la forêt de graffiti qui couvre la façade et parfois même celle des voisins. Des messages d’amour. On les efface, on donne un coup de peinture, ils finissent toujours par refleurir. Combien, dix ans, quinze ans, vingt ans après la disparition de l’idole ? Peu importe. Serge Gainsbourg reste à jamais présent dans le cœur de milliers (millions ?) d’admirateurs. Il ne possédait pas d’autre demeure que cet « hôtel particulier » du viie arrondissement. L’artiste l’a façonné à son image, et il est difficile d’imaginer ce décor, car il s’agit d’un véritable petit théâtre, sans lui. Un écrin créé à son image. Pour en apprécier toutes les subtilités, il convient d’ouvrir le roman de Joris-Karl Huysmans, À rebours  : s’y tient tout entière la clef de son décorum. Il suffit de lire, ou de relire, ce bréviaire de l’esprit décadent, écrit à la fin du XIXe siècle, pour saisir la « Gainsbourg attitude ».

Son personnage, mais aussi son cadre de vie, doit beaucoup à des Esseintes, le héros kierkegaardien de Huysmans. Hanté par l’angoisse, il incarne toutes les névroses, les plaies et les inquiétudes d’un siècle finissant. Chez des Esseintes comme dans son adaptation gainsbourienne, il demeure un je-ne-sais-quoi de pathétique qui relève de la mélancolie, mais passons. Dans la légèreté de l’air des années soixante, il suffisait de peu pour épater la galerie.

L’esprit yé-yé dominait, et même si ces années-là allaient déboucher sur Mai-68 et ses conséquences, qui se souciait, dans le milieu du show-biz, des fantasmes du dandy huysmanien ? L’esthétique du romancier décadent avait beau s’écarter de l’« explosive beauté » de l’art — Huysmans la retrouverait plus tard dans la foi (il se convertit d’ailleurs à la paroisse Saint-Thomas-d’Aquin, l’église la plus proche de la rue de Verneuil), notre chanteur fut frappé par la prose de celui qui avait, lui, trouvé ses racines dans le René (1802) de Chateaubriand. Mais la création n’est qu’une longue et inépuisable chaîne, n’est-ce pas ?

Serge Gainsbourg possédait un exemplaire d’une édition ancienne d’À rebours, usée, aux pages écornées à force d’avoir été lues et relues. C’était sa bible, son modèle et sa référence secrète. Il pouvait en réciter des passages par cœur à qui voulait l’écouter. Et parfois, lors de conversations, il lui venait certains mots, certaines expressions qui s’en échappaient directement. Evguénie Sokolov, son unique œuvre littéraire, à l’écriture ultrasophistiquée au point d’en devenir grotesque, est un caprice littéraire digne d’un des Esseintes, en partie empli par les obsessions de notre héros.

Evguénie Sokolov, c’est son des Esseintes à lui, son À rebours. Diarrhée pompeuse, cette apologie du pet n’est qu’une curiosité style XIXe, totalement décalée à la fin du siècle suivant. La couverture de ce L.N.I. (livre non identifié) est noire. Noir : cette non-couleur est la préférée de Gainsbourg. Noir du tissu dont il tend les murs de son repaire de la rue de Verneuil. Noir dont il teinte son humour.

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