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Gainsbourg à rebours

Электронная книга - «Gainsbourg à rebours». Краткое содержание книги:

Derrière l’interprète de Je t’aime… Moi non plus, qui fit scandale et conquit la planète en 1969, se cache un Gainsbourg plus secret. C’est l’homme intime que révèle Franck Maubert, son histoire et ses goûts. Si, pour Serge Gainsbourg, il y avait les arts majeurs et les arts mineurs, il ne s’est illustré, à son grand regret, que dans la chanson. Il s’ouvrait peu sur son destin de peintre contrarié, qui a persévéré dans cette voie jusqu’en 1957, année où Boris Vian lance sa carrière.
Son admiration pour les chefs-d’œuvre des maîtres suscite l’intérêt d’un jeune critique d’art, Franck Maubert. Leur rencontre les lie en 1985. Gainsbourg a trouvé à qui parler peinture, dandysme, esthétique. Ensemble ils passeront des journées chez lui, rue de Verneuil, visiteront le Louvre, feront la tournée des grands ducs… Ce livre retrace le parcours d’un artiste hors norme, qui a traversé non seulement la chanson, mais aussi l’écriture, la photographie, le cinéma. Il montre la force d’un créateur et d’un poète qui a marqué son époque et influence encore, loin des clichés, la musique d’aujourd’hui.
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Les Frères Jacques, Hugues Aufray, Jean-Claude Pascal se mettent eux aussi aux p’tits trous. Fort de ces reprises et d’un succès d’estime, Gainsbourg reçoit le prix de l’Académie Charles-Cros en 1959.

S’ensuit, en 59 toujours, un deuxième 25-centimètres, où il rend hommage à son parrain Boris Vian disparu, en posant pour la pochette en costume-cravate et pistolet… « Eh ! claqueur de doigts, joue-moi plutôt du black trombone »… Au passage, il salue Musset (Nuit d’octobre) : « Je sais qu’il ne m’en tiendra pas compte. » Flop. En revanche, tous les interprètes réclament du Gainsbourg, de Juliette Gréco à Pia Colombo, sans oublier Philippe Clay…

Pour son troisième 25-centimètres, L’Étonnant Serge Gainsbourg multiplie les références à ses maîtres, avoués ou pas : Baudelaire, Ronsard, Prévert, Nerval, Hugo… Les feuilles mortes de La Chanson de Prévert seront ramassées par Michèle Arnaud, Cora Vaucaire, Isabelle Aubret et même Gloria Lasso. Gainsbourg devient l’obligé de la chanson française. Et l’artiste passe son temps à composer pour les autres.

En 1963, avec Gainsbourg confidentiel (et qui le reste), très jazz, il s’interroge : le raz-de-marée U.S. déferle sur la France et va s’installer pour un moment. Rock’n’roll ! Et période yé-yé. À Denise Glaser, au cours de l’un de ses « Discorama », en 1963, il s’inquiète de son âge : « Je me faisais du souci de ne jamais être dans “Salut les copains”. J’étais le vieux schnock. C’était dur. C’était très dur pour le moral. » À la déferlante yé-yé, il répondra par Le Temps des yoyos :

S’il me faut taire Ma mélancolie Pourquoi en faire Une maladie… Mais si tout change Je n’ai pas changé.

Le message est on ne peut plus clair et l’artiste saisit la vague.

Avant la période France Gall, Gainsbourg signe un autre de ses grands standards, La Javanaise. Chanson subtile, très élaborée musicalement. Violons classiques et guitares électriques (arrangements de Harry Robinson) : c’est la préférée de l’auteur. «  J’avoue j’en ai bavé pas vous »… avant d’engranger le blé des socquettes blanches. Il est sorti de sa période Rive gauche. Il est plus âgé que la Nouvelle Vague et, dans la France gaullienne des années soixante, il détonne avec son look plus anglo-saxon que français et sa tronche décalée.

Entre Antoine, Dutronc et Johnny, il ose Qui est in, qui est out  ?. Puis en 1966 Docteur Jekyll et Mister Hyde, au son anglais. Ce qui différencie Gainsbourg des autres, c’est qu’il interprète des chansons ciselées par lui, paroles et musique. Il y a aussi un son Gainsbourg. Il a la chance dès ses débuts de savoir s’entourer des meilleurs arrangeurs. Alain Goraguer écrit, « à l’ancienne », une partition pour chaque instrument. Un orfèvre dont on reconnaît la signature comme on reconnaîtra celle, plus tard, sur Melody Nelson et L’Homme à tête de chou, de Jean-Claude Vannier, à qui l’on doit les fameuses valses de Melody. Sa vie durant, Gainsbourg a toujours su choisir les meilleurs musiciens, anticipant les modes, et il a su aussi emprunter aux meilleurs ce qui lui convenait.

Quelques hommages dissimulés ou non, quelle importance ? En vrac. Baby Alone in Babylone, mélodie d’une grande finesse : 3e mouvement de la IVe Symphonie de Brahms. Bébé gai, toujours interprété par Jane B., en 1974 : Rêves d’amour de Franz Liszt. Encore une de Jane post-Verneuil, Lost Song  : Peer Gynt, suite n° 2, opus 22, de Grieg. Un petit cadeau pour Charlotte, Lemon Incest : opus 10, n° 3, en mi majeur, de Chopin. Sans oublier, mais comment l’oublier ? le refrain d’Initials B. B., extrait de la Symphonie du Nouveau Monde d’Anton Dvorák. Emprunts ? Citations ? Hommages ? Quelle importance ? Au hasard, les Aphrodite’s Child ont bien fait un tube avec le Canon de Pachelbel… Héritage paternel, réminiscences du fils d’un pianiste de bar, Lucien connaît ses classiques.

Côté textes, on peut aussi s’amuser à décrypter ici ou là des inspirations. Tenez, pour ne pas quitter Bardot, Harley Davidson :

La trépidation excitante des trains Nous glisse des désirs dans la moelle des reins.

C’est du Alphonse Allais repris par Guillaume Apollinaire dans Les Onze Mille Verges. De toutes ces références, son public se moque, parfois même les ignore. Gainsbourg fait du Gainsbourg, basta  !

Quand on apprécie Gainsbourg, comme je l’apprécie, il est difficile de privilégier tel ou tel morceau parmi toutes ses chansons, près de 500 au total. Chez lui, tout s’écoute, tout est plaisir et surprises. Mais voilà, il y a un Gainsbourg, tout de même, qui se détache ; après la période disons « Poinçonneur-Javanaise », il y a deux albums-concepts, Melody Nelson (1971) et L’Homme à tête de chou (1976), qui sonnent très anglo-saxon. Entre ces « disques-romans », peut-être les plus grands de toute son œuvre, s’intercalent deux 33-tours très singuliers. La pochette de Vu de l’extérieur (1973) montre Serge au milieu de photos de gorilles, de macaques et autres singes. Le titre phare, Je suis venu te dire que je m’en vais, très parnassien, annonce, prématurément, la rupture avec Jane. Et d’autres merveilles : Par hasard et pas rasé, Sensuelle et sans suite, Pamela Popo, Hippopodame, etc.

L’album Rock Around The Bunker rassemble des textes d’une finesse et d’un humour subtils, jamais douteux :

J’entends des voix off Qui me disent Adolf Tu cours à la catastrophe Mais je me dis bof Tout ça c’est du bluff

ou encore le délicieux S.S. in Uruguay, à siroter avec une paille :

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