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Gainsbourg à rebours

Электронная книга - «Gainsbourg à rebours». Краткое содержание книги:

Derrière l’interprète de Je t’aime… Moi non plus, qui fit scandale et conquit la planète en 1969, se cache un Gainsbourg plus secret. C’est l’homme intime que révèle Franck Maubert, son histoire et ses goûts. Si, pour Serge Gainsbourg, il y avait les arts majeurs et les arts mineurs, il ne s’est illustré, à son grand regret, que dans la chanson. Il s’ouvrait peu sur son destin de peintre contrarié, qui a persévéré dans cette voie jusqu’en 1957, année où Boris Vian lance sa carrière.
Son admiration pour les chefs-d’œuvre des maîtres suscite l’intérêt d’un jeune critique d’art, Franck Maubert. Leur rencontre les lie en 1985. Gainsbourg a trouvé à qui parler peinture, dandysme, esthétique. Ensemble ils passeront des journées chez lui, rue de Verneuil, visiteront le Louvre, feront la tournée des grands ducs… Ce livre retrace le parcours d’un artiste hors norme, qui a traversé non seulement la chanson, mais aussi l’écriture, la photographie, le cinéma. Il montre la force d’un créateur et d’un poète qui a marqué son époque et influence encore, loin des clichés, la musique d’aujourd’hui.
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Gainsbourg, généreux de nature, adorait, telle une maîtresse de maison fière de son intérieur, faire visiter sa demeure — au total quelque cent vingt mètres carrés. Il passait ses journées, dès son lever vers onze heures du matin, toujours vissé dans le même coin d’une banquette vénitienne aux accoudoirs ailés terminés par une tête d’aigle.

Entre ses visites, ponctuées de la mitraille téléphonique (les portables n’étaient pas encore de ce monde), il se levait pour aller dans la petite cuisine attenante, située tout au fond du salon-musée, préparer des « 102 » (double pastis 51 servi sans eau mais avec glace) ou des cocktails plus sophistiqués qu’il s’était fait enseigner par les barmen des meilleurs établissements de Paris. La cuisine, aux murs recouverts de carrelage du métro parisien blanc (original, non ?) où il prenait ses repas, seul, à une table en verre, assis sur une chaise de jardin en métal.

Un étroit escalier recouvert d’une moquette noire aux motifs nénuphars conduisait à l’étage. On y trouve une bibliothèque de petite taille, où, derrière un immense fauteuil victorien en acajou et cuir brun, s’alignent des éditions rares. Huysmans côtoie Francis Picabia (Jésus-Christ rastaquouère), la bio d’un autre dandy, Raymond Roussel, un album consacré à Marilyn, des classiques aux reliures rouge et or, des dictionnaires, etc. La salle de bains cultive flacons précieux, parfums et miroirs. Un pas de côté et on se retrouve dans la fameuse chambre aux poupées de Jane, lieu de recueillement et de pénitence où Jane s’isolait après les disputes, au milieu de ses poupées de cire et de son…

Enfin, un étroit couloir conduit à la chambre du maître, où l’on marche presque sur le lit calqué sur celui de Dalí. Des portes fenêtres s’ouvrent sur une mini-terrasse dévorée par le lierre, où les jours d’été nous prenions des Gibson ou des « 102 ».

La visite du 5 bis, rue de Verneuil, s’achève et, une fois la porte refermée, on songe à une prison dorée. C’est le lieu qui lui ressemblait le plus, celui où les pompiers, appelés par Bambou qui n’avait plus de ses nouvelles depuis la veille, l’ont retrouvé mort, dans sa cuisine…

My Chérie Jane

Difficile d’imaginer Gainsbourg sans Birkin et Birkin sans Gainsbourg. Leur couple devenu mythique a rejoint le panthéon des histoires d’amour célèbres. On connaissait Héloïse et Abélard, Sand et Chopin, Elsa et Aragon, pour ne citer que ceux-là, désormais le XXe siècle comptera, à jamais, Gainsbourg et Birkin. Le Pygmalion a « travaillé » en ce sens. Il a peaufiné et soigné l’image de son duo afin de se situer dans ce palmarès des amours sulfureuses. L’artiste possède le sens de l’histoire et du mythe. Sans doute attendait-il le grand amour. Car, comme dans tout ce qu’il entreprend, il reste sincère. Et même s’il sait mettre en scène son amour et faire partager ses frasques au plus grand nombre grâce à la complicité des médias (qui en redemandent), il est honnête avec lui-même. Juste avant de rencontrer la petite Anglaise, il a souffert de sa difficile séparation avec Brigitte Bardot. Et c’est l’amoureux abandonné et blessé qui, pour tenter de sortir de son histoire d’homme plaqué par le sex-symbol, se distrait en changeant de fille tous les soirs.

Nous sommes en février 1968, quelques semaines seulement avant les barricades, et Gainsbourg déclare qu’il aimerait découvrir une fillette de douze ou treize ans pour la façonner, pour créer son personnage. Grand amateur du romancier Vladimir Nabokov, songeait-il à Humbert Humbert et à sa Lolita ? Il se dit prêt à faire passer des milliers d’auditions, s’il le faut. Il n’en sera rien. Son salut arrive par miracle, comme souvent. Il lui est même offert sur un plateau. Et ce miracle s’appelle Jane Birkin.

Elle n’a pas treize ans mais vingt et un, est la mère d’une délicieuse Kate depuis un an, qu’elle a eue avec John Barry, grand compositeur de musiques de films, couronné d’oscars à Hollywood. Elle vient de tourner Blow Up avec Michelangelo Antonioni. Elle y tient un petit rôle déshabillé et s’ébat au côté d’une autre fille dans des rouleaux de papier sous l’objectif d’un photographe. Elle est déjà peut-être malgré elle une figure naissante du Swinging London.

Le responsable de leur rencontre se nomme Pierre Grimblat, ex-animateur de radio à France Inter qui se lance alors dans le cinéma. Celui-ci cherche un acteur qui serait en quelque sorte son double dans une histoire autobiographique : il pense à Serge. Pour le rôle féminin, il songe à Marisa Berenson, un des plus jolis top models de la planète, qui tournera en 1972 avec Luchino Visconti dans Mort à Venise, puis avec Stanley Kubrick dans Barry Lindon, mais cela ne se fait pas. Grimblat auditionne dans plusieurs capitales et c’est à Londres qu’il tombe sur une fille qui porte une ultra-minirobe. « Elle avait les jambes tordues comme pas permis. “Vous êtes vraiment obligée de montrer des jambes pareilles ?” Elle répond à son agresseur, du tac au tac : “Non, pas si vous me payez l’opération.” » Son sens de l’humour lui vaut de remporter le rôle. La suite se déroule moins bien. L’histoire ne commence pourtant pas sous les meilleurs auspices. Quand on annonce à Jane Birkin que Gainsbourg sera son partenaire dans le film, elle saisit mal son nom et l’appelle « Bourguignon »… Avant de tourner un bout d’essai avec ce « Bourguignon », le metteur en scène l’entraîne chez Serge, plus exactement chez ses parents, où celui-ci s’est réfugié. Ils le surprennent en pleine interview, en train de faire écouter au journaliste Je t’aime… moi non plus sous un poster de Bardot, justement. Jane le prend pour « un poseur, avec sa chemise mauve ». Gainsbourg se permet de souligner qu’il ne comprend pas comment une Anglaise qui ne parle pas un mot de la langue de Molière peut accepter un rôle en France. Après les premiers rushes, il doit reconnaître qu’elle a du talent. En fait, d’après Pierre Grimblat, « c’était son ego qui en avait pris un coup : tourner avec une inconnue… ». Elle, timide et têtue, le juge « arrogant et sûr de lui », et se rend compte que, de toutes les façons, elle ne l’intéresse pas.

Mai explose. Grimblat attend juin pour lancer son Slogan. Début de tournage tendu entre les deux acteurs. Jane pleure dans sa loge, trouve son partenaire exécrable, égoïste et épouvantable avec elle sur le plateau. Le metteur en scène craint que cette tension ne pèse sur son film. Il les invite à dîner chez Maxim’s afin de dédramatiser. Sciemment ou pas, il « oublie » de s’y rendre. Le face-à-face se transforme en un jeu de séduction. Elle comprend que derrière les agressions de Serge se dissimule un grand timide, un romantique et un hypersensible. Lui aussi tombe sous le charme de la ravissante fille en minijupe… L’idylle se poursuit à Venise, comme il se doit, mais toujours pour le tournage du film.

Entre-temps, Jacques Deray la choisit pour le deuxième rôle féminin de La Piscine, aux côtés de deux grands séducteurs du cinéma français, Alain Delon et Maurice Ronet… et de Romy Schneider. Gainsbourg, jaloux de Delon, rivalise dans la démesure et dans l’humour. Il loue une immense Cadillac, où s’entasse la nouvelle famille. Jane est avec sa petite Kate âgée d’un an, nurse, landau ficelé sur le toit… Serge se moque de lui-même : « Ma limousine ressemble à une caravane arabe. » Derrière le masque du cynisme, Jane découvre l’humour et l’entrain de Serge, ciment de leur relation. Avec lui rien ne paraît sérieux. La vie semble facile comme des après-midi d’adolescents faits d’insouciance. « Il était plus âgé que moi et me faisait sentir si jeune ; il m’a redonné une nouvelle vie, une nouvelle enfance », dit-elle.

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