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Les Mille Et Une Nuits Tome II

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Les Mille Et Une Nuits Tome II
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Behram le reconnut d’abord: «Ha! ha! dit-il, vous êtes donc celui qui êtes cause que je suis ruiné pour le reste de ma vie! Vous n’avez pas été sacrifié cette année; mais vous n’échapperez pas de même l’année prochaine.» En disant ces paroles il se jeta sur lui, lui mit son mouchoir sur la bouche pour l’empêcher de crier, et le fit lier par ses matelots.

Le lendemain matin, dès que la porte fut ouverte, il fut aisé à Behram de remener Assad chez le vieillard qui l’avait abusé avec tant de méchanceté, par des rues détournées où personne n’était encore levé. Dès qu’il y fut entré, il le fit descendre dans le même cachot d’où il avait été tiré, et informa le vieillard du triste sujet de son retour, et du malheureux succès de son voyage. Le méchant vieillard n’oublia pas d’enjoindre à ses deux filles de maltraiter le prince infortuné plus qu’auparavant, s’il était possible.

Assad fut extrêmement surpris de se revoir dans le même lieu où il avait déjà tant souffert; et dans l’attente des mêmes tourments dont il avait cru être délivré pour toujours, il pleurait la rigueur de son destin, lorsqu’il vit entrer Bostane avec un bâton, un pain et une cruche d’eau. Il frémit à la vue de cette impitoyable et à la seule pensée des supplices journaliers qu’il avait encore à souffrir toute une année, pour mourir ensuite d’une manière pleine d’horreur.

Mais le jour, que la sultane Scheherazade vit paraître comme elle en était à ces dernières paroles, l’obligea de s’interrompre. Elle reprit le même conte la nuit suivante, et dit au sultan des Indes:

CCXIII NUIT.

Sire, Bostane traita le malheureux prince Assad aussi cruellement qu’elle l’avait déjà fait dans sa première détention. Les lamentations, les plaintes, les instantes prières d’Assad, qui la suppliait de l’épargner, jointes à ses larmes, furent si vives que Bostane ne put s’empêcher d’en être attendrie et de verser des larmes avec lui. «Seigneur, lui dit-elle en lui recouvrant les épaules, je vous demande mille pardons de la cruauté avec laquelle je vous ai traité ci-devant, et dont je viens de vous faire sentir encore des effets. Jusqu’à présent je n’ai pu désobéir à un père injustement animé contre vous et acharné à votre perte; mais enfin je déteste et j’abhorre cette barbarie. Consolez-vous, vos maux sont finis, et je vais tâcher de réparer tous mes crimes, dont je connais l’énormité, par de meilleurs traitements. Vous m’avez regardée jusqu’aujourd’hui comme une infidèle, regardez-moi présentement comme une musulmane. J’ai déjà quelque instruction qu’une esclave de votre religion, qui me sert, m’a donnée. J’espère que vous voudrez bien achever ce qu’elle a commencé. Pour vous marquer ma bonne intention, je demande pardon au vrai Dieu de toutes mes offenses, par les mauvais traitements que je vous ai faits, et j’ai confiance qu’il me fera trouver le moyen de vous mettre dans une entière liberté.»

Ce discours fut d’une grande consolation au prince Assad. Il rendit des actions de grâces à Dieu de ce qu’il avait touché le cœur de Bostane, et après qu’il l’eut bien remerciée des bons sentiments où elle était pour lui, il n’oublia rien pour l’y confirmer, non-seulement en achevant de l’instruire de la religion musulmane, mais même en lui faisant le récit de son histoire, et de toutes ses disgrâces dans le haut rang de sa naissance. Quand il fut entièrement assuré de sa fermeté dans la bonne résolution qu’elle avait prise, il lui demanda comment elle ferait pour empêcher que sa sœur Cavame n’en eût connaissance et ne vînt le maltraiter à son tour. «Que cela ne vous chagrine pas, reprit Bostane; je saurai bien faire en sorte qu’elle ne se mêle plus de vous voir.»

En effet, Bostane sut toujours prévenir Cavame toutes les fois qu’elle voulait descendre au cachot. Elle voyait cependant fort souvent le prince Assad, et au lieu de ne lui porter que du pain et de l’eau, elle lui portait du vin et de bons mets, qu’elle faisait préparer par douze esclaves musulmanes qui la servaient. Elle mangeait même de temps en temps avec lui, et faisait tout ce qui était en son pouvoir pour le consoler.

Quelques jours après, Bostane était à la porte de la maison, lorsqu’elle entendit un crieur public qui publiait quelque chose. Comme elle n’entendait pas ce que c’était, à cause que le crieur était trop éloigné, et qu’il approchait pour passer devant la maison, elle rentra, et en tenant la porte à demi ouverte, elle vit qu’il marchait devant le grand vizir Amgiad, frère du prince Assad, accompagné de plusieurs officiers et de quantité de ses gens qui marchaient devant et après lui.

Le crieur n’était plus qu’à quelques pas de la porte, lorsqu’il répéta ce cri à haute voix: «L’excellent et l’illustre grand vizir, que voici en personne, cherche son cher frère, qui s’est séparé d’avec lui il y a plus d’un an. Il est fait de telle et telle manière. Si quelqu’un le garde chez soi ou sait où il est, son excellence commande qu’il ait à le lui amener ou à lui en donner avis, avec promesse de le bien récompenser. Si quelqu’un le cache et qu’on le découvre, son excellence déclare qu’elle le punira de mort, lui, sa femme, ses enfants et toute sa famille, et fera raser sa maison.»

Bostane n’eut pas plutôt entendu ces paroles, qu’elle ferma la porte au plus vite, et alla trouver Assad dans le cachot. «Prince, lui dit-elle avec joie, vous êtes à la fin de vos malheurs: suivez-moi et venez promptement.» Assad, qu’elle avait ôté de la chaîne dès le premier jour qu’il avait été ramené dans le cachot, la suivit jusque dans la rue, où elle cria; «Le voici! le voici!»

Le grand vizir, qui n’était pas encore éloigné, se retourna. Assad le reconnut pour son frère, courut à lui et l’embrassa. Amgiad, qui le reconnut aussi d’abord, l’embrassa de même très-étroitement, le fit monter sur le cheval d’un de ses officiers, qui mit pied à terre, et le mena au palais en triomphe, où il le présenta au roi, qui le fit un de ses vizirs.

Bostane, qui n’avait pas voulu rentrer chez son père, dont la maison fut rasée dès le même jour, et qui n’avait pas perdu le prince Assad de vue jusqu’au palais, fut envoyée à l’appartement de la reine. Le vieillard son père et Behram, amenés devant le roi, avec leurs familles, furent condamnés à avoir la tête tranchée. Ils se jetèrent à ses pieds et implorèrent sa clémence. «Il n’y a pas de grâce pour vous, reprit le roi, que vous ne renonciez à l’adoration du feu et que vous n’embrassiez la religion musulmane.» Ils sauvèrent leur vie en prenant ce parti, de même que Cavame, sœur de Bostane, et leurs familles.

En considération de ce que Behram s’était fait musulman, Amgiad, qui voulut le récompenser aussi de la perte qu’il avait faite avant de mériter sa grâce, le fit un de ses principaux officiers et le logea chez lui. Behram, informé en peu de jours de l’histoire d’Amgiad, son bienfaiteur, et d’Assad, son frère, leur proposa de faire équiper un vaisseau et de les remener au roi Camaralzaman, leur père. «Apparemment, leur dit-il, qu’il a reconnu votre innocence et qu’il désire impatiemment de vous revoir. Si cela n’est pas, il ne sera pas difficile de la lui faire reconnaître avant de se débarquer; et s’il demeure dans son injuste prévention, vous n’aurez que la peine de revenir.»

Les deux frères acceptèrent l’offre de Behram; ils parlèrent de leur dessein au roi, qui l’approuva, et donnèrent ordre à l’équipement d’un vaisseau. Behram s’y employa avec toute la diligence possible, et quand il fut prêt de mettre à la voile, les princes allèrent prendre congé du roi un matin, avant d’aller s’embarquer. Dans le temps qu’ils faisaient leurs compliments et qu’ils remerciaient le roi de ses bontés, on entendit un grand tumulte par toute la ville, et en même temps un officier vint annoncer qu’une grande armée s’approchait et que personne ne savait quelle armée c’était.

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