Les Mille Et Une Nuits Tome II
- Автор: Galland Antoine
- Язык: французский
- Жанр: Сказки народов мира
Электронная книга - «Les Mille Et Une Nuits Tome II». Краткое содержание книги:
«Comme j’étais marchand, je fréquentai les gens de ma profession. Je recherchais particulièrement ceux qui étaient étrangers, tant pour apprendre d’eux des nouvelles de Bagdad, que pour en trouver quelqu’un avec qui je pusse y retourner; car la capitale du roi Mihrage est située sur le bord de la mer, et a un beau port où il aborde tous les jours des vaisseaux de différents endroits du monde. Je cherchais aussi la compagnie des savants des Indes et je prenais plaisir à les entendre parler; mais cela ne m’empêchait pas de faire ma cour au roi très-régulièrement, ni de m’entretenir avec des gouverneurs et de petits rois, ses tributaires, qui étaient auprès de sa personne. Ils me faisaient mille questions sur mon pays, et, de mon côté, voulant m’instruire des mœurs ou des lois de leurs états, je leur demandais tout ce qui me semblait mériter ma curiosité.
«Il y a sous la domination du roi Mihrage une île qui porte le nom de Cassel. On m’avait assuré qu’on y entendait toutes les nuits un son de timbales, ce qui a donné lieu à l’opinion qu’ont les matelots, que Degial [15] y fait sa demeure. Il me prit envie d’être témoin de cette merveille, et je vis dans mon voyage des poissons longs de cent et de deux cents coudées, qui font plus de peur que de mal. Ils sont si timides qu’on les fait fuir en frappant sur des ais. Je remarquai d’autres poissons qui n’étaient que d’une coudée, et qui ressemblaient par la tête à des hiboux.
«À mon retour, comme j’étais un jour sur le port, un navire y vint aborder. Dès qu’il fut à l’ancre, on commença de décharger les marchandises, et les marchands à qui elles appartenaient les faisaient transporter dans des magasins. En jetant les yeux sur quelques ballots et sur l’écriture qui marquait à qui ils étaient, je vis mon nom dessus, et, après les avoir attentivement examinés, je ne doutai pas que ce ne fussent ceux que j’avais fait charger sur le vaisseau où je m’étais embarqué à Balsora. Je reconnus même le capitaine; mais, comme j’étais persuadé qu’il me croyait mort, je l’abordai et lui demandai à qui appartenaient les ballots que je voyais. «J’avais sur mon bord, me répondit-il, un marchand de Bagdad, qui se nommait Sindbad. Un jour que nous étions près d’une île, à ce qu’il nous paraissait, il mit pied à terre avec plusieurs passagers dans cette île prétendue, qui n’était autre chose qu’une baleine d’une grosseur énorme, qui s’était endormie à fleur d’eau. Elle ne se sentit pas plus tôt échauffée par le feu qu’on avait allumé sur son dos pour faire la cuisine, qu’elle commença de se mouvoir et de s’enfoncer dans la mer. La plupart des personnes qui étaient dessus se noyèrent, et le malheureux Sindbad fut de ce nombre. Ces ballots étaient à lui, et j’ai résolu de les négocier jusqu’à ce que je rencontre quelqu’un de sa famille à qui je puisse rendre le profit que j’aurai fait avec le principal. – Capitaine, lui dis-je alors, je suis ce Sindbad que vous croyez mort et qui ne l’est pas, et ces ballots sont mon bien et ma marchandise…» Scheherazade n’en dit pas davantage cette nuit; mais elle continua le lendemain de cette sorte:
CCXVI NUIT.
Sindbad, poursuivant son histoire, dit à la compagnie: «Quand le capitaine du vaisseau m’entendit parler ainsi: «Grand Dieu! s’écria-t-il, à qui se fier aujourd’hui? Il n’y a plus de bonne foi parmi les hommes: j’ai vu de mes propres yeux périr Sindbad; les passagers qui étaient sur mon bord l’ont vu comme moi, et vous osez dire que vous êtes ce Sindbad! Quelle audace! À vous voir, il semble que vous soyez un homme de probité; cependant vous dites une horrible fausseté pour vous emparer d’un bien qui ne vous appartient pas. – Donnez-vous patience, repartis-je au capitaine, et me faites la grâce d’écouter ce que j’ai à vous dire. – Hé bien! reprit-il, que direz-vous? Parlez, je vous écoute.» Je lui racontai alors de quelle manière je m’étais sauvé, et par quelle aventure j’avais rencontré les palefreniers du roi Mihrage, qui m’avaient amené à sa cour.
«Il se sentit ébranlé de mon discours; mais il fut bientôt persuadé que je n’étais pas un imposteur: car il arriva des gens de son navire qui me reconnurent et me firent de grands compliments, en me témoignant la joie qu’ils avaient de me revoir. Enfin, il me reconnut aussi lui-même, et, se jetant à mon cou: «Dieu soit loué! me dit-il, de ce que vous êtes heureusement échappé d’un si grand danger! je ne puis assez vous marquer le plaisir que j’en ressens. Voilà votre bien; prenez-le; il est à vous, faites-en ce qu’il vous plaira.» Je le remerciai, je louai sa probité; et, pour la reconnaître, je le priai d’accepter quelques marchandises que je lui présentai; mais il les refusa.
Je choisis ce qu’il y avait de plus précieux dans mes ballots, et j’en fis présent au roi Mihrage. Comme ce prince savait la disgrâce qui m’était arrivée, il me demanda où j’avais pris des choses si rares. Je lui contai par quel hasard je venais de les recouvrer; il eut la bonté de m’en témoigner de la joie; il accepta mon présent et m’en fit de beaucoup plus considérables. Après cela je pris congé de lui, et me rembarquai sur le même vaisseau. Mais, avant mon embarquement, j’échangeai les marchandises qui me restaient contre d’autres du pays. J’emportai avec moi du bois d’aloès, du santal, du camphre, de la muscade, du clou de girofle, du poivre et du gingembre. Nous passâmes par plusieurs îles, et nous abordâmes enfin à Balsora, d’où j’arrivai en cette ville avec la valeur d’environ cent mille sequins. Ma famille me reçut, et je la revis avec tous les transports que peut causer une amitié vive et sincère. J’achetai des esclaves de l’un et de l’autre sexe, de belles terres, et je fis une grosse maison. Ce fut ainsi que je m’établis, résolu d’oublier les maux que j’avais soufferts, et de jouir des plaisirs de la vie.»
Sindbad s’étant arrêté en cet endroit, ordonna aux joueurs d’instruments de recommencer leurs concerts, qu’il avait interrompus par le récit de son histoire. On continua jusqu’au soir de boire et de manger, et, lorsqu’il fut temps de se retirer, Sindbad se fit apporter une bourse de cent sequins, et la donnant au porteur: «Prenez, Hindbad, lui dit-il, retournez chez vous, et revenez demain entendre la suite de mes aventures.» Le porteur se retira fort confus de l’honneur et du présent qu’il venait de recevoir. Le récit qu’il en fit au logis fut très-agréable à sa femme et à ses enfants, qui ne manquèrent pas de remercier Dieu du bien que la Providence leur faisait par l’entremise de Sindbad.
Hindbad s’habilla le lendemain plus proprement que le jour précédent, et retourna chez le voyageur libéral, qui le reçut d’un air riant et lui fit mille caresses. Dès que les conviés furent tous arrivés, on servit et l’on tint table fort longtemps. Le repas fini, Sindbad prit la parole, et s’adressant à la compagnie: «Messieurs, dit-il, je vous prie de me donner audience et de vouloir bien écouter les aventures de mon second voyage. Elles sont plus dignes de votre attention que celles du premier.» Tout le monde garda le silence, et Sindbad parla en ces termes:
SECOND VOYAGE DE SINDBAD LE MARIN.
«J’avais résolu, après mon premier voyage, de passer tranquillement le reste de mes jours à Bagdad, comme j’eus l’honneur de vous le dire hier. Mais je ne fus pas longtemps sans m’ennuyer d’une vie oisive; l’envie de voyager et de négocier par mer me reprit: j’achetai des marchandises propres à faire le trafic que je méditais, et je partis une seconde fois avec d’autres marchands dont la probité m’était connue. Nous nous embarquâmes sur un bon navire, et, après nous être recommandés à Dieu nous commençâmes notre navigation.
[15] Degial, chez les mahométans, est le même que l'Antéchrist. Selon eux, il viendra à la fin du monde, conquerra toute la terre, excepté la Mecque, Médine, Tarse et Jérusalem, qui seront préservées par des anges qu'il verra à l'entour. (Galland.)