Les Mille Et Une Nuits Tome II
- Автор: Galland Antoine
- Язык: французский
- Жанр: Сказки народов мира
Электронная книга - «Les Mille Et Une Nuits Tome II». Краткое содержание книги:
Dans l’alarme que cette fâcheuse nouvelle donna au roi, Amgiad prit la parole: «Sire, lui dit-il, quoique je vienne de remettre entre les mains de Votre Majesté la dignité de son premier ministre dont elle m’avait honoré, je suis prêt néanmoins de lui rendre encore service, et je la supplie de vouloir bien que j’aille voir qui est cet ennemi qui vient vous attaquer dans votre capitale, sans vous avoir déclaré la guerre auparavant.» Le roi l’en pria, et il partit sur-le-champ avec peu de suite.
Le prince Amgiad ne fut pas longtemps à découvrir l’armée, qui lui parut puissante et qui avançait toujours. Les avant-coureurs, qui avaient leurs ordres, le reçurent favorablement et le menèrent devant une princesse, qui s’arrêta avec toute son armée pour lui parler. Le prince Amgiad lui fit une profonde révérence et lui demanda si elle venait comme amie ou comme ennemie, et, si elle venait comme ennemie, quel sujet de plainte elle avait contre le roi son maître.
«Je viens comme amie, répondit la princesse, et je n’ai aucun sujet de mécontentement contre le roi des mages. Ses états et les miens sont situés d’une manière qu’il est difficile que nous puissions avoir aucun démêlé ensemble. Je viens seulement demander un esclave nommé Assad, qui m’a été enlevé par un capitaine de cette ville qui s’appelle Behram, le plus insolent de tous les hommes, et j’espère que votre roi me fera justice quand il saura que je suis Margiane.
«- Puissante reine, reprit le prince Amgiad, je suis le frère de cet esclave que vous cherchez avec tant de peine. Je l’avais perdu et je l’ai retrouvé. Venez, je vous le livrerai moi-même, et j’aurai l’honneur de vous entretenir de tout le reste: le roi mon maître sera ravi de vous voir.»
Pendant que l’armée de la reine Margiane campa au même endroit par son ordre, le prince Amgiad l’accompagna jusque dans la ville et jusqu’au palais, où il la présenta au roi; et après que le roi l’eut reçue comme elle le méritait, le prince Assad, qui était présent et qui l’avait reconnue dès qu’elle avait paru, lui fit son compliment. Elle lui témoignait la joie qu’elle avait de le revoir, lorsqu’on vint apprendre au roi qu’une armée plus formidable que la première paraissait d’un autre côté de la ville.
Le roi des mages, épouvanté plus que la première fois de l’arrivée d’une seconde armée plus nombreuse que la première, comme il en jugeait lui-même par les nuages de poussière qu’elle excitait à son approche et qui couvraient déjà le cieclass="underline" «Amgiad, s’écria-t-il, où en sommes-nous? Voilà une nouvelle armée qui va nous accabler.»
Amgiad comprit l’intention du roi, il monta à cheval et courut à toute bride au-devant de cette nouvelle armée. Il demanda aux premiers qu’il rencontra à parler à celui qui la commandait, et on le conduisit devant un roi qu’il reconnut à la couronne qu’il portait sur la tête. De si loin qu’il l’aperçut, il mit pied à terre, et lorsqu’il fut près de lui, après qu’il se fut jeté la face en terre, il lui demanda ce qu’il souhaitait du roi son maître.
«Je m’appelle Gaïour, reprit le roi, et suis roi de la Chine. Le désir d’apprendre des nouvelles d’une fille nommée Badoure, que j’ai mariée depuis plusieurs années au prince Camaralzaman, fils du roi Schahzaman, roi des îles des Enfants de Khaledan, m’a obligé de sortir de mes états. J’avais permis à ce prince d’aller voir le roi son père, à la charge de venir me revoir d’année en année avec ma fille; depuis tant de temps, cependant, je n’en ai pas entendu parler. Votre roi obligerait un père affligé de lui apprendre ce qu’il en peut savoir.»
Le prince Amgiad, qui reconnut le roi son grand-père à ce discours, lui baisa la main avec tendresse, et en lui répondant: «Sire, Votre Majesté pardonnera cette liberté quand elle saura que je la prends pour lui rendre mes respects comme à mon grand-père. Je suis fils de Camaralzaman, aujourd’hui roi de l’île d’Ébène, et de la reine Badoure, dont elle est en peine, et je ne doute pas qu’ils ne soient en parfaite santé dans leur royaume.»
Le roi de la Chine, ravi de voir son petit-fils, l’embrassa aussitôt très-tendrement, et cette rencontre si heureuse et si peu attendue leur tira des larmes de part et d’autre. Sur la demande qu’il fit au prince Amgiad du sujet qui l’avait amené dans ce pays étranger, le prince lui raconta toute son histoire et celle du prince Assad, son frère. Quand il eut achevé: «Mon fils, reprit le roi de la Chine, il n’est pas juste que des princes innocents comme vous soient maltraités plus longtemps. Consolez-vous, je vous remènerai, vous et votre frère, et je ferai votre paix. Retournez, et faites part de mon arrivée à votre frère.»
Pendant que le roi de la Chine campa à l’endroit où le prince Amgiad l’avait trouvé, le prince Amgiad retourna rendre réponse au roi des mages, qui l’attendait avec grande impatience. Le roi fut extrêmement surpris d’apprendre qu’un roi aussi puissant que celui de la Chine eût entrepris un voyage si long et si pénible, excité par le désir de voir sa fille, et qu’il fût si près de sa capitale. Il donna aussitôt les ordres pour le bien régaler et se mit en état d’aller le recevoir.
Dans cet intervalle, on vit paraître une grande poussière d’un autre côté de la ville, et l’on apprit bientôt que c’était une troisième armée qui arrivait. Cela obligea le roi de demeurer et de prier le prince Amgiad d’aller voir encore ce qu’elle demandait.
Amgiad partit, et le prince Assad l’accompagna cette fois. Ils trouvèrent que c’était l’armée de Camaralzaman, leur père, qui venait les chercher. Il avait donné des marques d’une si grande douleur de les avoir perdus, que l’émir Giondar à la fin lui avait déclaré de quelle manière il leur avait conservé la vie; ce qui l’avait fait résoudre de les aller chercher en quelque pays qu’ils fussent.
Ce père affligé embrassa les deux princes avec des ruisseaux de larmes de joie, qui terminèrent agréablement les larmes d’affliction qu’il versait depuis si longtemps. Les princes ne lui eurent pas plutôt appris que le roi de la Chine, son beau-père, venait d’arriver aussi le même jour, qu’il se détacha avec eux et avec peu de suite et alla le voir en son camp. Ils n’avaient pas fait beaucoup de chemin qu’ils aperçurent une quatrième armée qui s’avançait en bel ordre, et paraissait venir du côté de Perse.
Camaralzaman dit aux princes ses fils d’aller voir quelle armée c’était, et qu’il les attendrait. Ils partirent aussitôt, et à leur arrivée ils furent présentés au roi à qui l’armée appartenait. Après l’avoir salué profondément, ils lui demandèrent à quel dessein il s’était approché si près de la capitale du roi des mages.
Le vizir, qui était présent, prit la parole. «Le roi à qui vous venez de parler, leur dit-il, est Schahzaman, roi des îles des Enfants de Khaledan, qui voyage depuis longtemps dans l’équipage que vous voyez, en cherchant le prince Camaralzaman, son fils, qui est sorti de ses états il y a de longues années. Si vous en savez quelques nouvelles, vous lui ferez le plus grand plaisir du monde de l’en informer.»
Les princes ne répondirent autre chose sinon qu’ils apporteraient la réponse dans peu de temps, et ils revinrent à toute bride annoncer à Camaralzaman que la dernière armée qui venait d’arriver était celle du roi Schahzaman, et que ce roi, son père, y était en personne.
L’étonnement, la surprise, la joie, la douleur d’avoir abandonné le roi son père, sans prendre congé de lui, firent un si puissant effet sur l’esprit du roi Camaralzaman, qu’il tomba évanoui dès qu’il eut appris qu’il était si près de lui; il revint à la fin par l’empressement des princes Amgiad et Assad à le soulager, et lorsqu’il se sentit assez de forces, il alla se jeter aux pieds du roi Schahzaman.