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Le gang des rêves

Электронная книга - «Le gang des rêves». Краткое содержание книги:

Une Italienne de quinze ans débarque avec son fils dans le New York des années vingt…
L’histoire commence, vertigineuse, tumultueuse. Elle s’achève quelques heures plus tard sans qu’on ait pu fermer le livre, la magie Di Fulvio.
Roman de l’enfance volée, Le Gang des rêves brûle d’une ardeur rédemptrice : chacun s’y bat pour conserver son intégrité et, dans la boue, le sang, la terreur et la pitié, toujours garder l’illusion de la pureté.
Dramaturge, le Romain Luca Di Fulvio est l’auteur de dix romans.
Deux d’entre eux ont déjà été adaptés au cinéma ; ce sera le destin du Gang des rêves, qui se lit comme un film et dont chaque page est une nouvelle séquence.
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Christmas sourit sans comprendre. Sa lèvre lui faisait mal. Son front aussi. Il savait qu’il était dans un état pitoyable et qu’il ne pouvait se présenter chez lui ainsi. Alors il traversa le hall de l’immeuble et frappa doucement à une porte du rez-de-chaussée où, espérait-il, un vieux copain pourrait lui donner un coup de main.

« Merde, qui c’est qui t’a démoli comme ça, chef ? » s’exclama Santo Filesi en ouvrant la porte de l’appartement où il vivait avec son père et sa mère.

« Si j’te l’dis, tu lui règles son compte ? » essaya de plaisanter Christmas.

Santo rougit :

« Ben, je… non, j’voulais dire…

— Que Dieu te bénisse, Santo ! » et Christmas s’écroula dans ses bras.

Au bout d’une semaine, ses blessures commencèrent à guérir. Cetta le prévint qu’il lui resterait des cicatrices. Celle du front serait dissimulée par sa mèche blonde, mais celle qui se trouvait sur la lèvre se verrait toujours. Une espèce de médecin l’avait recousu — un homme qui avait plutôt l’air d’un couturier ambulant, de ceux qui arpentaient les rues avec leur machine à coudre portable, spécialisés dans le raccommodage rapide. Mais la croûte descendait de presque un pouce vers son menton. Cetta avait caressé cette blessure, le regard triste, comme si on lui avait cassé son jouet préféré. Et puis elle avait parlé à Christmas de Mikey, le fils de ses grands-parents adoptifs Tonia et Vito Fraina. C’était un jeune homme qui riait tout le temps, lui avait-elle expliqué, qui ne prenait pas la vie au sérieux, portait des vêtements voyants et avait toujours un tas d’argent en poche. Cetta s’exprimait d’une voix douce, chaude et pleine d’amour. Et aussi pleine de détresse. Elle avait raconté à Christmas qu’on avait planté un pic à glace dans la gorge, le cœur et le foie de Mikey. Puis on lui avait tiré un coup de pistolet dans l’oreille, faisant gicler la moitié de son cerveau de l’autre côté, et comme il bougeait encore on l’avait étranglé avec du fil de fer. Pour finir, on l’avait fourré dans une voiture volée, avait poursuivi Cetta, sans jamais quitter Christmas des yeux et sans lui permettre de baisser les siens. On avait obligé Sal, son seul ami, à conduire et à les abandonner tous les deux, la voiture volée et Mikey, dans un lotissement en construction à Red Hook, Brooklyn.

« Je me rappelle encore mémé Tonia, lorsqu’elle passait le doigt sur la photo de son garçon mort, avait ajouté Cetta. Elle avait effacé son costume, à force de le caresser… » et alors Cetta avait posé sa main grande ouverte sur la poitrine de son fils et lentement, sans parler, avait commencé à passer le pouce de haut en bas, le caressant. Le regard voilé. Soudain lui était revenue à l’esprit sa propre mère, ce jour où elle l’avait estropiée pour qu’elle ne se fasse pas violer par le patron. Depuis ce jour-là, vingt années s’étaient écoulées, et elle n’y avait plus jamais repensé — c’était une autre vie, un autre monde. Mais à ce moment-là, tandis qu’elle continuait à passer le pouce sur la poitrine de son fils, elle avait compris ce que sa mère avait éprouvé. Et vingt ans après, elle lui pardonna. « Écoute-moi, Christmas » fit alors Cetta, avec la voix dure de sa mère et en utilisant presque les mêmes mots qu’elle. « Maintenant tu es grand et tu comprends bien tout ce que je dis. Alors tu comprendras, en me regardant dans les yeux, que je suis capable de faire ce que je vais t’annoncer. Si tu ne changes pas de vie, je te tuerai de mes mains. » Elle arrêta de bouger le pouce qui caressait la poitrine de Christmas. Elle fit une pause. « Moi, je ne suis pas comme mémé Tonia. Et je ne frotterai pas jusqu’à l’usure la photo de mon fils ! » Ses yeux s’embuèrent de larmes mais son regard demeura dur et déterminé. Elle referma lentement la main qui était toujours posée sur Christmas et soudain, avec toute la force dont elle était capable, elle le frappa en pleine poitrine, d’un violent coup de poing. Puis elle sortit de l’appartement.

Quand elle revint, dix minutes plus tard, elle avait un paquet à la main.

Christmas était toujours assis sur le canapé, tête entre les mains, emmêlant ses cheveux blonds couleur du blé avec ses doigts.

« Lève-toi ! » lui lança Cetta.

Christmas la regarda. Il s’exécuta.

« Déshabille-toi ! » lui ordonna-t-elle.

Christmas fronça les sourcils mais ensuite, croisant le regard dur de sa mère, il enleva sa veste, son pantalon et sa chemise, jusqu’à se retrouver en tricot de corps, caleçon et chaussettes. Cetta ramassa ses vêtements et en fit une boule. Elle se dirigea vers la cuisinière, ouvrit la petite porte du poêle où brûlait le charbon, et y jeta le tout.

Christmas ne dit mot.

Alors, tandis qu’une fumée dense commençait à sortir de la grille du four, Cetta revint sur ses pas et lança avec brusquerie à son fils le paquet qu’elle avait amené. « À partir d’aujourd’hui, tu ne t’habilleras plus en gangster ! » décréta-t-elle d’un ton qui, loin de s’adoucir, devenait de plus en plus déterminé.

Christmas ouvrit le paquet. Il contenait un costume marron, comme ceux que portaient tous les hommes du quartier, et une chemise blanche. Comme ce que mettait Santo.

« Et coiffe-toi ! » ajouta Cetta avant de lui tourner le dos et d’aller s’enfermer dans sa chambre en claquant la porte, parce que maintenant la peur la submergeait.

Christmas demeura immobile au milieu du petit salon, à moitié nu, costume marron et chemise blanche à la main, tandis que la pièce se remplissait d’une fumée dense et âcre qui le faisait larmoyer et lui rappelait celle qui s’était dégagée du magasin de Pep. Il toussa. Puis ouvrit grand la fenêtre. Il regarda en bas de l’immeuble, entendit la voix des passants et aperçut des gamins en haillons qui tournaient autour d’un ivrogne, attendant le moment propice pour le dévaliser. L’air froid se mêlait à la fumée de ses vieux vêtements qui brûlaient, et le faisait frissonner.

Alors, lentement, il enfila la chemise blanche et le costume marron.

« Eh, Diamond, qu’est c’que tu fous, fringué comme ça ? ricana Joey. T’as l’air d’un employé ! Tu l’as trouvé où, ce costume ? aux puces ?

— Ça fait deux semaines que t’as disparu ! (Christmas saisit Joey par le col de la veste et le secoua violemment). Merde, mais t’étais où ? »

Joey écarta les bras et eut un petit sourire fourbe, penchant la tête de côté :

« Oh, du calme, j’avais quelques affaires à régler… »

Christmas le poussa contre le mur, sans relâcher sa prise :

« Quelles affaires ?

— Calme-toi… (Joey continuait à sourire mais ses yeux, qui tentaient de fuir ceux de Christmas, étaient gagnés par un malaise croissant). Oh, c’est toujours les mêmes trucs, Diamond… (Il porta la main gauche à sa poche). J’ai ta part, t’en fais pas ! On est associés, non ? C’est pas mon genre, d’oublier mon associé…

— Pourquoi tu t’es tiré ? (La voix de Christmas vibrait, sinistre, dans la petite rue). Tu croyais que j’étais grillé ? Tu chiais dans ton froc ?

— Mais qu’est c’que tu racontes ? »

Joey rit, sur une note un peu stridente, tout en gardant la main dans sa poche. Et, à nouveau, il évita le regard de Christmas. Celui-ci le pressa avec force contre le mur :

« Regarde-moi ! Pourquoi tu t’es tiré ? » hurla-t-il.

Les yeux de Joey se creusèrent encore plus au milieu de leurs cernes sombres, ils semblaient maintenant à peine entrouverts. C’est alors qu’il sortit la main de la poche : il fit claquer son cran d’arrêt et Christmas sentit la pointe de la lame appuyée contre son flanc, à hauteur du foie.

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