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Prestimion le Coronal [Lord Prestimion - fr]

Электронная книга - «Prestimion le Coronal [Lord Prestimion - fr]». Краткое содержание книги:

Vainqueur de la guerre des Sorciers, Prestimion, qui a manqué d’y perdre la vie, a payé chèrement le titre de Coronal. La fine fleur de Majipoor a été décimée, le monde ravagé, et la belle Thismet, la grande passion de Prestimion, est morte dans les combats.
Prestimion a décidé de rendre la paix à la planète géante et d’effacer de toutes les mémoires, avec l’aide de deux mages, le souvenir du conflit atroce et de tous ceux qui ont péri. Seuls deux de ses compagnons d’armes et lui-même en garderont la trace indélébile dans leurs souvenirs.
Mais comment Prestimion pourrait-il exulter de joie durant la cérémonie de son couronnement alors que ce secret lui pèse ? Et comment pourrait-il prendre femme comme le doit un Coronal alors qu’il demeure obsédé par l’image de Thismet ?
Pire, le charme d’oubli a creusé dans les esprits un vide insidieux que vient souvent remplir la folie. La sédition gronde. La violence menace à nouveau de ravager Majipoor.
Prestimion saura-t-il guérir les peuples dont il a la charge, et se sauver lui-même en retrouvant l’amour ?
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Tout était silencieux dans la forêt. Comme s’il y était le seul être vivant.

En contournant un boqueteau de jeunes arbres au tronc droit, si rapprochés les uns des autres qu’ils formaient une palissade, tout changea brusquement. Il découvrit une petite clairière au centre de laquelle se tenait la montagnarde. Elle regardait dans toutes les directions, comme si elle cherchait le steetmoy, ou bien le chasseur novice. Dekkeret la héla ; au même instant, le steetmoy surgit du bois, de l’autre côté.

La femme édentée, déjà tournée vers Dekkeret, pivota prestement sur elle-même pour faire face à l’animal furieux. Le steetmoy se dressa et l’écarta d’un grand coup de patte, la faisant tomber de tout son long. Le steetmoy passa devant Dekkeret pétrifié et poursuivit son chemin vers le bosquet le plus proche.

Il fallut un moment à Dekkeret pour reprendre ses esprits. Puis il se remit en mouvement, s’élançant un fois de plus à la poursuite du steetmoy, sentant que c’était sa dernière chance, que s’il perdait de nouveau l’animal de vue, il ne le reverrait plus.

Les muscles de ses cuisses et de ses mollets devenaient durs comme du bois ; il les sentait se contracter. En prenant un virage, il posa le pied sur un rocher plat, glissa et se tordit la cheville ; il sentit une douleur fulgurante se propager le long de sa jambe gauche. Mais il poursuivit son chemin. Le steetmoy ne semblait plus vouloir essayer de lui échapper ; il se contentait de courir droit devant lui. Ils arrivèrent ainsi dans une portion de la forêt assez dégagée pour que chacun marche aisément. Cela donnait un avantage à Dekkeret qui, même s’il n’était pas un bon coureur, aurait dû avancer plus vite que le steetmoy en terrain découvert.

Mais il était incapable de réduire la distance qui le séparait de sa proie. Il était encore plein d’énergie, mais ne savait quoi faire pour que les muscles rebelles de ses jambes le portent plus rapidement. Il devenait évident que le steetmoy allait encore lui échapper.

Il n’en fut rien. En arrivant devant un massif épais et touffu de végétaux, l’animal s’arrêta, choisissant inexplicablement, plutôt que de s’enfoncer dans le fourré, de faire face à son poursuivant. Avait-il décidé d’en finir une bonne fois pour toutes avec cet adversaire obstiné ? Était-il simplement fatigué de courir ? Dekkeret n’aurait jamais la réponse à ces questions. Il n’eut pas le temps de réfléchir. Avant de comprendre pleinement ce qui se passait, emporté par son élan, il se trouva pratiquement contre l’animal debout sur ses pattes de derrière, adossé à l’enchevêtrement végétal. Dekkeret entendit un grondement furieux et vit une patte massive se diriger vers lui. Il l’évita instinctivement et frappa, le poignard levé ; le steetmoy poussa un grognement de douleur. Dekkeret recula pour porter un autre coup et atteignit de nouveau sa cible. Des gouttes de sang écarlate jaillirent sur la douce fourrure blanche de la poitrine du steetmoy.

Dekkeret fit un pas en arrière, le souffle court. Un troisième coup de poignard serait-il nécessaire ? Devait-il utiliser la machette ?

Non. Non. Le steetmoy resta un moment debout en se balançant doucement d’un côté sur l’autre tandis que ses yeux brillants, bordés de rouge, commençaient à se voiler. Puis il s’affaissa. Dekkeret se pencha sur l’animal, osant à peine en croire ses yeux. Le steetmoy ne bougeait plus.

Il se retourna et se mit à crier à pleine gorge, les mains en porte-voix.

— Akbalik, où êtes-vous ? Je l’ai eu, Akbalik ! Je l’ai eu !

Une réponse étouffée lui parvint dans la brume, sans qu’il pût en comprendre le sens.

Il fit une nouvelle tentative.

— Akbalik ?

Pas de réponse cette fois. Les chasseurs non plus ne donnaient pas signe de vie. Où étaient-ils tous passés ? S’il laissait le steetmoy à l’endroit où il était tombé, ne risquait-il pas d’être dévoré avant son retour par des animaux nécrophages ?

Plusieurs minutes s’écoulèrent ; de gros flocons voletaient en tous sens. Dekkeret comprit qu’il ne pouvait pas rester là. Il se mit lentement en route, dans la direction d’où il pensait être venu, cherchant ses traces dans la neige. Au bout d’un moment, il reconnut le boqueteau aux arbres serrés, le contourna et découvrit une scène qui devait rester gravée dans son esprit jusqu’à la fin de ses jours.

Akbalik et quatre chasseurs des Marches se tenaient au centre d’une clairière. Une machette tachée de sang pendait au bout du bras d’Akbalik et la neige était souillée d’éclaboussures écarlates. Les hommes des Marches, en retrait, tournèrent vers Dekkeret un regard dur comme la pierre. La femme édentée gisait sur le dos, le ventre atrocement déchiqueté. Deux mètres plus loin se trouvait le corps d’un animal trapu, au museau tronqué, pratiquement coupé en deux par la machette d’Akbalik ; des taches de sang étaient visibles sur le groin.

— Akbalik ? fit Dekkeret, atterré. Que s’est-il passé ? Est-elle… ?

— Morte ? À ton avis ?

— C’est cet animal qui l’a tuée ? Comment s’appelle-t-il ?

— Un tumilat, d’après ce qu’ils disent. Un animal nécrophage, qui se nourrit de charognes. Il vit dans un terrier et il lui arrive de tuer quand il tombe sur un animal blessé ou mourant. Mais je ne comprends pas pourquoi un tumilat aurait attaqué quelqu’un qui…

— Non ! souffla Dekkeret d’une toute petite voix en portant la main à sa bouche. Non, non, non !

— Qu’y a-t-il, Dekkeret ? Que veux-tu dire ?

— Ce n’est pas le tumilat, murmura Dekkeret. C’est le steetmoy. En surgissant des arbres, il s’est trouvé face à elle et l’a jetée à terre d’un coup de patte. Il a poursuivi sa course et moi je l’ai suivi. J’ai fini par le rattraper et je l’ai tué. Mais je n’ai pas pris le temps de n’occuper de cette femme ; je l’ai laissée là, allongée, blessée peut-être, sans connaissance… Oh ! Akbalik ! Elle est complètement sortie de mon esprit… Et quand le tumilat est arrivé, il a vu qu’elle ne bougeait pas et… oh ! non !

Dekkeret baissa les yeux sur le manteau de neige qui recouvrait le paysage.

— Oh ! Akbalik ! répéta-t-il, glacé d’horreur. Oh !

9

Quand Prestimion et ses compagnons sortirent du Labyrinthe par la porte méridionale, ils virent les étendues immenses d’Alhanroel se déployer devant eux comme un océan infini. Le terrain était plat à cet endroit et l’horizon formait une ligne grise et floue qui semblait s’étirer à un million de kilomètres. Chaque journée apportait des paysages nouveaux, une végétation nouvelle, une cité nouvelle. Et quelque part devant eux, dans cette plate immensité, Dantirya Sambail poursuivait sa fuite en avant.

Le cortège royal fit une première halte à Bailemoona, la ravissante cité entourée de plaines fertiles, où Mandralisca, le goûteur du Procurateur, avait été vu par le garde-chasse du prince Serithorn. Kaitinimon, le jeune duc de Bailemoona, le fils de Kanteverel, vint les accueillir aux portes de la cité, devant les murs d’un rouge éclatant.

Il tenait de son père un visage rond et ouvert et, à l’image de Kanteverel, préférait une tunique flottante à une tenue de cérémonie plus voyante. Mais Kanteverel n’avait jamais été qu’un être jovial et enjoué, alors qu’une tension difficilement contenue était perceptible chez le jeune homme, une rigueur à peine dissimulée qui faisait de lui quelqu’un de totalement différent. Mais comme un Coronal n’était pas venu en visite depuis une éternité à Bailemoona, Kaitinimon montra un visage rayonnant à l’arrivée de Prestimion en l’honneur de qui de grandes festivités avaient été organisées : une foule de musiciens, de jongleurs et d’habiles illusionnistes, et une savoureuse dégustation de la cuisine réputée de la région, avec un vin local pour accompagner chaque plat. Une visite des légendaires abeilles dorées de Bailemoona était évidemment prévue.

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