Le Seigneur des anneaux [- Tome 2 - Les deux tours]
- Автор: Толкин Джон Рональд Руэл
- Год: 2015
- Язык: французский
- Год: Christian Bourgois éditeur
- Жанр: Фэнтези
Электронная книга - «Le Seigneur des anneaux [- Tome 2 - Les deux tours]». Краткое содержание книги:
« Bon ! dit Frodo, se levant et s’emmitouflant dans sa cape. Prends donc ma couverture, Sam, et dors un peu. Je vais aller faire quelques rondes. » Il se raidit tout à coup ; puis, se baissant, il agrippa Sam par le bras. « Qu’est-ce que c’est que ça ? souffla-t-il. Là-bas, sur la falaise ! »
Sam leva les yeux et inspira bruyamment entre ses dents. « Ssss ! fit-il. Voilà ce que c’est. C’est ce Gollum ! Serpents et vipères ! Et dire que j’étais sûr qu’on le perdrait avec notre bout d’escalade ! Regardez-le ! On dirait une sale araignée en train de ramper sur un mur. »
Sur une paroi abrupte, d’aspect presque lisse dans le pâle clair de lune, une petite forme noire se déplaçait, étalant ses membres fluets. Ses mains et ses pieds tendres et adhérents trouvaient peut-être des fentes et des prises qu’aucun hobbit n’aurait jamais remarquées ; en tout cas, on aurait dit qu’elle rampait simplement sur des pattes collantes, comme un gros insecte prédateur. Et elle descendait tête première, comme pour flairer son chemin. Parfois, elle la relevait lentement, retroussant son long et maigre cou ; et les hobbits apercevaient alors deux points de lumière pâle et brillante, des yeux qui cillaient un instant dans le clair de lune avant d’être rapidement refermés.
« Vous croyez qu’il nous voit ? » demanda Sam.
« Je ne sais pas, dit doucement Frodo, mais ça m’étonnerait. Ces capes elfiques sont difficiles à voir, même pour des yeux amis : j’ai peine à te voir à seulement quelques pas, quand tu es dans l’ombre. Et j’ai entendu dire qu’il n’aime pas Soleil ni Lune. »
« Alors pourquoi il descend juste au bon endroit ? » répliqua Sam.
« Tout doux, Sam ! dit Frodo. Il nous sent peut-être. Et il a l’ouïe aussi fine que les Elfes, je pense. Je crois qu’il a entendu quelque chose : nos voix, sans doute. Nous avons beaucoup crié sur la falaise ; et nous parlions bien trop fort à l’instant encore. »
« Eh bien, j’en ai assez de lui, dit Sam. Il s’est montré une fois de trop à mon goût, et je vais lui dire deux mots si j’en ai l’occasion. De toute manière, j’ai pas l’impression qu’on pourrait lui fausser compagnie, maintenant. »
Ramenant son capuchon sur son visage, Sam s’avança vers la falaise à pas de loups.
« Attention ! souffla Frodo, lui emboîtant le pas. Ne lui fais pas peur ! Il est beaucoup plus dangereux qu’il n’en a l’air. »
La forme noire était à présent aux trois quarts de la descente, et peut-être à cinquante pieds du sol, tout au plus. Tapis dans l’ombre d’un gros rocher, d’une immobilité de pierre, les hobbits le guettèrent. Il semblait être arrivé à un passage difficile, ou troublé par quelque chose. Les hobbits l’entendaient renifler, et de temps à autre venait un sifflement perçant qui aurait pu être un juron. Il leva la tête, et ils crurent l’entendre cracher. Puis il reprit sa descente. Ils pouvaient maintenant entendre sa voix grinçante et sifflante.
« Ach, sss ! Attention, trésor ! Hâtons-nous lentement. Faut pas se cassser le cou, n’essst-ce pas, mon trésor ? Non, trésor – gollum ! » Il leva de nouveau la tête, et la lune le fit cligner des yeux. Il les referma vivement. « On la hait, souffla-t-il. Méchante, méchante lumière frisssonneuse, sss… Elle nous espionne, trésor… elle nous fait mal aux yeux. »
Il approchait maintenant du pied de la falaise, et les sifflements se firent plus aigus et plus clairs. « Où essst-ce qu’il est, où essst-ce qu’il est : mon Trésor, mon Trésor ? C’est à nous, oui, à nous, et on le veusse. Ssales voleurs, ssales voleurs, ssales petits voleurs. Où qu’ils sont avec mon Trésor ? On les maudit ! On les z’hait. »
« On dirait pas qu’il sait qu’on est ici, hein ? murmura Sam. Et c’est quoi, son Trésor ? Est-ce qu’il parle de l’… »
« Chut ! lui souffla Frodo. Il approche, maintenant, assez pour nous entendre murmurer. »
De fait, Gollum s’était de nouveau arrêté brusquement : sa grosse tête se balançait de côté et d’autre sur son cou décharné, comme pour écouter. Ses pâles yeux étaient à demi ouverts. Sam se retenait, mais ses doigts lui démangeaient. Ses yeux, remplis de colère et de dégoût, restaient fixés sur cet être misérable, qui se remit alors en mouvement, toujours murmurant et sifflant.
Enfin il ne se trouva plus qu’à une douzaine de pieds du sol, juste au-dessus de leurs têtes. À partir de là, la descente était brusque, car la falaise était légèrement en surplomb, et même Gollum ne put trouver de prise d’aucune sorte. Il parut vouloir se retourner, de manière à présenter les jambes d’abord, lorsqu’il tomba soudain avec un cri et un sifflement stridents. Afin d’amortir sa chute, il se roula en boule, comme une araignée dont le fil est soudainement rompu dans sa descente.
Sam, sortant de sa cachette en un éclair, traversa en quelques bonds l’espace qui le séparait de la falaise. Avant que Gollum ait pu se relever, il s’était jeté sur lui. Mais Gollum fut beaucoup plus difficile à mater qu’il ne s’y attendait, même en étant pris de la sorte, soudainement et par surprise, tout juste après une chute. Avant que Sam ait pu l’empoigner, de longs bras et jambes s’entortillèrent autour de lui, retenant ses bras, et une implacable étreinte, douce mais terriblement forte, le saisit comme des cordes qui n’auraient cessé de se serrer ; des doigts poisseux tâtonnaient vers sa gorge. Il sentit alors des dents acérées s’enfoncer dans son épaule. Tout ce qu’il trouva à faire fut de projeter sa tête ronde et dure de côté, frappant la créature en plein visage. Gollum siffla et cracha, mais il ne relâcha pas son étreinte.
Les choses eussent bien mal tourné pour Sam, s’il avait été seul. Mais Frodo se leva d’un bond et tira Dard du fourreau. De sa main gauche, il saisit la tête de Gollum par ses cheveux raides et clairsemés, la tirant vers l’arrière, étirant son long cou, et forçant ses yeux pâles et venimeux à fixer le ciel.
« Lâche-le, Gollum ! dit-il. Voici Dard. Tu l’as déjà vue une fois, il y a bien longtemps. Lâche-le, ou tu la sentiras cette fois-ci ! Je vais te trancher la gorge. »
Gollum s’effondra et devint aussi flasque qu’un bout de ficelle mouillée. Sam se releva et se tâta l’épaule. Ses yeux flamboyaient de rage, mais il ne pouvait se venger : son misérable adversaire se traînait à plat ventre sur les pierres, gémissant.
« Ne nous faites pas mal ! Qu’ils nous fassent pas mal, trésor ! Ils vont pas nous faire mal, gentils petits hobbitss ? On voulait rien faire, nous, mais ils nous sautent dessus comme des chats sur des pauvres sourizs, oui, trésor. Et on se sent si seul, gollum. On va être gentil z’avec eux, très gentil, s’ils sont gentils z’avec nous, n’essst-ce pas, si, si. »
« Bon, qu’est-ce qu’on va en faire ? dit Sam. Le ligoter, comme ça il viendra plus fouiner après nous, que je dis. »
« Mais ça nous tuerait, oui, ça nous tuerait, gémit Gollum. Cruels petits hobbitss. Nous ligoter dans le désert froid et dur et nous abandonner, gollum, gollum. » Des sanglots montèrent dans sa gorge glougloutante.
« Non, dit Frodo. Si nous le tuons, il faut y aller d’un seul coup. Mais on ne peut pas faire ça, pas dans ces conditions. Le malheureux ! Il ne nous a fait aucun mal. »
« Ah bon ? dit Sam en se frottant l’épaule. Reste que c’était son intention, et c’est son intention, je gage. Il veut nous étouffer pendant qu’on dort, c’est ça qu’il veut. »
« Sans doute, dit Frodo. Mais quant à ce qu’il entend faire, c’est une autre histoire. » Il resta un moment à réfléchir. Gollum ne bougeait pas, mais il avait cessé de gémir. Sam se tenait au-dessus de lui et lui lançait des regards noirs.