Le Seigneur des anneaux [- Tome 2 - Les deux tours]
- Автор: Толкин Джон Рональд Руэл
- Год: 2015
- Язык: французский
- Год: Christian Bourgois éditeur
- Жанр: Фэнтези
Электронная книга - «Le Seigneur des anneaux [- Tome 2 - Les deux tours]». Краткое содержание книги:
Frodo finit par être convaincu que sa douleur était réelle ; mais ce ne pouvait être à cause du nœud. L’examinant, il constata qu’il n’était pas trop serré, voire presque pas assez. Sam était plus doux que ses paroles. « Qu’est-ce que tu as ? dit-il. Puisque tu veux t’enfuir, il faut bien t’attacher ; mais on ne veut pas te faire de mal. »
« Ça nous fait mal, ça nous fait ssouffrir, siffla Gollum. Ça gèle, ça mord ! Les Elfes l’ont tressée, on les maudit ! Méchants hobbits, cruels hobbits ! C’est pour ça qu’on esssaie de fuir, mais oui, trésor. On devinait qu’ils étaient des cruels hobbits. Ils vont chez des Elfes, des Elfes féroces avec des yeux brillants. Enlevez-la ! Ça nous fait mal. »
« Non, je ne l’enlèverai pas, dit Frodo, pas sans que… – il s’arrêta un moment pour réfléchir – pas sans que tu puisses me faire une promesse que je saurai sincère. »
« On va jurer de faire ce qu’il veut, oui, oui, c’est ça, dit Gollum, sans cesser de se tordre et de se palper la cheville. Ça nous fait mal. »
« Jurer ? » dit Frodo.
« Sméagol, dit Gollum, soudainement et avec netteté, tout en écarquillant les yeux et en dévisageant Frodo avec une étrange lueur dans le regard, Sméagol va jurer sur le Trésor. »
Frodo redressa le buste, et Sam fut de nouveau surpris par les paroles de son maître et par la sévérité de sa voix. « Sur le Trésor ? Comment oses-tu ? dit-il. Réfléchis !
Un Anneau pour les dominer tous et dans les Ténèbres les lier.
« Attacherais-tu ta promesse à cela, Sméagol ? Il t’y contraindra. Mais il est plus pernicieux que toi. Il pourrait déformer tes mots. Prends garde ! »
Gollum se recroquevilla. « Sur le Trésor, sur le Trésor ! » répéta-t-il.
« Et que jurerais-tu ? » demanda Frodo.
« D’être très, très gentil », dit Gollum. Puis, rampant jusqu’aux pieds de Frodo, il se mit à plat ventre devant lui, murmurant d’une voix rauque ; un frisson le parcourut, comme si les mots mêmes lui glaçaient la moelle. « Sméagol va jurer de jamais, jamais Lui permettre de l’avoir. Jamais ! Sméagol va le sauver. Mais il doit jurer sur le Trésor. »
« Non ! pas dessus, dit Frodo, baissant les yeux sur lui avec une froide pitié. Tout ce que tu veux, c’est pouvoir le voir et le toucher, même en sachant que cela te rendrait fou. Pas dessus. Jure par lui, si tu veux. Car tu sais où il est. Oui, tu le sais, Sméagol. Il est devant toi. »
Pendant un instant, Sam eut l’impression que son maître avait grandi et que Gollum avait rapetissé : une ombre sévère et haute, un puissant seigneur cachant sa splendeur derrière un nuage gris, avec à ses pieds, un petit chien gémissant. Pourtant, les deux n’étaient pas étrangers, mais apparentés, en quelque sorte : leurs esprits pouvaient communiquer. Gollum se dressa à la hauteur des genoux de Frodo, l’accablant de caresses.
« Couché ! Couché ! dit Frodo. Maintenant, fais ta promesse ! »
« On promet, oui, je promets ! dit Gollum. Je vais servir le maître du Trésor. Bon maître, bon Sméagol, gollum, gollum ! » Tout à coup, il se mit à pleurer et voulut de nouveau se mordre la cheville.
« Enlève la corde, Sam ! » dit Frodo.
Sam obéit à contrecœur. Gollum se releva aussitôt et se mit à caracoler de-ci de-là, comme un chien battu que son maître aurait flatté. Dès lors, un changement s’opéra chez lui qui dura quelque temps. Il parlait avec moins de sifflements et de geignements et s’adressait directement à ses compagnons, non à sa propre personne, à son « trésor ». Il tressaillait et se dérobait à leur approche, ou au moindre mouvement brusque, et il évitait tout contact avec leurs capes elfiques ; mais il était amical, et plutôt pitoyable dans son désir de plaire. Il gloussait et gambadait à la moindre plaisanterie, ou même, quand Frodo avait pour lui une parole bienveillante ; et il pleurait quand Frodo le réprimandait. Sam, pour sa part, ne lui disait jamais grand-chose. Il le soupçonnait plus que jamais et, si la chose était possible, il aimait encore moins le nouveau Gollum, le Sméagol, que l’ancien.
« Eh bien, Gollum, ou peu importe comment il faut t’appeler, lui dit-il, c’est l’heure ! Y a plus de lune, et la nuit achève. On ferait mieux d’y aller. »
« Oui, oui, acquiesça Gollum en gambadant. Allons-y ! Il n’y a qu’un seul chemin pour aller du Nord au Sud. Je l’ai trouvé, moi, oh oui. Les Orques ne le prennent pas, les Orques ne le connaissent pas. Les Orques ne traversent pas les Marais, ils les contournent sur des milles et des milles. Très chanceux d’être venus de ce côté. Très chanceux d’avoir trouvé Sméagol. Suivez Sméagol ! »
Il s’éloigna de quelques pas, puis se retourna d’un air questionneur, comme un chien les invitant à la promenade. « Pas si vite, Gollum ! s’écria Sam. Tu restes près de nous, hein ! Je marche sur tes talons, et ma corde n’est pas loin. »
« Non, non ! dit Gollum. Sméagol a promis. »
Au cœur de la nuit, sous les étoiles claires et dures, ils se mirent en route. Gollum les ramena un peu vers le nord par où ils étaient venus ; puis il bifurqua à droite, délaissant les bords escarpés des Emyn Muil, et s’engagea sur les pentes pierreuses et accidentées menant aux vastes marécages en contrebas. Ils se fondirent rapidement et tout doucement dans les ténèbres. Sur toutes les lieues désertes devant les portes du Mordor s’étendait un noir silence.
2Le passage des marais
Gollum allait vite, la tête et le cou tendus en avant, souvent en se servant autant de ses mains que de ses pieds. Frodo et Sam avaient du mal à le suivre ; mais lui ne semblait plus du tout songer à s’échapper, et quand ils traînaient en arrière, Gollum se retournait pour les attendre. Au bout d’un moment, il les amena au bord de l’étroit ravin sur lequel ils étaient précédemment tombés ; mais cette fois, ils n’étaient pas aussi près des collines.
« On y est ! leur cria-t-il. Il y a un chemin qui descend au fond, oui. Maintenant, on le suit – jusqu’à la sortie, loin de ce côté-là. » Il désigna le sud et l’est, vers les marais. Les relents leur montaient aux narines, lourds et fétides, même dans l’air frais de la nuit.
Gollum se mit à aller et venir le long du bord, et finit par les appeler. « Ici ! Ici, on peut descendre. Sméagol y est passé une fois : j’y suis passé, pour me cacher des Orques. »
Il prit la tête, et les hobbits le suivirent dans l’obscurité. Il ne leur fut pas difficile de descendre, car à cet endroit, la fissure avait seulement une quinzaine de pieds de profondeur, et une douzaine de largeur. Un cours d’eau bouillonnait au fond : c’était en fait le lit d’une des nombreuses petites rivières qui ruisselaient du haut des collines pour venir alimenter les mares et les bourbiers stagnants de la plaine au-delà. Gollum tourna à droite, prenant plus ou moins au sud, et faisant clapoter ses pieds dans les eaux pierreuses et peu profondes. Il semblait se délecter du contact de l’eau, et il riait tout seul, gloussant, et même parfois coassant en une sorte de chanson.
Le désert froid
nous mord les doigts,
nous ronge les pieds.
Les pierres, là-haut
sont comme des os
tout décharnés.
Mais la rivière
est fraîche et claire,
douce pour les pieds !
Maintenant on veut…