La Bataille des rois [A Clash of Kings (part 1) - fr]
- Автор: Мартин Джордж Рэймонд Ричард
- Год: 2000
- Язык: французский
- Год: Pygmalion
- ISBN: 2-85704-620-0
- Переводчик: Jean Sola
- Жанр: Фэнтези
Электронная книга - «La Bataille des rois [A Clash of Kings (part 1) - fr]». Краткое содержание книги:
Grâce à son pouvoir d’évocation sans égal, George R.R. Martin nous entraîne dans un fabuleux univers de complots, de vengeances et de combats, de poison et de magie. Ses personnages ont la force des plus grandes créations romanesques : une fois le livre refermé, quel lecteur pourra oublier Sansa, la princesse sentimentale qui se découvre le jouet d’intrigues machiavéliques, Arya, sa sœur casse-cou qui se déguise en garçon pour échapper à la mort, ou leur frère Bran, l’étrange infirme à demi loup-garou ?
Audacieux, imaginé avec un luxe inouï de détails, nourri par une invention débridée, La Bataille des Rois est un roman éblouissant. Il a la puissance des contes anciens qui hantent toutes les mémoires.
Que pouvait signifier cela ? Que faire ? Rapporter ce billet à la reine pour preuve de son imperturbable loyauté ? D’une main fébrile, elle se massa l’estomac. Quoique passée d’un violet vicieux à un vilain jaunâtre, la contusion qu’y avait faite le poing maillé de ser Meryn restait douloureuse. Oui, douloureuse, mais le tort lui en incombait. Que ne dissimulait-elle mieux ses sentiments pour s’épargner la colère de Joffrey. En apprenant que le Lutin venait d’expédier lord Slynt au Mur, devait-elle s’oublier au point de s’exclamer : « Les Autres l’emportent ! » ? Exactement ce qu’il fallait pour ulcérer le roi…
Rendez-vous au bois sacré cette nuit même, si vous souhaitez rentrer chez vous.
Se pouvait-il que tant et tant de prières ardentes fussent exaucées, à la fin, par l’envoi d’un sauveur ? d’un véritable chevalier ? Mais qui, qui ? L’un des jumeaux Redwyne, peut-être. Ou bien cet effronté de ser Balon Swann. Ou même…, pourquoi non ? le beau damoiseau dont les cheveux d’or rouge et le manteau noir constellé d’étoiles affolaient le cœur de la pauvre Jeyne, Béric Dondarrion.
Rendez-vous au bois sacré cette nuit même, si vous souhaitez rentrer chez vous.
Mais s’il s’agissait d’une méchante farce de Joffrey, comme le jour où il l’avait forcée de monter voir sur les remparts la tête de Père ? Ou d’un stratagème destiné à la convaincre de félonie ? Si elle se rendait dans le bois sacré, n’y trouverait-elle pas, l’attendant en silence sous l’arbre-cœur, Glace au poing, l’œil pâle aux aguets, l’abominable ser Ilyn ?
Rendez-vous au bois sacré cette nuit même, si vous souhaitez rentrer chez vous.
Quand la porte s’ouvrit, Sansa fourra précipitamment le billet sous le drap et posa son séant dessus. L’intrus n’était qu’une camérière – la brune au museau de souris noyée. « Que me veux-tu ?
— Madame désire-t-elle prendre un bain, ce soir ?
— Du feu, je pense… J’ai des frissons. » A la vérité, elle grelottait, bien qu’il eût fait très chaud, durant la journée.
« Votre servante. »
Sansa la scruta, soupçonneuse. Avait-elle vu le billet ? L’avait-elle glissé sous l’oreiller ? Il y avait peu d’apparence à cela ; elle semblait stupide et tout sauf le genre à qui l’on confierait le soin de transmettre des messages en catimini, mais comment en jurer sans la connaître ? Pour supprimer tout risque de connivence ou de sympathie, la reine veillait à ce que les femmes attachées au service de sa prisonnière changent tous les quinze jours.
Quand le feu brûla haut et clair, Sansa remercia poliment la fille et la congédia. Mais celle-ci eut beau obéir avec sa promptitude coutumière, Sansa lui trouva un regard vaguement sournois. Voilà. Elle allait se précipiter moucharder chez la reine. Ou bien chez Varys. Oui, sûr et certain, toutes des espionnes.
Une fois seule, elle jeta le billet dans les flammes et le regarda se tordre et s’ourler, noircir. Rendez-vous au bois sacré cette nuit même, si vous souhaitez rentrer chez vous. Elle se porta jusqu’à la fenêtre. Armure lunaire et manteau blanc, un chevalier courtaud faisait les cent pas sur le pont-levis. D’après la stature, il ne pouvait s’agir que de ser Preston Verchamps. Bien qu’elle eût, par permission expresse de la reine, toute latitude de circuler dans le château, il ne manquerait pas de s’étonner qu’elle sorte à une heure aussi avancée de la citadelle de Maegor et de lui demander où elle allait. Que répondre ? Dans sa perplexité, elle se réjouit du moins d’avoir brûlé le billet.
Elle se défit de sa chemise et se faufila dans son lit mais ne put trouver le sommeil. Y est-il encore ? se demandait-elle. Combien de temps m’attendra-t-il ? Mais aussi, lui faire passer ce message sans rien lui dire était par trop cruel. Mille pensées tournaient et retournaient, confuses, dans sa tête.
Si seulement elle avait quelqu’un pour lui dicter la conduite à tenir. Septa Mordane lui manquait, septa Mordane et même Jeyne, son amie la plus sincère. Mais la première avait payé de sa tête, comme les autres, le crime de servir la maison Stark. Quant à la seconde, Sansa ignorait tout de son sort depuis qu’elle avait disparu semblait-il corps et biens. Elle avait beau éviter le plus possible de penser à elles, leur souvenir l’assaillait parfois à l’improviste, et elle avait alors le plus grand mal à refouler ses larmes. Il lui arrivait même, de-ci de-là, de regretter sa sœur. Arya devait être maintenant de retour à Winterfell, saine et sauve, à danser, coudre, jouer avec Bran et Petit Rickon, voire parcourir à cheval, si cela lui chantait, la ville d’hiver. Tandis qu’elle-même… Oh, on lui permettait bien de monter, mais uniquement dans la cour, et cela devenait vite lassant que d’y tourner en rond.
Elle était parfaitement éveillée quand la fit sursauter la clameur. Des cris d’abord lointains mais qui se rapprochaient. Maints appels qui s’entremêlaient. Sans qu’elle pût distinguer les mots. Et des piaffements de chevaux, des bruits de pas précipités, des ordres véhéments. Elle se coula jusqu’à la fenêtre. Des hommes couraient sur les murs, munis de piques et de torches. Retourne te coucher, s’enjoignit-elle, rien là qui te concerne, quelque nouvelle émeute, rien de plus. L’agitation de Port-Réal défrayait tous les commérages, autour des puits, depuis quelque temps. Dans la ville déjà bondée ne cessaient d’affluer de nouveaux réfugiés qui n’avaient souvent d’autre moyen de subsister que le vol et le meurtre. Va te coucher.
Son regard s’attarda. Parti, le chevalier blanc. Toujours abaissé sur la douve sèche, le pont-levis, mais dégarni de sentinelle.
Sans réfléchir, elle ne se détourna que pour se précipiter vers sa garde-robe.Mais qu’est-ce que je fais ? se dit-elle tout en s’habillant, c’est de la folie ! Des centaines de torches illuminaient l’enceinte extérieure. Stannis et Renly étaient-ils enfin venus revendiquer le trône de leur frère et tuer Joffrey ? Si tel était le cas, on relèverait le pont-levis pour couper la citadelle de Maegor du reste de la forteresse. Elle n’en jeta pas moins un manteau gris sur ses épaules et saisit au passage le couteau qui lui servait à découper sa viande. Si c’est un traquenard, plutôt mourir que de les laisser me frapper davantage. Elle dissimula l’arme sous son vêtement.
Une colonne de spadassins en manteau rouge arrivait au pas de course quand elle parvint, furtive, au seuil de la nuit. Elle leur laissa prendre un bon pas d’avance avant de s’engager sur le pont désert. Dans la cour, des hommes bouclaient leur ceinture ou sellaient leur cheval. Non loin des écuries, ser Preston et trois de ses compères en manteaux blêmes comme la lune aidaient Joffrey à endosser son armure. Cette vue lui coupa le souffle mais, par bonheur, le roi ne la vit pas, occupé qu’il était à réclamer en vociférant son arbalète et son épée.
Plus elle s’enfonçait dans le dédale du château, sans oser regarder en arrière de peur que Joffrey ne la remarquât… ou, pire, ne la suivît, plus s’assourdissait le vacarme. Devant se discernait l’escalier serpentin, sinueuse succession d’à-plats vaguement jaunis par l’éclairage clignotant des fenêtres en surplomb. En atteignant la dernière marche, Sansa haletait si fort qu’elle dut se précipiter dans l’ombre d’une colonnade et se plaquer au mur pour reprendre souffle. Et son cœur faillit exploser quand quelque chose lui frôla la jambe – mais ce n’était qu’un chat. Un matou noir, pelé, à l’oreille déchiquetée. Qui lui cracha sa hargne avant de s’esbigner.