La Bataille des rois [A Clash of Kings (part 1) - fr]
- Автор: Мартин Джордж Рэймонд Ричард
- Год: 2000
- Язык: французский
- Год: Pygmalion
- ISBN: 2-85704-620-0
- Переводчик: Jean Sola
- Жанр: Фэнтези
Электронная книга - «La Bataille des rois [A Clash of Kings (part 1) - fr]». Краткое содержание книги:
Grâce à son pouvoir d’évocation sans égal, George R.R. Martin nous entraîne dans un fabuleux univers de complots, de vengeances et de combats, de poison et de magie. Ses personnages ont la force des plus grandes créations romanesques : une fois le livre refermé, quel lecteur pourra oublier Sansa, la princesse sentimentale qui se découvre le jouet d’intrigues machiavéliques, Arya, sa sœur casse-cou qui se déguise en garçon pour échapper à la mort, ou leur frère Bran, l’étrange infirme à demi loup-garou ?
Audacieux, imaginé avec un luxe inouï de détails, nourri par une invention débridée, La Bataille des Rois est un roman éblouissant. Il a la puissance des contes anciens qui hantent toutes les mémoires.
— Il y a cent bordels, en ville, riposta Bronn, où un liard m’achètera tout le con souhaitable, alors qu’un jour ma vie peut dépendre du degré d’attention prêté à vos rustres. » Il se leva. « C’est qui, le mioche en surcot à carreaux bleus qui a trois yeux sur son écu ?
— Un chevalier de bas étage. Un certain Tallad. Pourquoi ? »
Bronn repoussa la mèche qui lui tombait sur le museau. « C’est le meilleur. Mais regardez-le, c’est comme une ritournelle, ses coups se succèdent identiques et dans le même ordre à chaque assaut. » Il ricana doucement. « C’est signer sa mort, le jour où il m’affrontera.
— Improbable que ça lui arrive ; il est à Joffrey. » Ils se mirent à marcher côte à côte, le reître adaptant sa longue foulée au pas trottinant du nain. Il avait depuis quelques jours une dégaine presque honorable. Ses cheveux noirs étaient propres et brossés, sa barbe rasée de frais, et il portait le pectoral de plates noir d’officier du Guet. A ses épaules flottait le manteau écarlate des Lannister, rehaussé de mains d’or. Tyrion le lui avait offert en le nommant capitaine de sa garde privée. « Combien de quémandeurs, aujourd’hui ? demanda-t-il.
— Une trentaine. La plupart pour geindre ou mendigoter, comme à l’ordinaire. Votre toutou est revenu.
— Lady Tanda ? grogna-t-il.
— Son page. Elle vous prie de nouveau à souper. Il y aura un cuissot de venaison, dit-elle, une couple d’oies farcies au coulis de mûres et…
— … sa fille», acheva-t-il aigrement. Depuis l’heure où il était arrivé au Donjon Rouge, lady Tanda n’avait cessé de le harceler, bardée d’un inépuisable arsenal de pâtés de lamproie, sanglier, crèmes, ragoûts, sauces, aromates, épices. L’idée saugrenue lui était venue qu’un nabot bien né ferait un mari idéal pour sa Lollys, vaste buse molle et, selon la rumeur, intacte de trente-trois ans. « Transmets mes regrets.
— Vous plaît pas, l’oie farcie ? » Bronn sourit méchamment.
« Que dirais-tu de manger l’oie et d’épouser la vierge ? Ou, mieux encore, d’envoyer Shagga ?
— Shagga serait plutôt du genre à bouffer la vierge et déflorer l’oie, objecta Bronn. Cela dit, Lollys pèse plus que lui.
— C’est un fait, convint Tyrion tandis qu’ils s’engouffraient dans l’ombre d’un ponceau lancé entre deux tours. Qui d’autre demande après moi ? »
Le reître se fit plus sérieux. « Un prêteur de Braavos, les mains pleines de belles paperasses. Il veut voir le roi pour le remboursement de quelque emprunt.
— Comme si Joff savait compter au-delà de vingt. Envoie ce zèbre à Littlefinger, lui saura comment l’éconduire. Après ?
— Un seigneur venu tout exprès du Trident accuser les hommes de votre père d’avoir incendié son fort, violé sa femme et zigouillé tous ses paysans.
— Sauf erreur, on appelle cela guerre. » Il subodorait là un coup de Gregor Clegane, de ser Amory Lorch ou de cet autre cerbère chouchou de lord Tywin, Qohorik. « Que réclame-t-il de Joffrey ?
— De nouveaux paysans. Il s’est tapé tout ce voyage pour vous enchanter de sa loyauté et en obtenir récompense.
— Je prendrai demain le temps de m’occuper de lui. » Que l’homme fût authentiquement loyal ou simplement aux abois, sa complaisance dans le Conflans pouvait être utile. « Veille à lui faire attribuer une bonne chambre et servir un repas chaud. Envoie-lui aussi des bottes neuves – de bonnes –, en don gracieux de Sa Majesté Joffrey. » Une démonstration de générosité ne gâchait jamais rien.
Bronn acquiesça d’un hochement sec. « Il y a aussi tout un troupeau de boulangers, bouchers, fruitiers qui réclament audience à grands cris.
— Je leur ai déjà répondu : rien à leur donner. » A Port-Réal n’affluait plus qu’un mince filet de denrées, et réservées pour la plupart au château et à la garnison. Légumes, betteraves, farine, fruits, tout atteignait des prix exorbitants, et Tyrion préférait ne point trop se demander quels genres de viande entraient désormais dans les marmites des gargotes de Culpucier. Du poisson, espérait-il. On avait encore la rivière et la mer…, tant que Stannis du moins n’appareillerait pas.
« Ils exigent qu’on les protège. La nuit dernière, on a rôti un boulanger dans son propre four. La populace lui reprochait de vendre le pain trop cher.
— Et qu’en était-il ?
— Il n’est plus en mesure de le nier.
— On ne l’a pas mangé, si ?
— Pas que je sache.
— On le fera la prochaine fois, s’assombrit Tyrion. Je les protège déjà de mon mieux. Les manteaux d’or…
— Ils affirment qu’il y avait des manteaux d’or dans la populace. Ils exigent d’en parler au roi en personne.
— Les idiots. » Il leur avait exprimé ses regrets en les congédiant ; Joffrey les ferait chasser à coups de pique et de fouet. Il fut à demi tenté de permettre…, mais non, il n’osait. Tôt ou tard, des ennemis viendraient assiéger Port-Réal, et du diable s’il voulait voir dans l’enceinte de la ville se dresser des traîtres prêts à tout. « Dis-leur que le roi partage de tout cœur leurs craintes et fera tout son possible en leur faveur.
— C’est du solide qu’ils veulent, pas des promesses.
— Que je leur donne du solide aujourd’hui, demain ils seront deux fois plus nombreux aux portes. Qui d’autre ?
— Un frère noir venu du Mur. L’intendant prétend qu’il apporte dans un bocal une espèce de main pourrie. »
Tyrion sourit tristement. « Etonnant que personne ne l’ait mangée. Il me faudrait le recevoir, je présume. Ce ne serait pas Yoren, des fois ?
— Non. Un chevalier. Thorne.
— SerAlliser Thorne ? » De tous les hommes qu’il avait côtoyés au Mur, celui-là était bien le dernier qu’il eût apprécié. Amer, mesquin et boursouflé de sa médiocrité. « Tout bien réfléchi, je ne me sens pas grande envie de le voir tout de suite. Déniche-lui une cellule bien douillette où l’on n’ait pas changé la jonchée cette année, et laisses-y sa main pourrir encore un tantinet. »
Avec un gros rire de nez, Bronn partit de son côté, et Tyrion gravit seul l’escalier serpentin. Comme il débouchait sur la cour extérieure, il entendit grincer les chaînes de la herse. Escortée de pas mal de monde, Cersei attendait devant la porte principale.
Telle une déesse drapée de vert sur son palefroi blanc, elle le dominait de très haut. « Frère ? » appela-t-elle d’un ton dépourvu de chaleur. Elle n’avait toujours pas digéré la manière dont il avait traité Janos Slynt.
« Votre Grâce. » Il s’inclina poliment. « Vous êtes ravissante, ce matin. » Sa couronne était d’or, son manteau d’hermine. Derrière elle piaffaient ses suivants : ser Boros Blount, de la Garde, tout tapissé d’écaille blanche, avec son air revêche de prédilection ; ser Balon Swann, un arc à sa selle niellée d’argent ; lord Gyles Rosby, plus asthmatique et quinteux que jamais ; Hallyne, le pyromant de la guilde des Alchimistes ; et le tout dernier favori, le cousin ser Lancel, ancien écuyer du feu roi Robert, bombardé chevalier sur les instances de la veuve. Vylar et une vingtaine de gardes les accompagnaient. « Et où comptes-tu te rendre aujourd’hui, sœur ? s’enquit-il.
— Je vais faire la tournée des portes afin d’y inspecter les nouveaux scorpions et feux grégeois. Il me déplairait de laisser accroire que nous sommes tous aussi indifférents à la défense de la ville que toi-même, à ce qu’il semblerait. » Elle dardait sur lui ses claires prunelles voiles dont le mépris même n’altérait pas la splendeur. « J’ai appris que Renly Baratheon avait quitté Hautjardin. Il est en train de remonter la route de la Rose, à la tête de toutes ses forces.