La Bataille des rois [A Clash of Kings (part 1) - fr]
- Автор: Мартин Джордж Рэймонд Ричард
- Год: 2000
- Язык: французский
- Год: Pygmalion
- ISBN: 2-85704-620-0
- Переводчик: Jean Sola
- Жанр: Фэнтези
Электронная книга - «La Bataille des rois [A Clash of Kings (part 1) - fr]». Краткое содержание книги:
Grâce à son pouvoir d’évocation sans égal, George R.R. Martin nous entraîne dans un fabuleux univers de complots, de vengeances et de combats, de poison et de magie. Ses personnages ont la force des plus grandes créations romanesques : une fois le livre refermé, quel lecteur pourra oublier Sansa, la princesse sentimentale qui se découvre le jouet d’intrigues machiavéliques, Arya, sa sœur casse-cou qui se déguise en garçon pour échapper à la mort, ou leur frère Bran, l’étrange infirme à demi loup-garou ?
Audacieux, imaginé avec un luxe inouï de détails, nourri par une invention débridée, La Bataille des Rois est un roman éblouissant. Il a la puissance des contes anciens qui hantent toutes les mémoires.
Oh, futé. Il ne se contentait pas de collecter l’or et de le renfermer dans des caves voûtées, non non, s’il remboursait en promesses les emprunts du roi, il savait aussi les faire travailler. En achetant fourgons, boutiques, bateaux, maisons. En achetant des céréales quand elles surabondaient pour trafiquer du pain en période de pénurie. En achetant de la laine dans le nord, du lin dans le sud, des dentelles à Lys pour les stocker, les teindre, en régir la circulation, les vendre. Et, tandis que les dragons d’or croissaient et multipliaient, le Littlefinger les prêtait au-dehors et les rapatriait avec leurs poussins.
Ce faisant, il introduisait ses hommes dans la place. Des créatures à lui, les garde-clefs – les quatre. Et nommés par lui, le Comptable ainsi que le Trébuchet du roi. Les fonctionnaires chargés des trois trappes. Et, dans chaque état ou corporation, commandants de ports, fermiers des impôts, sergents des douanes, manufacturiers de la laine, collecteurs de taxes, financiers, vinificateurs…, neuf hommes sur dix lui appartenaient. Recrutés dans la classe moyenne au sens large, ils étaient fils qui de négociants, qui de hobereaux, voire étrangers, mais, à en juger par leurs résultats, infiniment plus aptes que leurs prédécesseurs issus du grand monde.
Critiquer ces nominations, nul ne s’en était seulement soucié, mais aussi à quoi bon ? Littlefinger n’était une menace pour personne. Intelligent, tout sourires et tout égalité d’humeur, tout à tous et jamais en peine de trouver autant d’or que le roi ou sa Main l’en sommait, ce assorti d’une naissance des plus médiocre, à peine au-dessus d’un simple chevalier, à qui eût-il porté ombrage ? Il ne pouvait convoquer de ban, n’avait point d’armée de vassaux, point de puissante forteresse, point de domaines dignes de mention, point à espérer de grand mariage.
Mais oserai-je toucher à lui ? se demanda Tyrion. Quelque traître qu’il puisse être? Il en doutait fort, surtout dans les circonstances présentes, avec la guerre qui faisait rage. A la longue, il serait en mesure de remplacer les hommes de Littlefinger dans les postes clés par des hommes à lui, mais…
Une clameur monta tout à coup de la cour. « Ah, Sa Majesté vient de tuer un lièvre, observa lord Baelish.
— Un lambin, sans doute, repartit Tyrion. Vous avez été, messire, élevé à Vivesaigues en tant que pupille. On m’a dit que vous étiez intime des Tully.
— Exact. Des filles surtout.
— Très très intime ?
— J’ai eu leur pucelage. Est-ce assez intime ? »
Le mensonge – car c’était un mensonge évident, pour Tyrion – fut débité d’un air si désinvolte qu’il en devenait presque digne de foi. Se pouvait-il que Catelyn Stark eût menti ? Tant à propos de sa défloration que du poignard ? Plus il vivait, plus Tyrion se persuadait de la complexité des choses et de la minceur de la vérité. « Les filles de lord Hoster ne me portant pas dans leur cœur, confessa-t-il, je crains fort qu’elles ne récusent la moindre offre émanée de moi. Mais je présume qu’un mot de vous leur chatouillerait l’oreille, en revanche.
— Cela dépendrait du mot. Si vous vous flattez de proposer l’échange de Sansa contre votre frère, faites perdre son temps à un autre. Joffrey ne rendra jamais son joujou, et lady Catelyn n’est pas cruche au point de troquer le Régicide contre un brin d’oiselle.
— J’entends joindre Arya au lot. J’ai lancé des hommes à sa recherche.
— Chercher n’est pas trouver.
— Je m’en souviendrai, messire. De toute manière, c’est lady Lysa que j’espérais vous voir suborner. Je lui destine une proposition plus alléchante.
— Lysa est plus traitable que Catelyn, assurément…, mais plus froussarde aussi, et je crois savoir qu’elle vous exècre.
— Elle se figure en avoir de bonnes raisons. Quand je jouissais de son hospitalité, aux Eyrié, elle m’a sans relâche accusé d’avoir assassiné son mari, sans daigner seulement entendre mes dénégations. » Il se pencha d’un air de confidence. « Si je lui donnais le véritable meurtrier de Jon Arryn, elle aurait peut-être meilleure opinion de moi. »
Littlefinger accusa le coup en se redressant sur son siège. « Le véritable meurtrier ? J’avoue que vous piquez ma curiosité. Quel candidat proposez-vous ? »
Ce fut au tour de Tyrion de sourire. « Mes cadeaux, je les donne à mes amis, libéralement. Voilà ce que devrait comprendre Lysa Arryn.
— Est-ce son amitié que vous sollicitez, ou ses épées ?
— Les deux. »
Littlefinger lissa la fine pointe de sa barbichette. « Lysa a ses propres ennemis. Les clans des montagnes de la Lune. Leurs incursions dans le Val se multiplient. Jamais ils ne s’y sont risqués si nombreux…, ni si bien armés.
– Affligeant, lâcha Tyrion Lannister, bien que ce fût son œuvre. Je pourrais l’aider à régler la question. Un mot de moi…
— Et combien lui coûterait ce mot ?
— J’exige qu’elle et son fils reconnaissent hautement Joffrey pour roi, lui jurent allégeance et…
— … entrent en guerre contre les Stark et les Tully ? » Littlefinger secoua la tête. « Là gît l’os, Lannister. Jamais Lysa ne dépêchera ses chevaliers contre Vivesaigues.
— Aussi m’abstiendrai-je de le demander. Nous ne manquons pas d’ennemis. J’utiliserai ses forces contre lord Renly ; ou contre lord Stannis, s’il se décide à appareiller de Peyredragon. En retour, je lui ferai justice pour lord Arryn et donnerai la paix au Val. J’irai même jusqu’à nommer gouverneur de l’Est, à l’instar du père auparavant, son épouvantail de fils. » Je veux le voir voler, piaula quelque part, au fond de sa mémoire, la voix lointaine du marmot. « Enfin, pour sceller le marché, je lui accorderai ma nièce. »
A son grand plaisir, une stupeur sincère apparut dans les prunelles gris-vert de Petyr Baelish. « Myrcella ?
— Elle pourra, l’âge venu, épouser le petit lord Robert. Lady Lysa lui servira d’ici là de tuteur aux Eyrié.
— Et Sa Grâce la reine, que pense-t-elle de ces bagatelles ?» Le haussement d’épaules de Tyrion fit rire Littlefinger aux éclats. « Suis-je bête ! Vous êtes un petit bout d’homme effarant, Lannister. Eh bien oui, je pourrais chanter cette chansonnette à Lysa. » Le sourire madré reparut, et la lueur méchante. « Si j’en avais cure. »
Tyrion hocha la tête et attendit, certain que Littlefinger ne résisterait pas à l’épreuve d’un long silence.
« Or donc, reprit effectivement celui-ci au bout d’un moment, mais sans se montrer le moins du monde décontenancé, qu’avez-vous pour moi dans la manche ?
— Harrenhal. »
Scruter la physionomie de lord Petyr se révéla d’un rare intérêt. Ayant eu pour père le plus menu des menus lords et pour grand-père un obscur chevalier sans terres, il ne devait à sa naissance que quelques arpents rocailleux sur la côte éventée des Quatre Doigts. Harrenhal était en revanche l’une des prunes les plus pulpeuses des Sept Couronnes, avec ses vastes domaines riches et fertiles, son château, formidable autant que les plus formidables du royaume et tellement colossal, tellement ! qu’à côté… Vivesaigues semblait un hochet – Vivesaigues d’où, pupille des Tully, Petyr Baelish s’était fait carrément vider, dès l’instant où il avait eu le toupet de lever les yeux jusqu’à la fille de lord Hoster.
Littlefinger eut beau s’accorder le loisir de rectifier le drapé de sa cape, Tyrion n’en avait pas moins surpris un éclair famélique dans son regard de matou matois.Je le tiens, sut-il. « Harrenhal est maudit, lâcha finalement lord Petyr d’un ton qui se voulait blasé.