Le clan de l'ours des cavernes
- Автор: Ауэл Джин М.
- Серия: Les enfants de la Terre #1
- Год: 2002
- Язык: французский
- Год: J'ai Lu
- ISBN: 2-258-05932-1
- Переводчик: Philippe Rouard
- Жанр: Исторические приключения
Электронная книга - «Le clan de l'ours des cavernes». Краткое содержание книги:
— Zoug ! s’exclama Brun, tandis que toutes les têtes se tournaient vers le vieux chasseur.
— Je ne lui ai jamais appris à se servir d’une fronde, se défendit Zoug avec énergie.
— Zoug ne savait pas qu’il était en train de m’apprendre, s’empressa d’ajouter Ayla, volant au secours du vieillard. Je l’observais quand il apprenait à Vorn.
— Depuis quand sais-tu tirer ? poursuivit Brun.
— Voilà deux étés que je chasse, et je me suis entraînée, sans chasser, l’été d’avant.
— Cela correspond bien au moment où Vorn a commencé son apprentissage, commenta Zoug.
— Oui, répondit Ayla, j’ai commencé le même jour que lui.
— Comment peux-tu savoir exactement quand Vorn a commencé ? demanda Brun, surpris de son assurance.
— Parce que je l’ai vu.
— Que racontes-tu là ? Où étais-tu ?
— Dans le pré où vous vous entraînez. Iza m’avait demandé de lui rapporter de l’écorce de merisier et, quand je suis arrivée, vous étiez déjà là, expliqua-t-elle. Iza avait grand besoin de cette écorce, c’est pourquoi j’ai préféré attendre, et j’ai regardé Zoug donner à Vorn sa première leçon.
— Tu as vu Zoug donner sa première leçon à Vorn ? répéta Broud. Es-tu bien sûre que c’était sa première leçon ?
Broud se sentait encore honteux au souvenir de son humiliation.
— Oui, Broud, j’en suis sûre, répondit Ayla.
— Et qu’as-tu vu d’autre ? ajouta-t-il sur un ton inquisiteur, tandis que Brun se rappelait l’incident survenu ce jour-là.
— J’ai vu les autres en train de s’entraîner, eux aussi, répondit Ayla, essayant d’échapper à la question, mais elle croisa le regard sévère de Brun. Et puis J’ai vu Broud faire tomber Zoug et Brun se mettre très en colère contre lui.
— Tu as vu ça ? Tu as assisté à toute la scène ? s’écria Broud, blême de rage et de honte.
De tous les membres du clan, pourquoi fallait-il que ce fût elle, le témoin de la dure réprimande que Brun lui avait adressée ! La façon désastreuse dont il avait manqué tous ses tirs lui revint en mémoire, de même que celle dont il avait raté la hyène, cette hyène qu’elle avait tuée, elle, une femelle.
Toute la reconnaissance qu’il éprouvait envers Ayla pour avoir sauvé le fils de sa compagne s’évanouit d’un seul coup. Je serai bien content quand elle sera morte. Elle mérite d’être maudite. Il ne pouvait supporter l’idée qu’elle vive, sachant qu’elle l’avait vu tremblant de peur comme une femme devant Brun.
Brun lut sur le visage du fils de sa compagne les sombres pensées qui l’agitaient. Dommage, pensa-t-il, qu’il en soit ainsi alors qu’il y avait une chance pour que leur animosité cesse.
— Tu prétends donc, poursuivit-il, avoir commencé à t’entraîner le même jour que Vorn. Raconte-moi comment.
— Après votre départ, j’ai trouvé la fronde que Broud avait jetée. Personne n’avait songé à la ramasser. Alors je me suis demandé si je serais capable de tirer, et j’ai essayé en appliquant les conseils que Zoug avait donnés à Vorn. Au début, j’ai eu beaucoup de mal, et je suis restée à m’entraîner tout l’après-midi, sans voir le temps passer. J’ai réussi à toucher le poteau une fois seulement, et j’ai cru que c’était un hasard. Mais j’ai pensé qu’en persévérant, je pourrais réussir encore, alors j’ai gardé la fronde.
— Et je suppose que c’est grâce à Zoug que tu as pu t’en fabriquer une autre ?
— Oui.
— Et tu t’es entraînée cet été-là ?
— Oui.
— Et ensuite tu as décidé de t’en servir pour chasser, mais pourquoi t’en prendre aux carnassiers ? C’est plus difficile et fort dangereux. Nous avons trouvé des loups et des lynx morts. Tu as donné raison à Zoug qui affirmait qu’on pouvait les tuer à la fronde. Pourquoi les as-tu choisis ?
— Je savais que je ne pourrais jamais rien apporter à la caverne, mais je désirais chasser ou du moins essayer. Comme les carnassiers n’arrêtent pas de nous voler de la viande, j’ai pensé qu’il serait utile de nous en débarrasser. Alors j’ai décidé de les chasser.
Si Brun se sentait satisfait par cette réponse, il ne comprenait toujours pas les motifs qui l’avaient poussée à chasser, à se servir d’une arme, elle, une femme.
— Tu sais que tu aurais pu toucher Brac et non la hyène en tirant d’aussi loin, dit Brun, curieux de connaître sa réaction.
Il s’était lui-même apprêté à lancer ses bolas, malgré le risque de tuer l’enfant avec l’une des grosses pierres. Mais une mort instantanée eût été préférable à celle qui attendait Brac, et au moins auraient-ils pu l’enterrer et permettre à son esprit de rejoindre le monde invisible selon les rites établis.
— Je savais que j’aurais la hyène, répondit calmement Ayla.
— Comment pouvais-tu en être aussi sûre ? La hyène se trouvait hors de portée.
— Pas pour moi, j’ai déjà tué des animaux à cette distance et en règle générale, je ne les ai pas ratés.
— Il me semble avoir vu la marque de deux pierres, ajouta Brun.
— C’est exact, répondit Ayla. J’ai appris à tirer deux pierres à la suite après m’être fait attaquer par un lynx.
— Tu t’es fait attaquer par un lynx ? s’étonna Brun.
— Oui, dit Ayla, et elle raconta l’épisode de son affrontement avec le félin.
— Et à quelle distance tires-tu ? s’enquit Brun. Montre-moi plutôt. Tu as ta fronde ?
Ayla acquiesça et se releva. Tout le monde se dirigea vers un petit ruisseau qui cascadait à l’autre bout de la clairière où la jeune fille choisit soigneusement quelques galets. Les ronds fendaient mieux l’air et donnaient de meilleurs résultats pour les tirs longs.
— Le petit rocher blanc à côté du gros, là-bas, indiqua-t-elle du doigt.
Brun hocha la tête pour donner son accord. La cible se situait près de deux fois plus loin que la portée courante. Ayla prit une profonde inspiration, glissa un caillou dans sa fronde, et tira deux projectiles coup sur coup. Zoug se précipita pour constater le résultat.
— Il y a deux encoches toutes fraîches dans le rocher blanc. Elle l’a bien touché deux fois, annonça-t-il en revenant, non sans une nuance admirative dans ses gestes, et même un soupçon de fierté.
C’était une femme, et elle n’avait pas le droit de toucher à une arme, pensait le vieux chasseur, mais, à en juger par le tir qu’il venait de voir, elle excellait. Et qu’elle eût appris à son insu confirmait en quelque sorte la valeur de son enseignement. Cette technique à deux pierres, se dit-il, voilà une chose que j’aimerais bien essayer. La fierté de Zoug était celle d’un maître envers un élève dont l’excellence rejaillit sur le maître lui-même. Par ailleurs, elle avait prouvé qu’il avait toujours dit vrai en ce qui concernait les possibilités de la fronde. Ayla redonnait à cette arme toute la noblesse qu’elle méritait.
Brun surprit du coin de l’œil un mouvement dans l’herbe au bout de la clairière.
— Ayla ! Le lapin, là-bas ! s’écria-t-il en désignant le petit animal qui fuyait.
Avec une rapidité déconcertante, Ayla repéra le lapin, ajusta son tir, et abattit l’animal. Point n’était besoin d’aller vérifier. Elle est vive, pensa-t-il en regardant la fillette avec admiration. Tout en sachant les convenances bafouées, le chef ne pouvait s’empêcher de songer à la prospérité de son clan et aux multiples bienfaits que lui apporterait la présence d’un chasseur supplémentaire. Non, c’est impensable, conclut-il après réflexion, c’est aller à l’encontre des traditions.
Creb ne voyait pas la démonstration avec les yeux d’un chasseur. Il n’était désormais convaincu que d’une seule chose : Ayla avait chassé.