Le clan de l'ours des cavernes
- Автор: Ауэл Джин М.
- Серия: Les enfants de la Terre #1
- Год: 2002
- Язык: французский
- Год: J'ai Lu
- ISBN: 2-258-05932-1
- Переводчик: Philippe Rouard
- Жанр: Исторические приключения
Электронная книга - «Le clan de l'ours des cavernes». Краткое содержание книги:
Ebra et Oga se dépêchaient de découper en tranches fines les énormes quartiers de viande, afin de les mettre à sécher. Uka et Ovra étaient occupées à bourrer de graisse un gros intestin tandis qu’Ayla en lavait un autre à la rivière, dont les glaces commençaient à ralentir le cours. Quant aux hommes, installés auprès des défenses du mammouth, ils étaient en grande discussion pour savoir s’ils iraient chasser la gerboise à la fronde.
Assis près de sa mère, Brac jouait avec de petits cailloux. Se lassant bientôt de son jeu, il décida de trouver quelque chose de plus amusant et s’écarta des femmes qui, tout à leur besogne, ne le virent pas s’éloigner. Mais une autre paire d’yeux guettait.
Soudain, on entendit Brac pousser un terrible hurlement de frayeur.
— Mon enfant ! s’écria Oga. Une hyène emporte mon enfant ! L’horrible charognard, prédateur à ses heures et toujours prêt à fondre sur une vieille bête amoindrie ou un jeune égaré, avait attrapé le bambin par le bras et, le serrant dans ses redoutables mâchoires, l’entraînait au loin.
— Brac ! Brac ! hurla Broud en courant derrière le fils de sa compagne, suivi de tous les hommes.
Sortant sa fronde, il se baissa pour ramasser une pierre et se dépêcha de la lancer avant qu’il ne soit trop tard.
— Oh non ! gémit-il de rage comme il ratait la bête pour avoir tiré trop court. Brac ! Brac !
Et tout à coup, venant de la direction opposée, retentit le bruit mat de deux pierres projetées l’une après l’autre. Touchée à la tête, la hyène s’écroula.
Interdit, Broud vit alors Ayla se précipiter, la fronde à la main, vers l’enfant en larmes. En entendant crier Brac, sans songer un seul instant aux conséquences de son geste, elle avait saisi sa fronde et envoyé deux pierres. Ce fut seulement après avoir libéré l’enfant de l’emprise du charognard qu’elle mesura toute la portée de son acte, en voyant les visages consternés tournés vers elle. Son secret se trouvait dévoilé à la vue de tous. Ils savaient qu’elle pouvait chasser. Une peur glacée l’envahit. Que vont-ils me faire ? se demanda-t-elle.
Serrant l’enfant dans ses bras, elle se dirigea vers le camp en évitant les regards. Ce fut Oga qui se remit la première de son étonnement et courut à leur rencontre. A peine arrivée, Ayla entreprit d’examiner le petit garçon, non seulement pour se rendre compte de l’importance de ses blessures, mais aussi pour ne pas avoir à affronter le regard de sa mère. Elle constata que la bête lui avait déchiré le bras et l’épaule et cassé l’avant-bras. Si elle n’avait jamais eu l’occasion de remettre en place un bras cassé, Ayla avait observé Iza le faire. Elle ranima le feu sur lequel elle mit de l’eau à bouillir, et elle alla chercher son sac de guérisseuse.
Encore sous le choc de la découverte, les hommes demeuraient silencieux, peu désireux de se rendre à l’évidence. Pour la première fois de sa vie, Broud ressentait une certaine reconnaissance envers Ayla qui avait sauvé Brac d’une mort horrible, mais les pensées de Brun allaient beaucoup plus loin.
Le chef ne fut pas long à mesurer toutes les conséquences du geste d’Ayla et se vit brusquement confronté à un dilemme épouvantable. En effet le châtiment infligé aux femmes coupables d’avoir utilisé une arme n’était autre que la Malédiction Suprême. Ainsi le voulaient les usages du Clan, si profondément ancrés qu’on ne les mentionnait plus depuis longtemps. Les femmes se gardaient bien d’outrepasser cet interdit, mais la loi n’en subsistait pas moins. D’autre part, Ayla était née chez les Autres.
Brun adorait le fils de la compagne de Broud. Seul Brac avait le don de l’attendrir. L’enfant pouvait faire de lui tout ce qu’il désirait : lui tirer la barbe, lui mettre les doigts dans les yeux, lui baver dessus ; Brun acceptait tout. Comment pouvait-il condamner à mort la fillette qui venait de lui sauver la vie ?
Comment a-t-elle pu réussir son coup ? se demanda-t-il.
L’animal se trouvait hors de portée des hommes, et Ayla était encore plus éloignée qu’eux. Brun s’approcha du cadavre de la hyène et toucha le sang qui coulait encore de ses blessures. Ses yeux ne l’avaient pas trompé quand il avait cru voir filer deux pierres. Personne, pas même Zoug, n’était capable de tirer deux pierres à la fronde avec une telle rapidité, une telle précision et une telle force.
Jamais personne d’ailleurs n’avait tué de hyène à la fronde. Pourtant Zoug avait toujours prétendu l’entreprise réalisable, mais Brun n’y avait jamais cru. A présent, il détenait la preuve que le vieil homme disait vrai. Était-il donc possible de tuer un loup, voire un lynx, à la fronde, comme il le prétendait également ? s’interrogea Brun, dont les yeux s’ouvrirent tout grands sous l’effet de la surprise. Un loup ou un lynx ? Ou alors un glouton, un chat sauvage, un blaireau, un furet ou tout autre prédateur trouvé mort récemment !
Mais c’est évident ! s’exclama-t-il en son for intérieur. C’est elle ! Et ce n’est pas d’hier qu’elle chasse ! Autrement, comment aurait-elle pu acquérir une telle adresse ? Elle est pourtant femme, et elle a parfaitement assimilé le savoir-faire propre à sa condition féminine. Alors comment a-t-elle pu en même temps apprendre à chasser ? Et pourquoi s’en prendre exclusivement aux carnassiers ? Des carnassiers dangereux. Pourquoi ?
Si elle avait été un homme, elle aurait fait l’envie de tous les chasseurs. Mais Ayla est une femme, pensa-t-il, et elle doit mourir pour avoir désobéi, sous peine de déplaire aux esprits et de provoquer leur colère. Leur déplaire ? Provoquer leur colère ? Il y a longtemps qu’elle chasse, manifestement, et ils n’ont jamais manifesté le moindre signe de mécontentement ou de réprobation, bien au contraire. Ne venons-nous pas de tuer un mammouth sans qu’aucun chasseur n’ait été blessé ? N’avons-nous pas eu jusqu’ici la faveur des esprits ?
Profondément décontenancé, Brun secoua la tête. Les esprits ! Je ne les comprendrai jamais. Ah, si Mog-ur était ici ! Droog prétend qu’Ayla porte chance. Il est vrai que nous n’avons jamais été aussi fortunés que depuis qu’Iza l’a recueillie. Si les esprits la protègent, seront-ils contrariés de la voir mourir ? Mais que faire avec les traditions du Clan ? Elle a beau nous porter chance, elle ne cesse de me poser des problèmes. Il faut que je parle à Mog-ur avant de prendre une décision.
Brun regagna le campement. Après avoir administré un analgésique à l’enfant qui finit par s’assoupir, Ayla entreprit de nettoyer la blessure avec une solution antiseptique et de réduire la fracture. Elle enveloppa son bras d’une écorce de bouleau mouillée qui, en séchant, durcirait et maintiendrait les os dans la bonne position. Elle veillerait toutefois à ce que l’attelle ne serre pas trop et n’entrave pas la circulation du sang. Elle frémit de peur en voyant Brun revenir, mais le chef passa devant elle sans mot dire. Elle comprit alors que son sort ne serait fixé qu’à leur retour à la caverne.
15
Les saisons semblaient se succéder à rebours et passer de l’hiver à l’automne, à mesure que le petit groupe de chasseurs se dirigeait vers le sud. Un ciel noir et l’odeur de la neige avaient précipité leur départ ; ils ne tenaient pas à essuyer le premier blizzard hivernal au nord de la péninsule. A présent, la douceur de la température leur donnait l’étrange impression que le printemps était proche, impression démentie par les tons chatoyants des frondaisons et la couleur dorée des steppes.
Les lourds fardeaux ralentissaient considérablement le voyage du retour ; on était loin du pas allègre de l’aller. Mais ce n’était pas le poids de la viande de mammouth qui oppressait Ayla. Une angoisse insupportable, un sentiment de culpabilité et un grand abattement l’accablaient. Si personne ne mentionnait jamais l’incident, elle faisait l’objet de regards furtifs et on lui adressait rarement la parole. Elle se sentait abandonnée de tous.