La Marquise De Pompadour Tome I
- Автор: Zévaco Michel
- Язык: французский
- Жанр: Историческая проза
Электронная книга - «La Marquise De Pompadour Tome I». Краткое содержание книги:
– Oui!…
– Vous croyez ensuite qu’elle l’aime?…
– Hélas!…
– Enfin, vous croyez que depuis l’autre nuit ils ne se sont pas quittés?
D’Assas baissa la tête. Et une larme brûlante parut dans ses yeux.
– Vous vous trompez sur ces trois points… ou presque, dit alors Bernis.
Le chevalier eut un long frémissement.
– Tout d’abord, c’est contrainte et forcée que Mme d’Étioles est montée dans le carrosse. C’est à la suite d’un véritable guet-apens et je puis vous en parler en connaissance: j’ai assisté à la chose. Elle s’est défendue vaillamment, je vous le garantis, et on n’a eu raison de sa résistance qu’en lui assurant qu’on la conduisait dans une maison où elle serait chez elle…
Le chevalier secouait la tête et songeait:
– Pourquoi alors ne s’est-elle pas confiée à moi lors de la rencontre?…
– Il est vrai, reprit Bernis, que cette charmante jeune femme a quelque penchant pour le roi… ou du moins elle est éblouie par la grandeur royale. Mais ceci ne me regarde pas… Et j’arrive au troisième point: Mme d’Étioles a été conduite à Versailles dans une maison où Louis XV n’a pas pénétré. Et elle n’y est entrée qu’à cette condition qu’elle recevrait qui bon lui semblerait… même son mari, ajouta Bernis en éclatant de rire.
– Êtes-vous sûr de ce fait? haleta d’Assas qui saisit la main du visiteur.
– Pardieu! monsieur, s’écria Bernis en jetant un cri de douleur, vous oubliez que vous m’avez fracassé l’épaule!…
– Oh! pardon… c’est donc moi… c’est donc mon coup de pistolet…
Le pauvre chevalier était désolé; et à cette désolation, Bernis vit qu’il avait cause gagnée.
– Ce n’est rien, reprit-il. Dans huit jours, il n’y paraîtra plus. Et puis, cela m’apprendra à me mêler de ces sortes d’aventures au lieu de m’occuper de rimer, ce qui est mon métier… Si je suis sûr que le roi n’a pas encore pénétré auprès de Mme d’Étioles!… Je puis vous le jurer sur l’honneur!…
– Et comment le savez-vous? s’écria le chevalier repris d’un soupçon subit.
– Chevalier, vous aimez; sur ce point, au moins, je vous ressemble: j’aime!… Oh! rassurez-vous: ce n’est pas Mme d’Étioles… mais une charmante, une délicieuse enfant qui habite la maison en question, à titre de soubrette… Que voulez-vous? Je déroge, mais la coquine m’a ensorcelé, je crois… C’est pour lui complaire que je me suis transformé en Phébus conduisant le char de l’Amour… Bref, Suzon… elle s’appelle Suzon… n’a plus aucun secret pour moi… et par elle je sais tout ce qui me tient à cœur, pour moi… ou pour mes amis… et je veux espérer que vous me faites l’honneur d’être de mes amis.
Le chevalier tendit sa main à Bernis et appela pour qu’on montât du vin d’Espagne.
La glace rompue, Bernis accumula les détails, fournit des preuves, répondit à toutes les questions du chevalier, l’assura qu’il serait enchanté de jouer un mauvais tour au roi qu’il détestait, et finalement lui proposa de le conduire à Versailles, pour lui montrer la maison où Mme d’Étioles était enfermée.
– Je n’osais vous le demander! s’écria le chevalier transporté, mais j’avais déjà fait mon plan: je vous eusse suivi, et puisque vous vous rendez tous les jours dans cette maison…
– Bien imaginé! Eh bien! mon cher chevalier, faites comme si je ne vous avais rien proposé: suivez-moi sans que je m’en aperçoive. Je vais de ce pas monter à cheval, et la maison devant laquelle vous me verrez m’arrêter… eh bien, ce sera là! De cette façon, nul ne pourra dire que je vous ai conduit… Et même, s’il vous arrivait de me rencontrer à Versailles…
– Soyez tranquille, je ne vous reconnaîtrai pas…
– Parfait. En route, donc!…
Les deux jeunes gens descendirent, enfourchèrent chacun leur cheval, et marchèrent de conserve jusqu’à ce qu’ils fussent sortis de Paris. Alors, ils se serrèrent la main, et de Bernis prit les devants, suivi à deux cents pas par le chevalier.
Le soir tombait au moment où ils arrivaient à Versailles.
Bernis contourna l’aile droite du château; le chevalier, le cœur battant, le vit passer au pas et s’arrêter enfin devant une maison isolée. Bernis mit pied à terre comme pour ressangler son cheval, puis, se remettant en selle, ne tarda pas à disparaître.
Aussitôt le chevalier sauta à terre, attacha sa bête à un tronc d’arbre et s’avança vers la maison, qui avait une apparence des plus mystérieuses. Il s’arrêta à vingt pas de la façade, et, dissimulé dans l’ombre du quinconce, l’examina avec un intérêt facile à comprendre.
– C’est là! murmura-t-il. Elle est là! Ce jeune homme ne peut avoir menti; quel intérêt aurait-il eu à me tromper?… Oui! elle doit être là!… Que ne puis-je entrer! lui parler! lui dire tout ce que je souffre!…
À ce moment, un homme enveloppé d’un manteau, qui à quelques pas de là surveillait, lui aussi, la maison, aperçut le chevalier, sourit et s’enfonça plus profondément dans l’ombre, en disant:
– Bernis a tenu parole… voici le chevalier… Allons! la leçon de cette nuit a été bonne!…
Cet homme, c’était M. Jacques…
Le chevalier, timide et palpitant comme un pauvre amoureux qu’il était, dévorait des yeux la maison et prenait l’héroïque résolution d’aller frapper à la porte, tout en se disant d’ailleurs qu’il n’en aurait jamais le courage.
Pourtant, à force de s’affirmer qu’il ne pouvait plus vivre s’il ne la revoyait pas encore, il finit par se détacher de l’arbre auquel il s’était accoté et il avançait de quelques pas, lorsqu’il fut heurté par quelqu’un qui marchait assez vivement.
– Au diable l’importun! grommela le quelqu’un.
– Au diable vous-même, monsieur le malappris! répliqua vivement le chevalier qui se trouvait dans cet état d’exaspération particulier aux amoureux que l’on dérange.
– Eh! reprit la voix en se faisant narquoise et insolente, c’est ce cher chevalier d’Assas!…
– Le comte du Barry! fit d’Assas en reconnaissant l’homme.
C’était du Barry, en effet, qui, ayant sans doute reçu quelque mission, rôdait de son côté aux abords de la fameuse petite maison, laquelle, à défaut d’autre mérite, avait du moins en ce moment celui d’être parfaitement gardée.
Du Barry, en reconnaissant d’Assas, jeta un rapide regard autour de lui.
Le paysage était désert. Sous les quinconces, la solitude était profonde.
Quant à la maison, elle était assez éloignée et hermétiquement close.
Alors une bouffée de fiel monta au visage de du Barry.
Cet homme, ce chevalier qui l’avait insulté, humilié, puis blessé, il le haïssait!
Le terrible M. Jacques avait imposé silence à cette haine. Du Barry avait dû s’incliner, la rage au cœur.
Mais maintenant, ils étaient seuls en présence!…
Un coup d’épée est vite donné… Et s’il touchait le chevalier, s’il le tenait un instant à sa merci, le poignard achèverait ce que l’épée avait commencé.
D’Assas avait reculé de deux pas. Le comte lui inspirait une insurmontable aversion. Et pourtant, d’après ce que lui avait dit M. Jacques, c’est à du Barry qu’il avait dû de sortir promptement de la Bastille.