La Marquise De Pompadour Tome I
- Автор: Zévaco Michel
- Язык: французский
- Жанр: Историческая проза
Электронная книга - «La Marquise De Pompadour Tome I». Краткое содержание книги:
– Sire! dit le jeune homme, je m’appelle le chevalier d’Assas et je suis officier au régiment d’Auvergne. J’ai insulté la majesté royale dans la personne du roi et dans celle de sa maîtresse… À qui faut il remettre mon épée? À elle ou à vous?…
Jeanne, repoussée par le chevalier qui s’avançait, recula avec un cri d’angoisse et, haletante, attendit la décision du roi.
– Gardez votre épée, chevalier d’Assas, dit Louis XV. Et allez la remettre à mon capitaine des gardes, au Louvre. Vous lui ordonnerez de vous arrêter et de vous garder au Louvre jusqu’à ce que j’aie pris à votre égard la décision qui convient…
– J’y vais, Sire! répondit tranquillement d’Assas.
– Un mot encore, monsieur, reprit le roi. Si par hasard l’idée de fuir vous venait, sachez que…
– Sire! interrompit d’Assas, dans ma famille on n’a jamais fui – ni la prison ni la mort. Veuille donc Votre Majesté se rassurer: je vais de ce pas me rendre prisonnier…
Il se tourna vers Jeanne, et, refoulant un sanglot, d’une voix ferme, douce et triste, il prononça:
– Adieu, madame!…
Et il se dirigea vers son cheval sans tourner la tête.
– L’insolent! gronda Louis XV, il saura ce qu’il en coûte de braver le roi de France!… S’il ne fuit pas, une bonne corde…
– Sire, murmura Jeanne pantelante, écoutez-moi… Ce jeune homme m’aime…
– Raison de plus!…
– Sire, je vous demande sa grâce!…
– Eh quoi! n’avez-vous pas entendu?… Vous pleurez!…
– Sire, songez que le souvenir de notre rencontre sera souillé de sang!…
– Eh bien, soit!… Il ne mourra pas!
Et en lui-même, le roi ajouta:
– La Bastille tue aussi bien que la hache du bourreau!
– Sire! reprit Jeanne en saisissant convulsivement la main de Louis XV, c’est la grâce entière de ce jeune homme que je vous demande!…
– Ah! ah!… Vous l’aimez donc?…
– Non! je n’aime que vous au monde, Sire! répondit Jeanne d’une voix pénétrante, brisée de sanglots, et si profonde, si vraie, que le roi fut convaincu. Seulement, écoutez bien, Sire: Si M. le chevalier d’Assas n’est pas libre à l’instant, je l’appelle au moment où il va passer, je me confie à lui, et je le prie de me ramener à l’hôtel d’Étioles avant de se rendre au Louvre!…
Elle palpitait. De ses deux mains, sur son sein, elle contenait les battements de son cœur.
Sombre et hésitant, le roi la regardait… et il l’admirait! Elle était en ce moment d’une beauté tragique qui le bouleversait de passion…
À ce moment, le chevalier d’Assas avait rejoint son cheval, avait sauté en selle, et, au pas, revenait vers le carrosse pour rentrer à Paris… Il arrivait à la hauteur du roi…
Jeanne fit un pas vers lui.
Alors Louis XV se décida: il la retint d’un geste, et appela:
– Chevalier d’Assas!…
Le chevalier arrêta net sa monture, et sans prononcer un mot, attendit…
– Vous êtes libre, monsieur! dit le roi d’une voix altérée.
– Ô mon roi! ô mon Louis! murmura Jeanne. Comme vous êtes bien tel que je vous avais rêvé… magnifique et généreux!…
– Il me plaît, reprit Louis XV, d’oublier et votre acte insensé et les paroles plus insensées que vous avez prononcées…
Le chevalier, livide, demeurait immobile, pareil à quelque statue équestre. Avec la même indifférence qu’il avait reçu l’ordre d’aller se constituer prisonnier, il recevait l’annonce de sa liberté: le cœur serré comme dans un étau, la gorge angoissée, il n’y avait plus en lui qu’une pensée:
– Jeanne est à lui!… Jeanne est au roi!… Il ne me reste qu’à mourir!…
Mais Louis XV n’était pas l’être de générosité que Jeanne supposait dans son ardente imagination. Il vit tout ce que souffrait le malheureux jeune homme, et n’ayant pu le condamner ni à la corde ni à la Bastille, il voulut le condamner à une peine plus atroce.
Et ce fut d’une voix pleine de dédaigneuse raillerie qu’il acheva:
– Je ne veux conserver de cette nuit que les doux souvenirs qu’elle évoquera en moi. Allez, monsieur, vous êtes libre!…
Cette fois, en effet, le chevalier fut secoué par un long frémissement.
Il jeta un dernier regard empreint de désespoir sur celle qu’il adorait, et s’éloigna, s’effaça dans la nuit…
Alors Louis XV fit remonter dans le carrosse Jeanne toute pâle de cette scène, et agitée de sentiments confus où dominait la honte d’avoir été surprise par le chevalier d’Assas.
Puis il se retourna vers le postillon immobile et raide sur son siège.
– Vous êtes blessé? demanda-t-il.
– Oui, Sire, j’ai l’épaule brisée… mais je puis conduire encore…
– Vous êtes brave! fit le roi.
– Quant il s’agit du service de Sa Majesté, blessé ou non, tant qu’il me reste un souffle de vie, ce souffle appartient au roi…
– Votre nom?…
– De Bernis, Sire!…
– Bien. Je ne vous oublierai pas, monsieur de Bernis!… Partons!…
Louis XV sauta légèrement dans le carrosse qui s’ébranla aussitôt dans la direction de Versailles…
Alors Bernis, tout en conduisant, banda tant bien que mal son bras gauche qu’il mit en écharpe.
Mais qui eût soulevé les bandages, qu’il fixait en souriant, eût constaté que le bras et l’épaule n’étaient nullement blessés…
XXVI LA PETITE MAISON
À peine le carrosse se fut-il mis en mouvement, tandis que d’Assas écrasé, l’âme éperdue, reprenait le chemin de Paris, les gens qui s’étaient étendus dans le champ voisin et avaient assisté à cette scène se relevèrent.
Du Barry courut aux chevaux, sauta sur le sien, et, donnant l’ordre à ses acolytes de reprendre le chemin de la ville, s’élança sur la route.
Il avait sinon tout vu, du moins tout entendu.
Il savait donc qu’au lieu de Berryer, c’était Louis XV qui se trouvait dans la voiture.
Ayant franchi d’un saut le fossé qui le séparait de la route, il prit le galop et ne tarda pas à rejoindre le carrosse. Alors, il lui laissa une avance suffisante pour ne pas être aperçu lui-même dans l’obscurité, et se mit à suivre.
– Ce d’Assas a toutes les chances! grondait-il. Un autre, moi, n’importe qui, eût été arrêté demain matin, et alors la Bastille!… le bourreau, peut-être!… Ah! ce roi est bien faible!… D’Assas s’en tire les mains nettes… Et qui sait si cette aventure ne le servira pas!… Voici la petite d’Étioles favorite! Or, elle me fait l’effet d’éprouver pour le joli chevalier un sentiment qui frise la tendresse!… Enfin, tout n’est pas dit! Qui vivra verra!…
Vingt minutes plus tard, le carrosse fut en vue du gigantesque château, évocation de l’immense orgueil de Louis XIV… Sans doute le roi avait donné des indications à Bernis, car celui-ci, sans hésiter, contourna l’aile droite du château, et lança le carrosse sur la route qui aboutissait à l’endroit où plus tard devait s’élever Trianon.
Au bout de dix minutes, la voiture s’arrêta…
Du Barry sauta vivement de sa selle, et sans se préoccuper de son cheval dressé à ne plus bouger de place dès que le chevalier mettait pied à terre, il se rapprocha d’arbre en arbre et put ainsi arriver à temps pour voir Louis XV descendre… Jeanne demeurait dans la voiture…