La Marquise De Pompadour Tome I
- Автор: Zévaco Michel
- Язык: французский
- Жанр: Историческая проза
Электронная книга - «La Marquise De Pompadour Tome I». Краткое содержание книги:
– Je le crois, Monseigneur.
– Et y introduire quelqu’un avec vous?… Homme ou femme?
– J’en suis sûr, Monseigneur!…
– Allons! murmura alors M. Jacques, la partie n’est pas perdue!… Je prendrai ma revanche!… Bernis, reprit-il tout haut, pensez-vous pouvoir arriver à persuader à cette fille… comment l’appelez-vous?
– Suzon… je vous répète, Monseigneur, qu’elle a peut-être quelque secrète complaisance pour moi, mais que c’est une fille très fine, très dévouée à Berryer…
– Il faudrait la décider à se faire remplacer dans son service par une autre femme… Pouvez-vous y arriver?
– Je ferai l’impossible, Monseigneur. Mais cette remplaçante…
– Je vous la désignerai au moment voulu. Pour le moment, voici mes ordres: il me faut un plan de la maison, une notice sur toute personne y habitant; et enfin, vous vous occuperez dès demain matin de vous mettre au mieux avec la petite Suzon…
– Vous n’avez pas d’autres ordres à me donner, Monseigneur?
– Si fait… Il faudrait faire savoir à M. le chevalier d’Assas en quel lieu Mme d’Étioles a été conduite, et ajouter que le roi n’a pas encore pénétré dans la maison…
– C’est-à-dire réveiller ses espérances?… Je m’en charge!…
M. Jacques fit un signe de tête approbatif et, ayant donné sa bénédiction sous laquelle Bernis se courba, il se retira sans bruit.
Il paraissait parfaitement connaître le dédale des escaliers et des couloirs du château.
Car il refusa de se laisser accompagner par Bernis.
En réalité, il fut reconduit par un homme qui l’attendait au détour du premier couloir qu’il longea.
Cet homme, enveloppé d’un manteau sous lequel on pouvait parfois apercevoir le brillant costume d’un grand seigneur, conduisit M. Jacques, répondit aux gardes qu’il rencontra, donna le mot de passe à la grille, et enfin, sur l’esplanade, s’inclina profondément.
– Monseigneur est-il satisfait de son humble cavalier d’escorte? demanda-t-il.
– Très satisfait, mon cher comte, je vous en remercie, répondit M. Jacques; vous pouvez vous retirer et rentrer au château.
L’homme salua plus profondément encore et fit quelques pas pour se retirer.
– À propos, dit alors M. Jacques, connaissez-vous M. de Bernis?
– Oui, Monseigneur…
– Eh bien, vous abandonnerez momentanément le service que je vous avais indiqué. Vous vous attacherez à la personne de M. de Bernis. Et vous me renseignerez tous les soirs par une notice exacte sur ses faits et gestes, sur ses paroles, sur tout incident quelconque…
Et cette fois, le général de la Société de Jésus s’éloigna pour tout de bon, tandis que son conducteur rentrait au château. Et qui se fût trouvé près de lui l’eût entendu murmurer:
– Comme les hommes sont lâches! Et comme il est difficile de les maintenir dans la voie!… Et pourtant, il suffirait d’un peu d’intelligence et de volonté combinées pour bouleverser le monde!… Allons… faisons notre devoir jusqu’au bout!…
XXVII SOUS LES QUINCONCES
Le lendemain de grand matin, M. de Bernis, son bras toujours en écharpe, quitta le château sans avoir été remarqué. Le mystérieux personnage que nous continuerons à appeler M. Jacques avait bien tort de se défier de lui. Non seulement Bernis était trop intelligent pour persister dans ses velléités de trahison, mais encore il avait pour son chef suprême une admiration sans bornes. La scène de la nuit n’était pas faite pour diminuer cette admiration…
Il résolut d’être désormais fidèle et d’obéir aveuglément.
Il faut ajouter que sa fidélité à M. Jacques ne pouvait en rien lui enlever la faveur qu’il avait conquise auprès du roi. Au contraire, peut-être allait-il trouver l’occasion de rendre à Sa Majesté de nouveaux services.
Ce fut donc plein d’ardeur qu’il prit le chemin de Paris et se rendit tout droit à l’auberge des Trois-Dauphins, où il demanda à parler à M. le chevalier d’Assas.
Quelques minutes plus tard il était introduit dans la chambre de d’Assas, et, après l’avoir salué courtoisement, lui demandait:
– Me reconnaissez-vous, monsieur?
Le chevalier examina un instant son visiteur et secoua la tête.
Bernis avait mis cet instant à profit pour étudier de son côté celui qu’il venait voir. Le chevalier était fort pâle, ce qui prouvait qu’il avait peu ou pas dormi, et il avait les yeux rouges, ce qui prouvait qu’il avait pleuré beaucoup. Il semblait accablé par une morne tristesse. De plus, Bernis remarqua que son portemanteau était ouvert sur le lit et qu’il était en train d’y ranger les effets de parade qu’il avait apportés à Paris; évidemment d’Assas s’apprêtait à s’en aller.
– Monsieur le chevalier, reprit-il en voyant que d’Assas secouait la tête, je m’appelle M. de Bernis, et je passe pour un poète passable. Mme de Rohan, dont vous connaissez la réputation d’esprit, me veut quelque bien, et j’ai tout lieu de croire que je ferai mon chemin comme un autre.
Le chevalier s’inclina poliment, mais froidement.
– Cette présentation faite, cher monsieur, continua Bernis, et je doute qu’elle vous ait intéressé, je vais vous dire une chose qui vous intéressera davantage: c’est moi qui, l’autre nuit, conduisais le carrosse où se trouvaient Mme d’Étioles et sa Majesté…
Le chevalier frissonna. Pour ce freluquet importun qui venait ainsi presque insulter à sa douleur, il eut un regard de haine, et ce fut d’une voix que la rage d’amour faisait trembler qu’il répondit:
– Je vois que vous faites plusieurs métiers, monsieur… tantôt vous faites des vers, et tantôt…
– Halte! fit Bernis. Pardonnez-moi de vous interrompre…
– Et pourquoi m’interrompez-vous, s’écria violemment d’Assas, au moment où j’allais dire…
– Je vous interromps encore… et c’est parce que je lis dans vos yeux que vous avez une insulte au bout de la langue. Or, mon cher chevalier, si je vous laissais proférer cette insulte, nous serions obligés de nous couper la gorge ce soir ou demain, ce qui n’est rien. Mais je serais aussi obligé de vous quitter sur l’heure, ce qui serait fâcheux pour vous qui ne sauriez pas ce que j’avais à vous dire, et fâcheux pour moi qui serais désespéré de laisser dans le désespoir le gentil garçon que, d’un mot, je pouvais consoler…
– Que signifie…? murmura le chevalier étourdi de ce babil.
– Cela signifie, se hâta de reprendre Bernis, que, conduisant le carrosse de Sa Majesté l’autre nuit, j’ai assisté à toute la scène, et que j’ai trouvé votre attitude héroïque, et que vous m’avez du premier coup inspiré la plus vive et la plus sincère sympathie. En même temps j’ai pu comprendre l’état de votre cœur, ce qui n’était pas trop difficile, et je me suis dit: voici, par ma foi, un gentilhomme qui va pleurer, bien à tort, toutes les larmes de ses yeux, puisqu’il s’imagine… ce qui n’est pas…
D’Assas bondit.
– Ce qui n’est pas! balbutia-t-il en devenant livide. Au nom du ciel, monsieur, expliquez-vous clairement… je sens que ma tête s’égare rien qu’à la pensée que… peut-être… je me suis trompé…
– Eh bien! je vais être clair et précis. D’abord, vous croyez que Mme d’Étioles a volontairement suivi le roi?