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La Marquise De Pompadour Tome I

Электронная книга - «La Marquise De Pompadour Tome I». Краткое содержание книги:

Un jour de 1744, Jeanne Poisson, belle jeune femme, rencontre, au hasard d'un bois, le roi Louis XV qui chasse, et obtient de lui la gr?ce d'un cerf. A la suite d'un chantage visant son p?re, Jeanne est bient?t oblig?e d'?pouser un homme qu'elle n'aime pas, Henri d'Etioles. Mais le roi a ? son tour succomb? au charme de Jeanne et leur idylle ?clate au grand jour. Les intrigues s'?chafaudent et de sinistres personnages comme le comte du Barry ou le myst?rieux M. Jacques manigancent dans l'ombre. Quel sera le destin de Jeanne?
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– Ma foi, c’est comme dans les contes de ce bon M. Perrault! s’écria d’Assas qui croyait rêver.

M. Jacques, en effet, était passé maître dans l’art de ces sortes de mise en scène. On n’a pas oublié le coup de théâtre par lequel il avait affolé et littéralement ébloui Juliette Bécu, la fille galante.

Tout en dévorant avec le bel appétit de sa jeunesse le délicat repas qu’on lui servait, d’Assas examinait la salle à manger.

Sans être somptueuse, elle était d’une élégante richesse, avec ses dressoirs sculptés, son argenterie simplement marquée de l’initiale de M. Jacques. Le linge était d’une finesse et d’une blancheur éblouissantes. C’était vraiment là un appartement de petit-maître.

Lorsque d’Assas eut terminé son souper, il sentit que la tête lui tournait légèrement, et il commença à voir la vie en rose.

Il se sentit de taille à lutter contre le roi lui-même…

Et ne lui avait-il pas déjà tenu tête!…

En somme, d’après tout ce qu’il savait, Jeanne avait jusque-là résisté à Louis XV…

Pourquoi?… Sinon parce que son amour pour le roi n’était, au fond, qu’une sorte de fascination exercée sur elle par la puissance royale…

Il se rappelait que Jeanne, dans le malheur, avait songé à lui le premier! Il se rappelait aussi le doux regard qu’elle lui avait jeté pendant la fête de l’Hôtel de Ville…

Et il se mit à espérer…

M. Jacques était à coup sûr un grand philosophe et il connaissait le tréfonds de l’âme humaine.

D’Assas, donc, dans cet état de béatitude qui suit un excellent repas, demanda à passer dans la chambre à coucher.

Le laquais s’empressa d’ouvrir une porte, et le chevalier entra dans une jolie chambre toute parfumée de benjoin; le lit était déjà découvert; un feu clair pétillait dans la cheminée…

Le pauvre chevalier marchait de surprise en surprise: c’était vraiment un conte de fées réalisé.

– À propos, mon gentilhomme, dit alors le laquais, s’il vous prenait fantaisie de sortir la nuit… pour quelque expédition guerrière… ou amoureuse…

– Eh bien? fit d’Assas.

Le laquais ouvrit une armoire vaste et profonde.

– Voici, continua-t-il, deux costumes à votre taille, de façon que vous ne soyez pas reconnu. Voici des manteaux. Voici des loups en velours. Voici des pistolets, et voici des épées…

Les costumes étaient riches et élégants, mais dans la teinte neutre comme couleur, parfaitement seyants pour l’usage auquel ils étaient destinés. Les épées étaient magnifiques et solides. Les pistolets étaient tout chargés…

– Voilà de quoi soutenir au besoin un siège, dit d’Assas.

– Ou de quoi en faire un, répondit négligemment le laquais. Il est arrivé à l’un des jeunes fous qui vous ont précédé ici de prendre une maison d’assaut à lui tout seul… Oh! tous les cas sont prévus…

D’Assas tressaillit et passa une main sur son front.

Le laquais se retira discrètement. Le chevalier, demeuré seul, examina curieusement les costumes accrochés dans l’armoire: dans la poche de chacun d’eux, il trouva une bourse!…

– Oh! oh! murmura-t-il, ceci dépasse le rêve!…

Il tira l’une de ces bourses. Elle contenait des louis d’or et un billet. D’Assas compta les louis: il y en avait cent.

– Deux mille francs!… Ma solde de huit mois!… Et il y en a autant dans l’autre costume!…

Alors il lut le billet. Il contenait ces simples mots signés d’un J:

«Puisez sans crainte. Cet argent est pour vos menus frais. On aurait cru vous importuner en mettant plus. Mais dès que l’une des deux bourses sera vide, remettez-la au laquais qui vous sert. Il a ordre de la remplir. Soyez brave, fidèle et patient.»

– Eh bien, par la mordieu! grommela le chevalier, puisqu’il en est ainsi, j’accepte! Je veux voir jusqu’où ira la fantasmagorie!… Brave… je crois l’être. Fidèle, – je le suis certainement. Patient?… Hum!… Enfin, ce M. Jacques me semble jouer un jeu étrange. Que veut-il?… Il en agit avec moi comme un vieil ami… comme un père indulgent… Ma foi, nous verrons bien!…

Là-dessus, le chevalier se coucha dans le lit le plus moelleux qu’il eût encore connu et ne tarda pas à s’endormir d’un profond sommeil. Il rêva qu’il se trouvait dans le palais enchanté des fées, que tout ce qu’il touchait se transformait en or, et que Jeanne lui tendait les bras en souriant…

Il avait un peu plus de vingt ans, M. le chevalier d’Assas.

Mais, franchement, eût-il été même plus âgé, eût-il eu la sagesse du roi Salomon, n’eût-il pas été encore excusable de continuer en sommeil le rêve qu’il avait commencé tout éveillé?…

XXIX LE PAVILLON D’EN FACE

Pendant que d’Assas, dans le pavillon de gauche, soupait, s’étonnait, dormait et rêvait, une scène d’un tout autre genre se passait dans le pavillon de droite qui semblait si désert. La disposition de ce pavillon était identiquement la même que dans celui qu’occupait d’Assas: une entrée, trois pièces… Seulement, ces trois pièces, et surtout la chambre à coucher, avaient une apparence plus féminine, avec plus de bibelots d’art, des meubles plus délicats, des tapis plus épais, des rideaux de soie plus lourds et plus gracieux à la fois.

Et en effet, ce pavillon était habité par une femme.

Et cette femme, c’était Juliette Bécu, celle-là même que du Barry avait audacieusement présentée au bal de l’Hôtel de Ville comme la comtesse du Barry.

Dans le petit salon, deux personnages étaient assis et se livraient à un entretien qui devait être des plus intéressants, à en juger par l’animation de leurs traits.

C’étaient le comte très authentique et la fausse comtesse.

Juliette Bécu semblait inquiète.

Du Barry cherchait à calmer ses inquiétudes.

– Mais enfin, reprenait la fille galante, continuant une conversation commencée, que veut-il?… Si le roi est amoureux de cette petite mijaurée, que puis-je y faire?…

– Écoutez, ma chère, répondit du Barry. Je vais vous exposer le plan de celui qui est en ce moment notre maître à tous deux et auquel nous devons obéir… Ce plan est simple et géniaclass="underline" Mme d’Étioles se trouve dans une maison… tenez, supposez que ce soit le pavillon qui se trouve en face et que vous avez vu en entrant.

– Il est inhabité…

– C’est vrai. Mais supposez un instant qu’il soit habité, et qu’il le soit précisément par Mme d’Étioles… Vous comprenez?… Vous ici… Mme d’Étioles en face… Je continue mes suppositions: par suite de combinaisons qui vous seront expliquées, un beau soir Mme d’Étioles vient prendre votre place…

– Ici? fit Juliette.

– Oui, ici. Or, en même temps, vous prenez la sienne… En d’autres termes, vous vous trouvez habiter tout à coup la maison qu’habite Mme d’Étioles. Et Mme d’Étioles se trouve habiter la vôtre. Est-ce clair?

– J’entends. Mais après?…

– Vous ne comprenez pas?…

– Que voulez-vous, mon cher, depuis quelque temps, je vis dans le pays des énigmes.

– C’est pourtant simple…

– Et génial, vous l’avez dit!…

– Eh bien! supposons qu’un soir, par une nuit sombre, le roi de France, qui aura enfin reçu un mot de Mme d’Étioles l’appelant près d’elle, supposons, dis-je, que Louis se mette en route pour se rendre chez Mme d’Étioles… Il arrive, il entre, il trouve les lumières éteintes parce que la pudeur de la pauvre enfant se révolte… et il tombe dans les bras d’une femme qui se trouve être…

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