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Les Mille Et Une Nuits Tome II

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Les Mille Et Une Nuits Tome II
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Quand Amgiad vit ces apprêts, il ne douta plus de sa perte. «C’est fait de toi, pauvre Amgiad! dit-il en lui-même; tu ne survivras pas longtemps à ton cher frère Assad.» La dame, au contraire, ravie de ce spectacle agréable: «Hé quoi! Seigneur, s’écria-t-elle, vous craigniez qu’il n’y eût rien de prêt! Vous voyez cependant que votre esclave a fait plus que vous ne croyiez. Mais, si je ne me trompe, ces préparatifs sont pour une autre dame que moi. Cela n’importe; qu’elle vienne, cette dame, je vous promets de n’en être pas jalouse. La grâce que je vous demande, c’est de vouloir bien souffrir que je la serve et vous aussi.»

Amgiad ne put s’empêcher de rire de la plaisanterie de la dame, tout affligé qu’il était. «Madame, reprit-il en pensant toute autre chose qui le désolait dans l’âme, je vous assure qu’il n’est rien moins que ce que vous vous imaginez: ce n’est là que mon ordinaire bien simplement.» Comme il ne pouvait se résoudre de se mettre à une table qui n’avait pas été préparée pour lui, il voulut s’asseoir sur le sofa. Mais la dame l’en empêcha – Que faites-vous? lui dit-elle; vous devez avoir faim après le bain: mettons-nous à table, mangeons, et réjouissons-nous.»

Amgiad fut contraint de faire ce que la dame voulut: ils se mirent à table et ils mangèrent. Après les premiers morceaux, la dame prit un verre et une bouteille, se versa à boire, et but la première à la santé d’Amgiad. Quand elle eut bu, elle remplit le verre et le présenta à Amgiad, qui lui fit raison.

Plus Amgiad faisait réflexion sur son aventure, plus il était dans l’étonnement de voir que le maître de la maison ne paraissait pas, et même qu’une maison où tout était si propre et si riche était sans un seul domestique. «Mon bonheur serait bien extraordinaire, se disait-il à lui-même, si le maître pouvait ne pas venir que je ne fusse sorti de cette intrigue.» Pendant qu’il s’entretenait de ces pensées et d’autres plus fâcheuses, la dame continuait de manger, buvait de temps en temps, et l’obligeait de faire de même. Ils en étaient bientôt au fruit lorsque le maître de la maison arriva.

C’était le grand écuyer du roi des mages, et son nom était Bahader. La maison lui appartenait, mais il en avait une autre où il faisait sa demeure ordinaire. Celle-ci ne lui servait qu’à se régaler en particulier avec trois ou quatre amis choisis; il y faisait tout apporter de chez lui, et c’est ce qu’il avait fait faire ce jour-là par quelques-uns de ses gens qui ne faisaient que de sortir peu de temps avant que Amgiad et la dame arrivassent.

Bahader arriva sans suite et déguisé, comme il le faisait ordinairement, et il venait un peu avant l’heure qu’il avait donnée à ses amis. Il ne fut pas peu surpris de voir la porte de sa maison forcée. Il entra sans faire de bruit, et comme il eut entendu que l’on parlait et que l’on se réjouissait dans la salle, il se coula le long du mur et avança la tête à demi à la porte, pour voir quelles gens c’étaient. Comme il eut vu que c’était un jeune homme et une jeune dame qui mangeaient à la table qui n’avait été préparée que pour ses amis et pour lui, et que le mal n’était pas si grand qu’il s’était imaginé d’abord, il résolut de s’en divertir.

La dame, qui avait le dos un peu tourné, ne pouvait pas voir le grand écuyer; mais Amgiad l’aperçut d’abord, et alors il avait le verre à la main. Il changea de couleur à cette vue, les yeux attachés sur Bahader, qui lui fit signe de ne dire mot et de venir lui parler.

Amgiad but et se leva. «Où allez-vous? lui demanda la dame. – Madame, lui dit-il, demeurez, je vous prie; je suis à vous dans un moment: une petite nécessité m’oblige de sortir.» Il trouva Bahader qui l’attendait sous le vestibule, et qui le mena dans la cour pour lui parler sans être entendu de la dame.

Scheherazade s’aperçut à ces derniers mots qu’il était temps que le sultan des Indes se levât. Elle se tut, et eut le temps de poursuivre la nuit suivante et de lui parler en ces termes:

CCIX NUIT.

Sire, quand Bahader et le prince Amgiad furent dans la cour, Bahader demanda au prince par quelle aventure il se trouvait chez lui avec la dame, et pourquoi ils avaient forcé la porte de sa maison.

«Seigneur, répondit Amgiad, je dois paraître bien coupable dans votre esprit; mais si vous voulez bien avoir la patience de m’entendre, j’espère que vous me trouverez très-innocent.» Il poursuivit son discours et lui raconta en peu de mots la chose comme elle était, sans rien déguiser: et afin de le bien persuader qu’il n’était pas capable de commettre une action aussi indigne que de forcer une maison, il ne lui cacha pas qu’il était prince, non plus que la raison pourquoi il se trouvait dans la ville des Mages.

Bahader, qui aimait naturellement les étrangers, fut ravi d’avoir trouvé l’occasion d’en obliger un de la qualité et du rang d’Amgiad En effet, à ses manières honnêtes, à son discours en termes choisis et ménagés, il ne douta nullement de sa sincérité. «Prince, lui dit-il, J’ai une joie extrême d’avoir trouvé lieu de vous obliger dans une rencontre aussi plaisante que celle que vous venez de me raconter. Bien loin de troubler la fête, je me ferai un très-grand plaisir de contribuer à votre satisfaction. Avant que de vous communiquer ce que je pense là-dessus, je suis bien aise de vous dire que je suis grand écuyer du roi et que je m’appelle Bahader. J’ai un hôtel où je fais ma demeure ordinaire, et cette maison est un lieu où je viens quelquefois pour être plus en liberté avec mes amis. Vous avez fait accroire à votre belle que vous aviez un esclave, quoique vous n’en ayez pas: je veux être cet esclave, et afin que cela ne vous fasse pas de peine et que vous ne vous en excusiez pas, je vous répète que je le veux être absolument, vous en apprendrez bientôt la raison. Allez donc vous remettre à votre place et continuer de vous divertir, et quand je reviendrai dans quelque temps et que je me présenterai devant vous en habit d’esclave, querellez-moi bien; ne craignez pas même de me frapper; je vous servirai tout le temps que vous tiendrez table et jusqu’à la nuit. Vous coucherez chez moi, vous et la dame, et demain matin vous la renverrez avec honneur. Après cela, je tâcherai de vous rendre des services de plus de conséquence. Allez donc, et ne perdez pas de temps.» Amgiad voulut repartir; mais le grand écuyer ne le permit pas, et il le contraignit d’aller retrouver la dame.

Amgiad fut à peine rentré dans la salle, que les amis que le grand écuyer avait invités arrivèrent. Il les pria obligeamment de vouloir bien l’excuser s’il ne les recevait pas ce jour-là, en leur faisant entendre qu’ils en approuveraient la cause quand il les en aurait informés au premier jour. Dès qu’ils furent éloignés il sortit, et il alla prendre un habit d’esclave.

Le prince Amgiad rejoignit la dame, le cœur bien content de ce que le hasard l’avait conduit dans une maison qui appartenait à un maître de si grande distinction, et qui en usait si honnêtement avec lui. En se remettant à table: «Madame, lui dit-il, je vous demande mille pardons de mon incivilité et de la mauvaise humeur où je suis de l’absence de mon esclave; le maraud me le paiera, et je lui ferai voir s’il doit être dehors si longtemps.

«- Cela ne doit pas vous inquiéter, reprit la dame; tant pis pour lui: s’il fait des fautes, il les paiera. Ne songeons plus à lui, songeons seulement à nous réjouir.»

Ils continuèrent de tenir table avec d’autant plus d’agrément que Amgiad n’était plus inquiet comme auparavant de ce qui arriverait de l’indiscrétion de la dame, qui ne devait pas forcer la porte, quand même la maison eût appartenu à Amgiad. Il ne fut pas moins de belle humeur que la dame, et ils se dirent mille plaisanteries, en buvant plus qu’ils ne mangeaient, jusqu’à l’arrivée de Bahader, déguisé en esclave.

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