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Prestimion le Coronal [Lord Prestimion - fr]

Электронная книга - «Prestimion le Coronal [Lord Prestimion - fr]». Краткое содержание книги:

Vainqueur de la guerre des Sorciers, Prestimion, qui a manqué d’y perdre la vie, a payé chèrement le titre de Coronal. La fine fleur de Majipoor a été décimée, le monde ravagé, et la belle Thismet, la grande passion de Prestimion, est morte dans les combats.
Prestimion a décidé de rendre la paix à la planète géante et d’effacer de toutes les mémoires, avec l’aide de deux mages, le souvenir du conflit atroce et de tous ceux qui ont péri. Seuls deux de ses compagnons d’armes et lui-même en garderont la trace indélébile dans leurs souvenirs.
Mais comment Prestimion pourrait-il exulter de joie durant la cérémonie de son couronnement alors que ce secret lui pèse ? Et comment pourrait-il prendre femme comme le doit un Coronal alors qu’il demeure obsédé par l’image de Thismet ?
Pire, le charme d’oubli a creusé dans les esprits un vide insidieux que vient souvent remplir la folie. La sédition gronde. La violence menace à nouveau de ravager Majipoor.
Prestimion saura-t-il guérir les peuples dont il a la charge, et se sauver lui-même en retrouvant l’amour ?
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Les cinq chasseurs ouvraient la marche, Akbalik et Dekkeret les suivaient de près en plaçant les pieds dans les traces que les montagnards laissaient dans la neige. L’allure s’accéléra petit à petit, les pas s’allongèrent et ils avancèrent bientôt en bondissant dans la neige le long du ruisseau. Les montagnards ne se retournaient pas. La seule fois où l’un d’eux le fit – c’était une femme au visage plat, à la large bouche édentée –, Dekkeret vit un sourire moqueur qui semblait signifier : dans cinq minutes, vous allez avoir la trouille de votre vie. Peut-être se trompait-il. Peut-être avait-elle voulu l’encourager ; mais ce n’était pas un joli sourire.

— Steetmoy ! s’écria Akbalik. Trois, je crois.

Il tendit le bras vers la gauche, en direction d’un bosquet où les troncs jaunes étaient particulièrement serrés et où une épaisse couche de neige recouvrait le sol. Dans un premier temps, Dekkeret ne remarqua rien. Puis son regard fut attiré par une zone de blanc différent de la blancheur de la neige : plus doux, plus brillant, un chatoiement sur l’éclat dur de la neige. De grands animaux à la fourrure immaculée, qui se déplaçaient ; le vent portait vers lui le son de leurs grondements étouffés.

Les chasseurs s’étaient arrêtés à la lisière du bosquet. Ils échangèrent à voix basse quelques mots inintelligibles et s’avancèrent vers les arbres en se déployant en éventail.

Il ne fallut pas longtemps à Dekkeret pour comprendre : les steetmoy – ils étaient bien trois – avaient décelé leur présence. Ils se déplaçaient lentement au milieu des arbres, comme pour mettre au point une stratégie. Dekkeret les distinguait nettement : un corps massif, des pattes courtes, un long museau noir, une tête plate et triangulaire où brillaient des yeux dorés, bordés de rouge. Les animaux étaient de la taille d’un très gros chien, mais plus lourds, plus compacts. Ils paraissaient disgracieux mais puissants. L’arrière-train était massif et il y avait à l’évidence beaucoup de force dans les pattes de devant, terminées par de longues griffes recourbées, noires et luisantes. Dekkeret avait de la peine à croire qu’on attendait de lui qu’il tue un de ces animaux à l’aide d’un petit poignard. C’est pourtant ainsi que les choses devaient être faites, aussi improbable que cela parût. Les paroles de Septach Melayn lui revinrent en mémoire : « C’est, à ma connaissance, l’animal le plus dangereux au monde. Une merveille, avec son épaisse fourrure et ses yeux flamboyants ».

Il vit la montagnarde édentée lui faire des signes.

— Le premier est pour toi, fit Akbalik.

— Quoi ?

Dekkeret avait cru qu’Akbalik, plus âgé et plus expérimenté, serait le premier à passer à l’action. Mais la signification des gestes de la montagnarde était sans ambiguïté ; c’est bien à lui qu’elle faisait signe.

— Ils ont décidé que ce serait toi, reprit Akbalik. On peut leur faire confiance pour assortir le chasseur à sa proie. Vas-y. Je te suis.

Dekkeret acquiesça en silence. Il fit un pas en avant, rempli d’appréhension et de nervosité. Mais dès ce premier pas en direction des arbres, il se produisit quelque chose de stupéfiant. Ses incertitudes s’évanouirent d’un seul coup ; un calme étrange s’empara de lui. Son esprit avait chassé toutes les craintes, tous les doutes. Il se sentait prêt, disposé à tuer, totalement concentré sur son objectif. Et la chasse commença.

Les hommes des Marches s’étaient déployés sur un large front incurvé qui s’étendait bien au-delà de l’endroit où se trouvaient les trois steetmoy. La femme qui semblait être la guide de Dekkeret occupait le centre de la ligne. Elle se mit en marche, Dekkeret sur ses talons. Les deux chasseurs qui avaient pris position sur les ailes se rabattirent brusquement pour refermer la ligne sur les animaux. Ils se mirent à faire un boucan de tous les diables avec des cors de chasse en cuivre qu’ils avaient pris dans leur sac tandis que les deux derniers frappaient dans leurs mains et criaient à tue-tête.

Dekkeret comprit que l’idée était de séparer les animaux, de chasser deux d’entre eux pour laisser le champ libre au troisième. Le raffut provoqua l’effet attendu. Perturbés, énervés par le vacarme, dressés sur leurs pattes de derrière, les steetmoy labouraient les troncs d’arbres de leurs griffes dans ce qui semblait être une expression d’irritation ; leurs grondements sourds s’étaient mués en mugissements retentissants. Les hommes des Marches continuèrent de refermer le cercle. Sans montrer de peur, seulement un agacement évident, écœurés peut-être de se voir harcelés de la sorte sur leur propre territoire, les steetmoy s’éloignèrent à grands bonds dans différentes directions – chacun filant peut-être vers son repaire. Les chasseurs ne s’occupèrent pas des deux plus gros qu’ils laissèrent disparaître au plus profond du bois. Ils concentrèrent leur attention sur celui qui restait, plus petit, une femelle sans doute, mais qui n’en avait pas moins un aspect redoutable. Ils avancèrent sur l’animal en levant haut les jambes, comme pour une parade, et en faisant autant de bruit qu’ils le pouvaient.

Clignant des yeux, grognant, le steetmoy parut dérouté par toute cette agitation. Puis il pivota sur lui-même et se dirigea d’un pas lent qui allait en s’accélérant vers le couvert d’un bouquet d’arbustes distant de quelques centaines de mètres.

La montagnarde édentée s’écarta ; Dekkeret comprit que le moment d’agir était venu.

Il s’élança à la poursuite du steetmoy, la machette dans une main, le poignard dans l’autre.

À l’orée du bois les arbres étaient assez espacés, mais la végétation se fit rapidement plus dense, des jeunes pousses et des broussailles occupant l’espace entre les futs, des plantes grimpantes ligneuses pendant des branches basses. Bientôt, Dekkeret fut obligé de se frayer un chemin dans les taillis à grands coups rageurs de machette. Il allait avec une sorte de frénésie, sans se soucier des obstacles. Malgré tous ses efforts, il perdait pourtant du terrain. Il voyait le steetmoy devant lui, mais l’animal, aussi lent qu’il fut, semblait capable, à l’aide de ses puissantes pattes antérieures, de se frayer un passage dans la végétation, laissant derrière lui un enchevêtrement de branches brisées et de plantes arrachées qui ne faisait que compliquer la tâche de Dekkeret. Petit à petit, il vit s’agrandir la distance qui le séparait de l’animal.

Puis le steetmoy disparut ; Dekkeret se retrouva seul. Où était-il passé ? Avait-il gagné un repaire ? S’était-il dissimulé sous un amas impénétrable de broussailles ? Ou bien, se dit Dekkeret, peut-être a-t-il simplement disparu derrière un gros tronc et revient-il en ce moment sur ses pas, en se glissant d’un taillis à l’autre afin de se mettre en position pour la contre-attaque mortelle dont Akbalik avait dit que le steetmoy était capable.

Dekkeret chercha du regard la montagnarde ; aucun ne signe d’elle. Il avait dû la perdre dans sa course effrénée à travers bois.

Los mains serrées sur la poignée de ses deux armes, il fit un tour complet sur lui-même, fouillant la blancheur du regard, l’oreille tendue, à l’affût d’un craquement de branche, d’un froissement dans les broussailles. Rien. Rien. Une brume épaisse s’élevant du sol enveloppait tout dans ses volutes blanches. Fallait-il appeler la femme ? Non. Peut-être avait-elle volontairement disparu, peut-être était-ce la coutume de laisser le chasseur seul face à sa proie au moment décisif ?

Il commença à se déplacer lentement vers la gauche, où la brume semblait un peu moins épaisse. Son plan était de revenir à son point de départ en décrivant un grand arc de cercle pour essayer de découvrir la cachette du steetmoy.

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