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Prestimion le Coronal [Lord Prestimion - fr]

Электронная книга - «Prestimion le Coronal [Lord Prestimion - fr]». Краткое содержание книги:

Vainqueur de la guerre des Sorciers, Prestimion, qui a manqué d’y perdre la vie, a payé chèrement le titre de Coronal. La fine fleur de Majipoor a été décimée, le monde ravagé, et la belle Thismet, la grande passion de Prestimion, est morte dans les combats.
Prestimion a décidé de rendre la paix à la planète géante et d’effacer de toutes les mémoires, avec l’aide de deux mages, le souvenir du conflit atroce et de tous ceux qui ont péri. Seuls deux de ses compagnons d’armes et lui-même en garderont la trace indélébile dans leurs souvenirs.
Mais comment Prestimion pourrait-il exulter de joie durant la cérémonie de son couronnement alors que ce secret lui pèse ? Et comment pourrait-il prendre femme comme le doit un Coronal alors qu’il demeure obsédé par l’image de Thismet ?
Pire, le charme d’oubli a creusé dans les esprits un vide insidieux que vient souvent remplir la folie. La sédition gronde. La violence menace à nouveau de ravager Majipoor.
Prestimion saura-t-il guérir les peuples dont il a la charge, et se sauver lui-même en retrouvant l’amour ?
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Les montagnards semblaient considérer les citadins dont ils avaient la charge avec un amusement confinant au mépris. Ils n’éprouvaient assurément aucun respect pour Dekkeret qui n’avait jamais mis les pieds dans des contrées sauvages et manquait visiblement d’assurance malgré sa taille et sa force. Ils le tenaient, il en était sûr, pour un être inepte ; mais ils ne semblaient guère avoir plus d’estime pour Akbalik dont la compétence et les qualités étaient pourtant reconnues en toutes circonstances. Quand il posait une question, ils répondaient par monosyllabes et se détournaient parfois avec un sourire sardonique, comme s’ils avaient vraiment du mal à cacher leur mépris pour ce citadin qui demandait quelque chose de si évident qu’un enfant connaissait la réponse.

— Les steetmoy sont des animaux de la forêt, expliqua Akbalik à Dekkeret ; ils n’aiment pas beaucoup vivre dans la toundra, en terrain découvert. Leur territoire se trouve là-bas, cet espace boisé dans l’ombre de la montagne. Les chasseurs iront débusquer une troupe de steetmoy au fond des bois et les rabattront vers nous. Nous choisirons ceux que nous voulons et nous les poursuivrons dans la forêt jusqu’à ce qu’ils soient acculés.

Akbalik jeta un coup d’œil aux jambes étrangement courtes, à la puissante musculature de Dekkeret.

— Tu es un bon coureur, non ?

— Pas un sprinter, mais je me débrouille.

— Le steetmoy n’est pas particulièrement rapide non plus ; il n’en a pas besoin. Mais il a de l’endurance et sait se frayer un passage dans les fourrés. Il lui est facile de s’enfoncer dans un buisson touffu pour échapper à un poursuivant. Le problème est qu’il peut faire le tour et attaquer le chasseur par-derrière. Le steetmoy se nourrit essentiellement de baies, de fruits à écale et d’écorce, mais il ne crache pas sur un peu de viande, surtout en hiver, et il est fort bien équipé pour tuer.

Il se baissa pour prendre son sac, en sortit des armes qu’il posa devant Dekkeret.

— Voilà ce que nous allons emporter. La machette sert à se frayer un chemin dans les broussailles, le poignard à tuer le steetmoy.

— Ça ? fit Dekkeret.

Il prit l’arme, la regarda d’un air étonné. La lame extrêmement tranchante ne faisait pas plus de quinze centimètres de long.

— N’est-ce pas un peu court ?

— Tu croyais utiliser un lanceur d’énergie ?

Dekkeret sentit le rouge lui monter au visage. Ilse souvint avoir entendu Septach Melayn dire qu’on chassait le steetmoy au poignard et à la machette ; il n’y avait pas beaucoup réfléchi sur le moment.

— Bien sûr que non. Mais avec ça, il faut être contre le steetmoy pour le tuer.

— Évidemment. C’est tout l’intérêt de cette chasse : de grands risques pour une belle récompense. Et veiller à abîmer le moins possible la précieuse peau de l’animal. Si tu sens que ta vie est en danger, tu pourras utiliser la machette, mais ce n’est pas considéré comme très sportif. Imagine Septach Melayn, par exemple, massacrant son steetmoy à coups de machette !

— Personne n’a des réflexes aussi vifs que Septach Melayn. Il serait capable de tuer un steetmoy avec un cure-dents d’ivoire ; mais je ne suis pas Septach Melayn.

Akbalik ne paraissait pas inquiet. Dekkeret était grand et fort ; Dekkeret avait l’air résolu ; Dekkeret saurait prendre soin de lui-même dans la forêt des steetmoy.

Dekkeret ne partageait pas cette confiance. Il n’avait pas demandé à se lancer dans cette aventure ; c’était une idée de Septach Melayn. Elle lui avait beaucoup plu dans le bureau du Coronal, mais il ignorait tout de ce que pouvait représenter la chasse au steetmoy sur son territoire. Au cours des premiers mois de son séjour au Château, il lui avait été donné d’entendre quantité de récits de chasse dans la bouche d’autres jeunes chevaliers. Il les avait terriblement enviés, mais comprenait maintenant qu’une balade dans les réserves de chasse clôturées d’Halanx ou d’Amblemorn en quête d’un zaur, d’un onathil ou d’un bilantoon n’avait absolument rien à voir avec une marche pénible dans le froid mordant d’une forêt septentrionale à la recherche d’un féroce steetmoy qu’il conviendrait de tuer avec un tout petit poignard.

La lâcheté n’était pourtant pas dans le caractère de Dekkeret. Il s’attendait à une tâche ardue, mais la chasse ne se révélerait peut-être pas aussi dangereuse qu’elle le paraissait maintenant, son imagination le poussant à redouter le pire. Il saisit le poignard et la machette, les soupesa et donna quelques grands coups dans le vide pour s’entraîner. Il affirma ensuite avec entrain à Akbalik qu’à la réflexion le poignard ferait largement l’affaire et qu’il était prêt à traquer le steetmoy quand le steetmoy serait prêt.

Akbalik avait une autre surprise en réserve. Tandis qu’ils descendaient à la suite des hommes des Marches une longue pente parsemée de rochers en direction de la clairière ombreuse où vivaient les steetmoy, Akbalik fouilla dans son sac et en sortit deux tubes métalliques à l’extrémité arrondie. Il en glissa un dans sa ceinture, à côté du poignard, et tendit l’autre à Dekkeret.

— Des lanceurs d’énergie ? Mais vous aviez dit…

— Ordre du Coronal. Nous allons nous conduire comme des sportifs, certes, mais on m’a demandé de te ramener vivant au Château. L’arme de base est le poignard ; si tu es dans une situation difficile, tu utilises la machette, et si elle devient périlleuse, tu foudroies l’animal avec le lanceur d’énergie. Ce n’est pas la manière la plus élégante, mais, en cas de nécessité absolue, ce sera la plus sage. Un steetmoy furieux peut éventrer un homme en trois coups de griffe.

Plus embarrassé que soulagé, Dekkeret glissa le lanceur d’énergie dans une des boucles de sa ceinture en regrettant de ne pouvoir l’enfoncer davantage pour empêcher leurs guides de le remarquer. Mais cela n’avait plus guère d’importance. Les hommes des Marches avaient clairement montré qu’ils tenaient Akbalik et Dekkeret pour une paire de dandys empotés qui ne trouvaient rien de mieux à faire pour occuper leur temps libre que d’aller se perdre dans les forêts du Nord pour traquer un gibier dangereux, sans autre raison que la recherche de leur plaisir. Cela ne ferait que les rabaisser un peu plus aux yeux des montagnards si l’un d’eux était obligé de faire usage de son lanceur d’énergie pour se débarrasser d’un steetmoy particulièrement agressif. Dekkeret se fit le serment de ne pas s’en servir, même en cas de nécessité absolue. Le poignard et – en cas de besoin – la machette lui suffiraient.

Il avait neigé pendant la nuit. La température était légèrement supérieure à zéro, mais un épais manteau blanc tapissait le sol. Quelques flocons isolés tombaient encore. L’un d’eux se posa mollement sur la joue de Dekkeret qui éprouva une légère sensation de brûlure. Une étrange sensation. La neige lui était étrangère et piquait sa curiosité.

Les arbres entourant la clairière avaient un tronc jaune, comme ceux qu’ils avaient vus plus au sud, mais, contrairement aux autres qui montraient des branches nues formant des angles bizarres, ceux-là portaient des groupes serrés de feuilles brun-noir, semblables à des aiguilles, et leur fut s’élevait haut et droit jusqu’à l’épais feuillage en couronne. Sous les arbres, la végétation était obscure. Un ruisseau flanqué de gros rochers coulait d’un côté ; de l’autre, celui de la montagne, le sol dégringolait en pente raide vers une vallée profonde.

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